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JournalLe Nouvel Observateur publié le 20/09/2002 à 15h23

Voici différentes réactions après l'annonce, mercredi, de la libération de Maurice Papon.

Associations

Papon MauriceAides, association de lutte contre le sida: "En matière de respect des droits fondamentaux, comme le droit de mourir dans la dignité, il ne saurait être supportable de tolérer des traitements différenciés ou des dénis de justice selon la notoriété ou la nature de la peine. Toutes les autres demandes des condamnés vivant avec le sida ou toute autre pathologie grave doivent être impérativement examinées avec la même détermination que celle qui a été mise en œuvre pour Maurice Papon".

B'nai Brith - L'association juive est "indignée". Cette décision "bafoue la mémoire des victimes et désavoue la justice française". "Enfermé dans sa morgue, jamais cet homme n'a émis le moindre regret devant sa responsabilité dans la mort de plus d'un millier d'hommes, de femmes, d'enfants juifs"

Le consistoire central de France: le consistoire central de France s'est déclaré "profondément indigné" par la libération de Maurice Papon. "Même le prétexte de son âge avancé ne saurait justifier pareille mesure. En effet les nazis et leurs complices n'ont jamais tenu compte de l'âge ou de l'état de leurs victimes" a-t-il ajouté.

Maccabi-Inter: l'association Maccabi-Inter, partie civile au procès Papon de Bordeaux s'est dite indignée par la libération de Maurice Papon "du fait d'une surprenante mansuétude de la cour d'appel de Paris". "Les parties civiles, conscientes du caractère inoui de cette dérive judiciaire honteuse, attendent la confirmation du jugement des jurés de Bordeaux par la Cour de Cassation, et restent vigilantes" a affirmé l'association.

SOS-Racisme: la libération de Maurice Papon est "un mauvais exemple pour tous ceux qui continuent à massacrer des peuples dans le monde(...) Si le principe du non-enfermement d'un condamné trop âgé ne peut être contesté, on peut s'interroger sur la réalité de la santé d'un homme qui a toujours menti à la justice, s'est enfui à l'étranger à la veille de son procès et a feint la maladie depuis sa condamnation."

CRIF : "Mon premier réflexe est de penser aux familles des victimes. Bien sûr, nous sommes dans un état de droit, et j'espère que cette décision fera jurisprudence, qu'elle s'appliquera à tous les vieillards et tous les malades. J'espère qu'il n'y aura pas un statut d'exception pour Maurice Papon sous prétexte qu'il a été ministre du Général de Gaulle", a expliqué Roger Cukierman à l'Associated Press.

"J'espère également qu'après avoir été considéré comme grabataire, il ne va pas se pavaner devant les médias, à la télévision, pour refaire son procès, alors que c'est cette année le soixantième anniversaire de la Shoah" a-t-il ajouté.

Le Consistoire de Paris est "profondément choqué par la libération de Maurice Papon", "exprime son indignation devant l'utilisation et la manipulation des valeurs humanistes au profit d'un homme qui, bafouant les valeurs de la république, a encoyé à la mort des hommes, femmes et enfants dont le seul crime était d'être juifs" et "appelle les pouvoirs publics à intervenir afin que la 'bête immonde' ne puisse jouir de la liberté dont elle a privé tant de victimes innocentes."

L'Association des filles et des fils de déportés, par l'intermédiaire de son président, Serge Klarsfeld: "Je regrette cette décision, nous nous étions battus pour qu'il reste en prison (…) ce que je souhaite c'est que le malade ne devienne pas bien portant". Selon lui, la libération de l'ancien fonctionnaire de Vichy "donne un sentiment d'injustice par rapport à la notion de justice (…) tous ceux qui sont malades en prison [devraient sortir]en même temps que Maurice Papon".

La Licra (Ligue contre le racisme et l'antisémitisme) par l'intermédiaire de son président, Patrick Gaubert: "C'est une décision navrante, Maurice Papon aurait mérité de rester en prison. Nous avons toujours dit qu'il devait rester en prison car il a commis des crimes impardonnables. Sa détention était plus douce que le sort de ceux qui ont subi ses décisions à Bordeaux et n'ont pas eu comme lui la chance même de rester en prison. Je ne vois pas beaucoup d'humanité après ce qu'il a fait. Cet homme a eu une vie extraordinaire, il a été ministre. En prison, il a demandé maintes fois à sortir, il a organisé son insolvabilité, il a pensé à son avenir. Sa détention était le minimum que la société pouvait faire vis-à-vis de tous ces morts par [sa] faute".

L'UEJF(Union des étudiants juifs de France), par l'intermédiaire de son président, Patrick Klugman: "on ne comprend pas la clémence de la justice pour ce vieil homme qui, quand il fut plus jeune, n'a pas manifesté de clémence pour des gens du même âge, ni pour des nourrissons partis dans les derniers convois sous son autorité. Maurice Papon n'a été un condamné exemplaire. Il a constamment fui ses responsabilités. C'est un acharnement de déni de la vérité. C'est cela qui me choque. Cela dit, la condamnation reste, il n'a pas été gracié. Son acte n'est pas lavé et ne le sera pas".

La Ligue des droits de l'homme (LDH) par la voix de son président Michel Tubiana: "En temps que président de la Ligue des droits de l'homme, je ne peux que prendre acte. Ce que j'observe c'est qu'on ne serait pas dans cette situation si la justice n'avait pas mis 17 ans à juger Maurice Papon. (…) Je comprends que les victimes puissent considérer qu'une fois de plus Maurice Papon échappe à ses responsabilités."

L'association des familles victimes de la déportation, par l'intermédiaire de son président, Michel Slitinsky: "C'est une décision très choquante. Elle contrarie l'avis du parquet général (de la cour d'appel de Paris) du 4 septembre qui ne prévoyait pas cette libération car elle pouvait provoquer un trouble à l'ordre public. L'ordre public va être troublé.

J'estime que cette mesure sera de nature à encourager les extrémistes qui n'attendent qu'une impunité partielle pour leur dire leur attachement à la vocation antisémite. Cela nous expose plus particulièrement. C'est pour cela que nous voudrions réagir rapidement, dans les jours qui viennent.

Ce que nous regrettons c'est qu'on n'a pas tenu compte que Papon a fait extraire en octobre 1942 six juifs atteints de pathologie cardio-vasculaire comme lui. Il les a fait extraire de leur lit d'hôpital pour les conduire dans le convoi du 26 octobre. C'est une mesure que l'on doit mettre en parallèle car elle témoigne de l'incompétence des magistrats qui viennent de se fourvoyer dans une libération dont les conséquences sont imprévisibles."

La fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP), par l'intermédiaire de son secrétaire général, Robert Créange: "Quand Papon était secrétaire général de la préfecture de Bordeaux, il n'a pas hésité à faire sortir des vieillards grabataires pour les mettre dans les trains à destination de Drancy puis des chambres à gaz. En aucun cas nous ne saurions tolérer que sa remise en liberté pour des raisons médicales donne l'occasion à Maurice Papon de remettre en cause la justesse de sa condamnation".

Le MRAP, Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) par l'intermédiaire de son président, Jean Duretête: "Nous sommes profondément choqués. Aujourd'hui d'autres détenus du même âge continuent de purger leur peine dans les prisons françaises, il nous faut bien constater qu'ils ne bénéficient pas de la même mansuétude d'une justice manifestement à deux vitesses. (…) C'est au nom d'une menace grave à l'ordre public que chaque jour la France expulse des hommes coupables de délits infiniment moins graves que les crimes commis par Papon. C'est une insulte à la mémoire des nombreuses victimes de Papon. C'est une insulte au principe républicain d'égalité, inscrit dans notre constitution."

Le centre Simon Wiesenthal de recherche des nazis, par la voix de son responsable israélien, Ephraïm Zuroff: "C'est une décision éminemment regrettable. Papon ne s'est guère soucié de l'état de santé de ses victimes innocentes. Cette décision de la cour d'appel de Paris gêne les poursuites engagées contre les nazis. Il aurait mieux valu que ce criminel purge la peine infligée par la justice et souffre en prison jusqu'à la fin de ses jours".

Act-Up: "Si la libération de Papon n'est pas suivie de celle de tous les autres prisonniers malades, cette décision sera scandaleuse." Act-Up "exige la grâce immédiate de tous les détenus atteints de pathologies graves et la réforme du système inique des grâces médicales". "Les prisons françaises comptent plus de 1.600 sexagénaires et il y a des malades en phase terminale dans toutes les centrales". Au moins 1.000 détenus malades du sida devraient bénéficier d'une mesure de remise en liberté mais "visiblement, leur santé ne vaut pas celle d'un complice de crime contre l'humanité."

"Il y a plusieurs mois, nous avons demandé la grâce d'un homme malade du sida depuis plus de 18 ans et chez qui plus aucun traitement n'agit mais, à ce jour, nous n'avons toujours pas reçu de réponse de la Chancellerie."

Avocats

Me Vuillemin, second avocat de Maurice Papon. "C'est un moment capital de son histoire. Il ne reste plus grand-chose de sa condamnation. Nous allons nous atteler à faire en sorte qu'il n'en reste plus rien", a expliqué ce mercredi matin Me Francis Vuillemin.

Me Alain Lévy, l'un des avocats des parties civiles lors du procès de Maurice Papon, a estimé mercredi que la remise en liberté de l'ancien fonctionnaire de Vichy faisait "injure" aux victimes.

"Cette décision fait injure aux victimes et va être très mal vécue par les familles des victimes et au-delà (...) par l'opinion publique toute entière", a-t-il estimé sur RTL.

"A nouveau, Maurice Papon bénéficie d'un régime de faveur, alors qu'il a été condamné pour l'incrimination la plus grave de complicité de crime contre l'humanité", a-t-il déploré.

"Depuis le premier jour de l'audience à Bordeaux, la défense de Maurice Papon nous a annoncé tous les jours le décès de Maurice Papon. On est dans une situation assez lamentable", a-t-il encore estimé.

Me Gérard Boulanger, un des initiateurs des poursuites judiciaires contre Maurice Papon: C'est "une décision symboliquement lourde de conséquence (…) ce qui est en cause maintenant, c'est la réhabilitation de Papon, de ses œuvres, de Vichy. (…) On peut se demander s'il n'y a pas deux poids deux mesures. Klaus Barbie est mort d'un cancer en prison. Est-ce parce qu'il était Allemand?", s'est interrogé l'avocat qui considère que cette remise en liberté ne remet pas en cause le processus judiciaire qui a abouti à la condamnation de Maurice Papon.

Me Michel Zaoui, avocat de parties civiles au procès de Maurice Papon: "Je ne mets pas en cause le rapport des médecins ni la décision des juges, j'en prend acte. En revanche, je pense aux victimes et au trouble à l'ordre public invoqué par certains de leurs avocats et par le ministère public. (…) le véritable trouble serait de voir Papon se pavaner au micro d'une radio ou devant les caméras de télévision en criant au complot ayant entraîné sa condamnation ou de retrouver une énergie nouvelle en contradiction avec les expertises médicales. (…) Tourner la page, cela veut dire que les victimes n'entendent plus parler de lui. Il faut une cohérence. Si les juges ont assigné Papon à résidence, c'est pour l'empêcher de courir les médias. Mais les médias peuvent courir à lui et c'est une question de responsabilité, d'éthique professionnelle et de respect à l'égard des victimes de ne pas le faire".

William Bourdon, avocat spécialiste des droits de l'Homme: "Il y a maintenant des dizaines d'anonymes qui sont en phase terminale dans l'hôpital de (la maison d'arrêt de) Fresnes ou d'autres prisons françaises, dont tout le monde se fiche." "Il serait scandaleux qu'il y ait une jurisprudence unique Papon. Il faut que, demain, toute disposition soit prise pour que tous ces anonymes bénéficient du même traitement". Cette décision "n'est pas en soi choquante (...) si véritablement, il est à l'article de la mort". Il serait cependant "choquant d'instrumentaliser pour essayer d'atténuer l'extraordinaire gravité du crime pour lequel Papon a été condamné".

Autres

Véronique Vasseur, médecin, auteur du livre-témoignage Médecin-chef à la Santé : "La prison, ça sert à protéger la société des gens dangereux pour elle (...) avec une possible réinsertion. Mais pour quelqu'un de 85 ans, c'est quoi sa réinsertion si il est malade?"

"On ne va pas faire des nurseries dans les prisons avec des gens qui ne sont pas capables de manger tout seuls ou qui ont la maladie d'Alzheimer"."Il faut être cohérent. Il faut sortir un certain nombre de détenus".

"Ce qui m'agace, c'est que ce soit le cas Papon qui fasse relancer le débat sur les gens malades en prison".

Didier Schuller, ancien codétenu de Maurice Papon à la prison de la Santé : Maurice Papon "est totalement obsédé par son procès et il a passé son temps en détention à éplucher tous les témoignages contre lui". "A l'évidence, il a refait mille fois l'audience dans sa tête. (...) Jusqu'à son dernier souffle, il va lutter pour faire entendre sa cause. Voilà son état d'esprit. Ce n'est pas du tout un vieillard abattu, il est totalement déterminé". Maurice Papon "est entièrement animé par cette idée de revanche et de réhabilitation. C'est évident, sa libération n'est qu'une étape. Jusqu'au bout, Maurice Papon voudra obtenir réparation".

Odile Diamant-Berger, médecin ayant examiné %aurice Papon : "le terme de gabataire est pris dans un mauvais sens en général, notamment dans les médias. Grabataire en veut pas dire allongé, impossible de bouger. Un individu malade, gravement malade, n'est pas obligatoirement mis sur une civière ou avec des cannes".

Jean Lacouture, écrivain signataire d'une pétition demandant en juillet 2001 la "grâce médicale et humanitaire" pour Maurice Papon estime que sa libération est une "mesure rationnelle". "Cette mesure de libération, qui est une simple mesure "hygiénique", ne se justifie que si elle s'étend à tous les détenus de plus de 90 ans. La moindre des pudeurs de la part de Maurice Papon serait de se taire [une fois sorti de prison] mais je ne sais pas si l'on peut espérer cela de M. Papon".


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