L'appartement niçois de Jean Moulin est à vendre

JournalNice Matin publié le 07/01/2012 à 11h04

Avendre». Le panneau accroché au 1er étage d'un petit immeuble, au 22 rue de France, camoufle mal une plaque de marbre célébrant la mémoire d'un héros : « Jean Moulin fit le sacrifice de sa vie pour que la France vive libre. Dans cette maison, il servit la Résistance avant son arrestation en 1943. La Ville de Nice reconnaissante ».

Appartement de jean moulinLe modeste appartement aujourd'hui à la vente fut une planque de la Résistance. Une cache pour les agents de la France libre. Pour en obtenir les clés, il suffisait de prononcer ces simples mots : « De la part de Rex», le nom de code de notre héros. Nombre de Résistants séjournèrent dans ce local. C'est ici que s'est jouée une partie du destin tragique et héroïque de celui qui avait refusé de capituler.

Révoqué par le régime de Vichy pour avoir osé dire non au nouvel ordre, le préfet Jean Moulin rejoint le général de Gaulle à Londres en septembre 1941. Il devient le représentant personnel de l'homme du 18 Juin en France avec la mission d'unifier les mouvements de résistance en métropole. Dans la nuit du 1er ou 2 janvier 1942, il est parachuté dans les Alpilles.

Ce patriote est aussi un grand amateur d'art et un peintre de talent (1). Des goûts artistiques dont il va se servir comme couverture en ouvrant la galerie « Romanin » (2) au rez-de-chaussée du même immeuble (actuellement un restaurant gastronomique). Il en confie la gestion à une amie, Colette Pons.

« Vendez comme convenu... »

Si ce lieu sert de trompe-l'œil, les œuvres exposées ne sont pas du toc : Matisse, Bonnard, Utrillo, Degas, Dufy... La couverture est solide et la galerie acquiert rapidement de la notoriété.

Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin, dira plus tard dans ses Mémoires que le grand homme a pu vivre à Nice ses deux passions : la défense de la France et l'amour de l'art. La galerie avait programmé pour le début de l'été 1943 une exposition sur Kandinsky. L'Histoire en a décidé autrement. Le 21 juin de cette année-là,il est arrêté à Caluire par la Gestapo.

La sœur de Jean Moulin envoie un télégramme à Colette Pons : « Vendez comme convenu », un message pour dire « Partez vite ». La Gestapo arrivera peu après.

Après plusieurs changements de propriétaire, le petit appartement du 22, rue de France est actuellement en vente.

Jean-Marc Giaume, délégué municipal au patrimoine, regrette la présence d'un panneau qui cache un pan d'Histoire : « Je demande à l'agence immobilière de le déplacer. Il ne faut pas occulter cette plaque, elle est sacrée pour les Niçois ».

Cet appartement d'une quarantaine de mètres carrés est mis en vente à 220 000 euros.

1. On se souvient de l'exposition qui a été consacrée à ses peintures et dessins en 2004 à Acropolis.
2. Du nom d'un château dans les Alpilles.