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Un rapport du Colonel Veltjens au Reichsmarschall Goering, en date du 15 janvier 1943 décrit comme suit le développement du marché noir dans les pays occupés : « II était possible de noter les premières traces de marché noir dans les pays occupés dès avant l'invasion allemande. Ce dernier se développa cependant plus largement sous l'occupation, sans que les autorités allemandes aient pu y remédier en l'état actuel des choses. Les causes suivantes ont obligatoirement entraîné sa formation :

1) La raréfaction des marchandises en raison de l'économie dirigée et du rationnement d'une part, de leur thésaurisation (recherches des valeurs réelles, notamment des métaux) et de leur dissimulation en vue de saboter l'économie de guerre allemande d'autre part ;
2) l'impossibilité de bloquer intégralement tous les prix de sorte que la marge entre les prix des matières premières et celle des produits finis d'une part, entre les prix des marchandises et les salaires d'autre part va toujours croissant ;
3) l'impossibilité d'un contrôle des prix sur le modèle allemand par suite du manque de personnel des services allemands de contrôle des prix ;
4) le manque d'un soutien efficace des mesures destinées à combattre le marché noir de la part des autorités nationales, surtout en France ;
5) la paralysie de la justice répressive des autorités nationales ;
6) le manque de discipline de la population civile. Le développement du marché noir fut accéléré -en particulier depuis 1941- par le comportement de nombreux services de la Wehrmacht et d'autres organisations allemandes. Les matières et les produits finis dont ces services avaient besoin ne pouvaient pas leur être fournis par le Reich dans les quantités désirées en raison de leur contingentement.


Aussi devint-il tout simplement usuel de se fournir au marché noir. L'activité des services allemands du marché noir prit peu à peu une extension telle qu'elle conduisit à des situations de plus en plus insupportables : il était courant que les trafiquants offrent simultanément leurs marchandises à plusieurs services, et les fournissent à celui qui leur en donnait le prix le plus élevé, de sorte que non seulement les diverses formations allemandes se disputaient entre elles les marchandises, mais encore qu'elles faisaient hausser les prix. Le marché noir prit finalement des formes qui donnaient lieu aux plus sévères critiques des points de vue économique et monétaire.

Les Militârbefehlshaber en France et en Belgique, le Commissaire du reich aux Pays-Bas prirent en conséquence dès 1941 des mesures destinées à diriger le développement du marché noir. Mais celles-ci ne furent pas axées -ou en tous cas pas essentiellement axées- contre les prix, car les perspectives de succès dans les territoires occupés apparaissaient assez faibles ; on ne pouvait pas davantage à l'époque penser à resserrer le contrôle des prix. Les autorités centrales d'occupation en vinrent au contraire à agir elles-mêmes sur le marché noir dans le but de l'ensserrer lentement et de l'étouffer progressivement.

« Les marchandises ainsi achetées étaient réparties par un office central, et la liquidation se faisait en France par la ROGES, en Belgique par l'A.W.G., au Pays-Bas par le Colonel Veltjens lui-même, en collaboration avec la division Plan de 4 ans, du Commissariat et des Reichsstellen. Une seule organisation devait procéder aux achats dans chaque cas (En France c'était Otto). Un tel procédé ne pouvait cependant pas être couronné de succès aussi longtemps qu'on ne réussirait pas à éviter toute activité des services officiels sur le marché noir ; la condition préalable était que toutes les autorités centrales du Reich interdisent une telle activité aux formations dépendant d'elles, ce qui n'eut lieu que partiellement.

L'organisation rationnelle, on serait tenté de dire la nationalisation du marché noir dans les pays occupés, fut finalement réalisée en juin 1942. Une circulaire confidentielle du Reichsmarschall, Beauftragter fur den Vierjahresplan, Goering, en date du 13 juin 1942, confiait au Colonel Veltjens le soin de le centraliser, afin d'éviter toute concurrence entre les acheteurs allemands. Cette circulaire était destinée notamment aux Services suivants, qui étaient priés d'apporter tout leur appui à l'accomplissement de la mission du Colonel Veltjens :

Organisations

  • Oberkommando der Wehrmacht Wi. Rû. Amt Général der infanterie Thomas
  • Oberkommando der Wehrmacht Sonderstab H W   Admirai Gross K
  • Reischwirtschaftsminister dirigé par Wazlter Funk
  • Reichsverkehrsminister
  • Reichsminister fur Bewaffnung und Munition dirigé pr Albert Speer
  • Wirtschaftsstab Ost dirigé par le Ministerialrat Schlotterer
  • Reichsfinanzminister dirigé par Schwerin von Krosigk
  • Oberkommanda des Heeres, Gen. Qu. dirigé par Ministerialdirektor Sarnow
  • Oberbefehlshaber der Luftwaffe dirigé par le Général feldmarschall Milch
  • Oberkommando der Kriegsmarine dirigé par le Generaladamiral Witzell
  • Reichsfûhrer SS dirigé par la S.S. Rohstoffamt
  • Reichsbankdirektorium dirigé par le Reichsbankdirektor Wilhelm
  • Reichskommissar fur die besetzlen Gebiete niederlândischen
  • Militarbefehlshaber in Belgien und Nord-Frankreich
  • Militârbefehlshaber in Frankreich
  • Generalbevôllmâchtiger fur die Wirtschaft in Serbien
  • Generalbevollmâchtiger fur das Kraftfahrwesen
  • Generalbevôllmâchtiger fur Sonderfragen der Chemischen Erzeugung


Un mois plus tard, le 13 juillet 1942, le Colonel Veltjens donnait des instructions concernant la liquidation des stocks de marchandises non déclarées pour la France et la Belgique. De près ou de loin, collaboraient à l'organisation du marché noir en France, à l'exception du Nord et du Pas-de-Calais :

  • Le Militâarbefehlshaber ine Frankreich ;
  • Le Colonel Veltjens, en tant que Sonderbevollmâchtiger des Reichsmarschalls ;
  • La Ueberwachungsstelle (U.W.A), Paris ;
  • La Rohstoff-Handelsgesellschaft m.b.H. (ROGES) ;
  • L'organisation Otto ;
  • Le  Beauftragter fur  Frankreich  des  Reichsministers  fur  Bewaffnung   und   Munition (Munimin) ;
  • Le Reichsfûhrer SS und Chef der deutschen Polizei,  Auftragsverlagerung, Dienststelle Paris (Essex) ;
  • La Société d'étude et de commerce extérieure (SODECO) ;
  • Le Generalluftzeumeister, Verbindungsstelle, Paris ;
  • Le Feldbekieidungsamt der Luftwaffe Brùssel, Zweigstelle Paris ;
  • Le Generalbevollmâchtiger fur das Kraftfahrwesen (B.b.K.) West ;
  • L'Aussenstelle des O.K.H., Ag. K (Zentrakraft West) ;
  • Le Sanitàtspark 541 ;
  • Le Kraftfahrstaffel des Heereswaffenamtes, Dienststelle Paris ;


En principe, le Colonel Veltjens, le Militârbefehlshaber et la ROGES ne devaient jamais apparaître dans ces affaires (S-geschâfte). Le Militârbefehlshaber dirigeait les organisations d'achat sur le marché noir conformément aux directives établies en accord avec le Colonel Veltjens ; à cet effet, il avait institué un Office de Contrôle. Le Colonel Veltjens établissait les directives pour l'achat des stocks non déclarés ; dès qu'un service, du Reich aussi bien que des territoires occupés, contrevenait à ces directives, le fait devait lui être signalé par l'Office de Contrôle et il prenait en vertu des pleins pouvoirs qui lui étaient conférés par le Reichsmarschall, toutes les mesures susceptibles d'amener le-dit service à respecter ses ordres. Ceci n'empêchera nullement les abus de certains de ces « Bureaux d'achats », qui cachaient sous leur aspect commerciaux, de vastes réseau de renseignements, et qui se servaient de cette couverture pour auto­financer leurs agents.


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