La collaboration qu'est ce que c'est ?

La poignée de main Hitler-Pétain à Montoire symbole de la collaborationInitiative de l’État français, la politique de collaboration est définie par Pierre Laval et le maréchal Philippe Pétain, à l’issue de leur rencontre successive avec Hitler (22 et 24 octobre 1940), qui serre, à Montoire, la main du maréchal.

Celui-ci, dans une allocution radiodiffusée du 30 octobre, confirme que c’est « librement » que la France choisit « la voie de la collaboration ». Il s’agit, tout d’abord, de donner à l’occupant confiance en la bonne volonté du gouvernement de Vichy.

Le 27 septembre 1940, les autorités allemandes ont ainsi promulgué, en zone occupée, un « statut des Juifs » reprenant en substance les dispositions des lois de Nuremberg (1935) et préconisant un recensement systématique des Juifs « apatrides » ou « nationaux », selon la terminologie vichyste, en France.

Le 3 octobre, les autorités de Vichy promulguent, de leur propre chef, un statut des Juifs en zone libre.  Elles parrainent, dès le mois d’août, la création de la Légion française des combattants dont les membres les plus extrémistes apportent leur soutien aux SS dans la chasse aux Juifs et aux « réfractaires » — ceux qui refusent l’Occupation, en particulier les communistes qui sont, dès lors, systématiquement pourchassés.

Puis ce fut le tour des Juifs, peu à peu la Police allemande tisse sa toile, un chef de la Police est nommé en la personne du Général SS Karl Oberg, sous son commandement s'instal le SD qui sous les ordres du Colonel SS Helmut Knochen va intensifier la répression, grâce à ses adjoints, Théodor Dannecker, Heinz Rothke, Kurt Lischka et le non moins célèbre Aloïse Brunner

Dans l’esprit de Pétain et de Laval, la collaboration a pour but d’atténuer les rigueurs de l’Occupation et doit permettre à la France de continuer à jouer un rôle dans l’Europe allemande après la victoire des nazis.

Les deux hommes entretiennent soigneusement d’excellents rapports avec Otto Abetz, ambassadeur du IIIe Reich et francophile. Ils espèrent que la possession d’un empire colonial important, que l’accord de Rethondes a conservé sous la tutelle de Vichy, aura un intérêt suffisant aux yeux des Allemands pour que ceux-ci acceptent de négocier un assouplissement des conditions de l’Occupation.

À Paris, un certain nombre de « collaborationnistes » voient, en revanche, dans la politique de collaboration un véritable choix de société. Marcel Déat, l’ancien socialiste qui fonde, au début de 1941, le Rassemblement national populaire avec Eugène Deloncle ; Jacques Doriot, l’ancien maire communiste de Saint-Denis qui a rompu avec le communisme pour créer le Parti populaire français (PPF), version française du parti nazi ; Joseph Darnand, bientôt chef de la Milice créée en 1943, et Philippe Henriot, spécialiste de propagande et grand admirateur de Joseph Goebbels, trouvent en effet que l’État français est trop timoré dans la lutte contre les Juifs et les communistes. Ils sont rejoints par un groupe d’intellectuels, souvent issus de l’Action française, tels que Robert Brasillach, Lucien Rebatet et Pierre Drieu La Rochelle qui donnent à l’idéologie collaborationniste une certaine qualité d’expression.

Pierre Laval et Karl Oberg le chef de la police allemandeLe débat sur la nature de la collaboration divise bientôt le gouvernement de Vichy, et Pétain destitue Laval le 13 décembre 1940 ; Pierre-Étienne Flandin le remplace puis, le 9 février 1941, l’amiral François Darlan lui succède. Celui-ci pousse à son apogée la collaboration.

Il aggrave le statut des Juifs, et le commissariat général aux affaires juives devient le centre d’une intense activité policière et administrative. Il entame même des pourparlers pour engager la France aux côtés de l’Axe : il s’agit du protocole de Paris du 27 mai 1941 auquel Hitler ne donne pas suite.

En revanche, il accepte de bonne grâce les productions économiques de la France, dont toute l’économie est tournée vers la satisfaction des besoins du IIIe Reich.

Il accepte également l’incorporation de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF), créée le 7 juillet 1941, dans les corps armés de la SS. Cependant, dès la fin de 1940, l’Empire colonial français, principal atout dans la perspective de Pétain, se dissocie de Vichy et se rallie à la France libre de De Gaulle.

Les interrogations d’un maréchaliste aussi convaincu que le général Weygand sur la pertinence des protocoles de Paris montrent au Reich que le temps est venu de faire savoir qui est le maître — et le seul maître. Le 1er décembre 1941, Hermann Göring vient rappeler à Pétain (qui confesse être très déçu par l’attitude allemande) qu’il est hors de question pour l’Allemagne de traiter d’égal à égal avec la France vaincue.

En avril 1942, Otto Abetz fait libérer Laval qui redevient chef du gouvernement avec les pleins pouvoirs. Celui-ci annonce le principe de « la relève » et accroît la pression, d’une part, sur « les réfractaires », et, d’autre part, sur les Juifs : grâce à l’efficace appui du commissariat aux affaires juives, de la police et de la préfecture parisiennes, l’opération « vent printanier », plus connue sous le nom de rafle du Vel’ d’Hiv, fournit au système concentrationnaire nazi un contingent de près de 13 000 victimes condamnées aux chambres à gaz et aux fours crématoires — lorsque, tout d’abord, elles arrivaient à survivre au camp de Drancy et aux wagons plombés.

Cette opération est le point culminant d’une évolution continue qui a commencé avec le Statut d’octobre 1940 et qui se précise, dès le mois d’avril 1942, avec les premiers convois spéciaux envoyés par la France en Allemagne et, au mois de mai, l’obligation du port de l’étoile jaune pour les Juifs.

Après le 11 novembre 1942 et l’Occupation de la zone « libre », la collaboration d’État, qui culmine avec la création en février 1943 du Service du travail obligatoire (STO) et de la Milice, est, de façon homogène, l’affaire des hommes de Vichy qu’épaulent désormais les collaborationnistes parisiens, tandis que la masse de la population s’en détourne dans l’indifférence ou, de plus en plus, dans la Résistance.

La collaboration est aussi une œuvre de propagande qui s’appuie sur une presse particulièrement active en zone occupée (l’Œuvre ; Je suis partout) ; cette propagande s’appuie également sur un cinéma dont les thèmes sont directement inspirés du cinéma didactique nazi (le Juif Süss), sur le prestige de sommités du monde intellectuel français (tel Jérôme Carcopino), ou encore sur des expositions gigantesques : « le Juif et la France » ou « le Bolchevisme et l’Europe », dont le caractère didactique et pseudo-scientifique est destiné à convaincre les Français de la justesse des choix politiques de Vichy.

Si collaboration et Occupation sont liées, elles ne sont pas de même nature. La collaboration est tout à la fois un choix gouvernemental fondé sur une analyse géostratégique désastreuse, liée à une vision politique profondément réactionnaire et antirépublicaine, et un engagement idéologique d’une poignée de fascistes français.

L’épuration brouillera les données du problème, en confondant ceux qui ont profité de l’Occupation et ceux qui l’ont soutenue et défendue.

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