Biographie de Papon et chronologie judiciaire

JournalLe Nouvel observateur publié le 20/09/2002 à 09h12

Papon MauriceGretz-Armainvilliers: ce petit village de Seine-et-Marne sera probablement la dernière étape dans la vie mouvementée de Maurice Papon. Libéré ce mercredi par la cour d'appel de Paris, l'ancien fonctionnaire de Vichy devait retourner dès sa sortie de prison dans la maison où il a vu le jour il y a plus de 92 ans.

Une issue inattendue pour cet ancien haut fonctionnaire et homme politique brillant rattrapé voilà vingt ans par son passé au service de Vichy. Depuis son incarcération le 22 octobre 1999 -après avoir été arrêté sur mandat d'arrêt international en Suisse-, les avocats de Maurice Papon se battaient pour obtenir la remise en liberté de leur client dont ils ne cessaient d'annoncer la mort imminente.

Mais c'est bien vivant que Maurice Papon a quitté le quartier des personnalités de la maison d'arrêt de la Santé. «Je n'ai pas résisté à la violence nazie pour mendier une liberté auprès des instances judiciaires», avait écrit l'ancien secrétaire général de la préfecture de la Gironde le 20 octobre 1999 dans une lettre ouverte annonçant son exil. Il refusait de se constituer prisonnier, à la veille de l'examen de son pourvoi par la Cour de cassation. Celle-ci devait le déchoir de son pourvoi le lendemain.

Complicité de crime contre l'humanité

Dernier citoyen français condamné, en avril 1998, à dix ans de réclusion criminelle pour «complicité de crimes contre l'Humanité», Maurice Papon était victime d'une crise de tachycardie (accélération du rythme cardiaque) lors de son interpellation, et il n'a cessé depuis de multiplier les séjours à l'hôpital pénitentiaire de Fresnes.

Né le 3 septembre 1910 à Gretz-Armainvilliers, Maurice Papon a effectué à Paris un cursus universitaire des plus classiques -licence de droit, Institut des sciences politiques, certificat de psychologie et de sociologie- qui l'a conduit à des responsabilités dans la haute fonction publique.

Membre des Jeunesses radicales socialistes, il intègre le ministère de l'Intérieur en juillet 1935 en tant que chef de cabinet de Maurice Sabatier, directeur adjoint de l'Administration départementale et communale. Mobilisé en 1939 et affecté au 2e Régiment d'infanterie coloniale à Tripoli, Maurice Papon est rapatrié sanitaire en novembre 1940.

Fonctionnaire efficace

A nouveau régime, nouvelles fonctions. Après avoir réintégré le ministère de l'Intérieur à Vichy, il est nommé, en juin 1942, secrétaire général de la préfecture de la Gironde, chargé des questions juives, sous l'autorité de Maurice Sabatier. Il y restera deux ans.

Fonctionnaire jugé efficace et digne de confiance par l'occupant nazi, Maurice Papon se rapproche de la Résistance en novembre 1943. Il affirme avoir alors rayé «plus de 200 noms» du fichier juif tenu méticuleusement à jour par la préfecture.

La Libération donne un nouveau coup de fouet à sa carrière: en août 1944, il est promu directeur de cabinet de Gaston Cusin, commissaire de la République de Bordeaux. Préfet de Corse en 1947, puis de Constantine (Algérie) en 1949, secrétaire général du résident général au Maroc en 1954, il sera nommé préfet de police de Paris en mars 1958, poste qu'il occupera jusqu'en janvier 1967. C'est à ce titre qu'il supervisera la sanglante répression de la manifestation organisée par le FLN (Front de libération nationale) algérien à Paris le 17 octobre 1961.

Carrière politique

A partir de 1968, Maurice Papon, devenu président-directeur général de Sud-Aviation (l'actuelle Aerospatiale), se lance dans une carrière politique. Il se fait élire député gaulliste du Cher à trois reprises (1968, 1973, 1978). En 1972, il devient président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, puis rapporteur du Budget.

L'apogée arrive en 1978, avec son entrée au second gouvernement de Raymond Barre, en qualité de ministre du Budget. Portefeuille qu'il occupera jusqu'à l'élection de François Mitterrand en mai 1981.

Le parcours, jusque-là sans faute apparente, de ce grand commis de l'Etat connaîtra un premier accroc avec la publication, entre les deux tours de l'élection présidentielle, d'un article du «Canard Enchaîné» qui dénonce son rôle «d'aide de camps» sous l'Occupation.

Des révélations qui mettront en branle une longue, très longue, procédure judiciaire: entre les premières plaintes contre Maurice Papon et le procès, il s'écoulera près de dix-sept ans.

Libéré pour raisons médicales

Il comparaît fin 1997 devant la cour d'assises de la Gironde à Bordeaux. Mais, dès les premiers jours d'audience, Maurice Papon est remis en liberté pour raisons médicales. Ce procès -le plus long de l'histoire judiciaire française- sera maintes fois interrompu, notamment pour les obsèques d'Yvette Papon qu'il avait épousée en 1932.

Au terme de six mois de débats, la cour d'assises condamnera, le 2 avril 1998, l'ancien secrétaire général de la préfecture de la Gironde à dix ans de réclusion pour «complicité de crimes contre l'Humanité» pour sa complicité dans les arrestations et séquestrations arbitraires de 1 560 personnes, envoyées par la suite vers les camps d'extermination d'Auschwitz et Bergen-Belsen.

Père de trois enfants et plusieurs fois grand-père, Maurice Papon devrait couler une retraite paisible dans sa maison natale, tandis que ses avocats se préparent à la prochaine bataille: la cassation du verdict de Bordeaux.