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JournalLe Point publié le 01/02/2002 à 02:40 propos recueillis par François Dufay

LE POINT : Pourquoi ce nouveau livre ?

PIERRE PÉAN : J'ai contribué à tuer Mitterrand, et ça m'a toujours fait ch... ! Je ne regrette pas une ligne de mon livre « Une jeunesse française ». Mais je déplore les interprétations qui en ont été faites : on a figé Mitterrand en 1942, en oubliant son évolution. J'ai été effaré par les attaques méchantes, injustes et hargneuses contre lui.

Ce qu'en particulier je n'ai jamais admis, c'est le soupçon d'antisémitisme. Un jour, le journaliste Pierre Bénichou m'a alpagué et m'a demandé si mon objectif avait été de monter la communauté juive contre Mitterrand. J'ai répondu non. Il m'a rétorqué : « Alors, au moins, dis-le. » C'est ce que je fais.

LE POINT : Vous soulignez le rôle de Serge Klarsfeld dans les attaques sur le passé vichyste de Mitterrand, en en faisant une sorte d'agent d'influence israélien !

PIERRE PÉAN : Ce n'est pas l'essentiel. Le plus important, c'est le rapport de Serge Klarsfeld à son propre père. Klarsfeld en veut à celui-ci d'avoir fait de la résistance sans affirmer sa spécificité juive, qui plus est dans un mouvement vichyssois. Sa cible, par une sorte de transfert, est devenue le « père de la nation » François Mitterrand, qui appartenait au même mouvement de résistance.

LE POINT : Vous affirmez que Mitterrand n'a pas freiné les procédures contre Bousquet. Or il a reconnu l'avoir fait !

PIERRE PÉAN : Effectivement, c'est une contradiction que je n'ai pas résolue. Sans doute son entourage a-t-il agi en fonction de ce qu'il pensait être l'opinion du président...

LE POINT : Sur le chapitre des « affaires », ne chargez-vous pas un peu facilement François de Grossouvre ?

PIERRE PÉAN : A la fin de sa vie, c'était un traître absolu, très amer de son pouvoir perdu. Grossouvre ne pouvait pas rester trois minutes sans baver sur Mitterrand. Il était véritablement malade, d'un point de vue psychiatrique. C'en était insupportable pour un témoin comme moi.

LE POINT : Votre rancoeur contre le journal Le Monde est sans limites...

PIERRE PÉAN : Ce journal a été en première ligne de toutes les attaques contre Mitterrand. L'antimitterrandisme de ses dirigeants était devenu complètement obsessionnel.

Edwy Plenel a quand même écrit trois livres sur Mitterrand ! Aucun autre journal n'a osé faire paraître un article aussi ignominieux que celui sur la maladie du président, publié en 1994. Après sa mort, cela a continué.

LE POINT : Votre indulgence pour Mitterrand est d'autant plus étonnante que, dans les années 80, vous avez subi des pressions du pouvoir socialiste à cause de vos enquêtes africaines...

PIERRE PÉAN : Effectivement, j'ai subi deux attentats, un cambriolage, été placé sur écoutes. Mais j'ai acquis la conviction que tout cela était fait dans le dos de Mitterrand.

LE POINT : On reste quand même étonné par votre mitterrandolâtrie...

PIERRE PÉAN : On m'a dit que mon livre a un côté midinette. J'assume. Quand Robert Badinter m'a raconté comment Mitterrand a été insulté au Vél'd'Hiv par Klarsfeld et les siens, j'en avais les larmes aux yeux. Je ne cache pas que ce livre est une façon de dire à François Mitterrand que je l'aimais bien.

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