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JournalLe Point publié le 01/02/1997 à 12:08 par Denis Demonpion

Le Point : Selon vous, que savaient les hauts fonctionnaires de Vichy de la solution finale ?

Jean-Pierre Azéma : Difficile à dire. Il est vraisemblable que la majorité des hauts fonctionnaires n'avaient pas une idée précise de l'extermination proprement dite des juifs d'Europe. Il convient donc de faire une expertise au cas par cas. En revanche, l'idéologie et les pratiques des nazis leur étaient connues, et quand ils ont affirmé ou continuent d'affirmer qu'ils ne se doutaient pas que les nazis puissent réserver un sort particulièrement barbare aux juifs, pour la seule raison qu'ils étaient nés juifs, voilà qui relève d'une totale mauvaise foi.

Le Point : Que peut-on attendre du procès de Maurice Papon ?

J. P. Azéma : Il peut nous faire mieux comprendre quelles purent être les complicités des serviteurs de l'Etat français dans la déportation des juifs de France. Cela dit, en droit français, est jugé un homme et non un système ou un régime politique ou autre. Ce ne saurait être le procès univoque de la préfectorale sous Vichy. Car, dans la manière de servir l'Etat français et de vivre avec l'ennemi, il a existé bien des variantes dans l'accommodation. Rappelons que quelque 70 membres de la préfectorale allaient être déportés, le plus souvent pour avoir aidé la Résistance tout en ne manifestant pour certains d'entre eux aucun zèle pour mettre en oeuvre la politique antisémite vichyssoise et a fortiori pour aider l'occupant lors des rafles programmées par le Sipo-SD. Maurice Papon me paraît bien avoir adopté l'attitude strictement inverse, alors que, de surcroît, personne ne l'obligeait à accepter de contrôler le bureau des questions juives installé dans chaque préfecture. Et, à ce titre, il est personnellement responsable et illustre les complicités que l'occupant a pu rencontrer.

Le Point : Les archives nationales ont-elles révélé tous leurs secrets ?

J. P. Azéma : Les archives nationales concernant la France de Vichy et de l'Occupation ont dorénavant livré l'essentiel. Bien plus, des recherches récentes complètent ce que nous connaissons déjà du fonctionnement du régime et de la France de Vichy. Ainsi, des travaux sur les magistrats, sur les avocats, intéressants à bien des égards, sont en cours de publication. Reste que l'accès à certaines sources est encore malaisé, il en est ainsi des réunions de l'Assemblée des cardinaux et des archevêques comme de celles du Consistoire. Et il demeure des gisements relativement inexploités dans un certain nombre de dépôts d'archives départementales.

* Jean-Pierre Azéma est historien de cette période.

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