Il y a vingt ans s'ouvrait le procès Klaus Barbie

JournalLe Nouvel Observateur publié le 11/05/2007 à 14h15

Le 11 mai 1987, le palais de justice de Lyon accueillait le procès de l'ancien SS. France 3 diffuse ce soir un documentaire avec les témoins et acteurs de ce procès historique.

Barbie KlausLe 11 mai 1987, s'ouvrait le procès pour "crimes contre l'humanité" de l'ancien chef de la Gestapo locale de 1942 à 1944, Klaus Barbie. Ce procès eut lieu dans la salle des pas perdus du palais de Justice de Lyon, spécialement aménagée pour l'occasion.

Le feuilleton judiciaire de l'après-guerre constitua une première car il fut intégralement filmé, afin de témoigner devant l'Histoire. Le procès Barbie fut suivi de celui de Paul Touvier, ancien chef de la Milice de Lyon, et surtout de celui de Maurice Papon, ex-secrétaire général de la préfecture de Gironde durant l'occupation.

Huit semaines plus tard et après sept heures de délibération du jury de la cour d'assises,  Barbie, l'ancien SS extradé quatre ans auparavant de Bolivie où il s'était réfugié après la deuxième guerre mondiale, était condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

 
Il refuse d'assister au débat

Le 3 juillet prochain, vingt ans après l'annonce de ce verdict, une plaque sera apposée au palais de justice de Lyon. Un colloque, organisé par Me Alain Jakubowicz, l'un des avocats des parties civiles lors du procès, se tiendra le même jour.

France 3 diffuse par ailleurs vendredi 11 mai à 23h25 une enquête qui donne la parole aux témoins et acteurs de ce procès historique.

Cette enquête de 52 minutes, "Une justice pour l'humanité", a été réalisée par Sylvie Cozzolino et produite par France 3 Rhône-Alpes-Auvergne.

Les premières images montrent "le boucher de Lyon" (chef de la gestapo à Lyon en 1943-1944) alias Klaus Barbie qui entre dans le box des accusés, s'asseoit, le visage impassible face à ses victimes. Le film, qui mêle documents de l'époque et témoignages d'aujourd'hui, revient sur les circonstances de l'extradition de Barbie de Bolivie et son expulsion vers la France en 1983, "un rayon de soleil de justice", commente Serge Klarsfeld, qui a été l'un des avocats des parties civiles.

Vingt ans plus tard, Régis Debray, qui était conseiller de François Mitterrand, se souvient que le chef de l'Etat était alors réservé quant aux retombées politiques de ce procès.
 
Impressions des jurés

Parmi les moments forts, on revoit les témoignages des femmes et des hommes détaillant devant la cour les tortures subies. Notamment Simone Lagrange, 13 ans à l'époque, se souvenant comment son père a été exécuté devant elle. On entend aussi avec émotion la directrice de la colonie d'Izieu, dont 44 enfants ont été déportés.

Aujourd'hui, quelques-uns des jurés ont accepté de raconter leurs impressions pendant ce procès long de huit semaines, de même que certains des 39 avocats. Au premier rang desquels Jacques Vergès, l'avocat de Barbie, qui alla jusqu'à demander l'acquittement de son client. Les derniers mots de Barbie seront prononcés en français pour affirmer qu'il n'avait "pas commis la rafle d'Izieu".

Pour Serge Klarsfeld, "ce film est intéressant dans ses enseignements car il fait appel à des témoins". "Ce sont les parties civiles qui ont initié ces affaires, la justice a suivi", souligne-t-il.

Mais l'enquête va plus loin en expliquant que ce procès a ouvert la voie à d'autres comme ceux de Paul Touvier et Maurice Papon et à l'édification de la Cour pénale internationale de La Haye.
 
Il refuse d'assister aux débats
 
Le 11 mai 1987, quand Klaus Barbie arrive dans le box des accusés, il a 73 ans.

Défendu par Me Jacques Vergès, "le boucher de Lyon", accusé d'être à l'origine de déportations de centaines de juifs, dont celle des 44 enfants de la colonie d'Izieu (Ain), ainsi que de l'arrestation de Jean Moulin à Caluire (Rhône), n'assistera que trois jours à son procès.

Il refuse d'assister aux débats, et ne revient que pour le verdict.

En son absence, les survivants et les familles des victimes défilent à la barre, décrivant les tortures et les humiliations.

Klaus Barbie mourra en prison le 25 septembre 1991.