Salan Raoul

Publié le par Roger Cousin

Raoul Salan, né le 10 juin 1899 à Roquecourbe (Tarn), mort le 3 juillet 1984 à Paris, est un général français. Son état de service porte de 1917 à 1959 où il prend sa retraite. 

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Il participe au Comité de salut public d'Alger en 1958 puis au putsch des généraux en 1961. Il est également le chef de l'Organisation armée secrète (OAS) qui lutte pour le maintien du statu quo de l'Algérie française. Il est condamné à la prison à perpétuité, puis amnistié en 1968 et réintégré dans le corps des officiers. Il a pour épouse Lucienne Salan et a deux enfants, Victor né le 23 février 1932 et Dominique. Cette dernière est née le 15 mars 1946 à Hanoï, elle est revenue en France accompagnée de Renée Chazeau l'amie de Mme Lucienne Salan en septembre 1946 sur le navire « Maréchal Joffre ». Selon sa fille, les modèles du général Salan sont le général Charles Mangin et le maréchal Joseph Gallieni. Il s’engage pour la durée de la guerre le 2 août 1917, est admis à École spéciale militaire de Saint-Cyr le 21 août 1917 dans la promotion La Fayette. Il en sort aspirant le 25 juillet 1918, est affecté au 5e Régiment d’infanterie coloniale (RIC) à Lyon le 14 août 1918. Chef de section à la 11e compagnie, il participe aux combats dans la région de Verdun (Saint-Mihiel, Les Éparges, Fort de Bois-Bourru, Côte de l’Oie, Cumières-le-Mort-Homme). Il est cité à l’ordre de la brigade par l’ordre en date du 29 décembre 1918.

Il est affecté à l’armée d’occupation en Allemagne jusqu’en mai 1919, puis il retourne à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr le 7 mai 1919. Il est nommé sous-lieutenant à titre définitif le 21 septembre 1919 et affecté au Régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc (actuel Régiment d'infanterie de chars de marine), à Landau, en Allemagne, le 3 décembre 1919. Sur sa demande, il est envoyé au Levant au 17e Régiment de Tirailleurs Sénégalais (RTS), en tant que chef de poste à Radjou, en Syrie sur la frontière avec la Turquie. Il est promu lieutenant le 11 septembre 1921, grièvement blessé au combat d’Accham le 24 octobre 1921. Il est à nouveau cité, à l’ordre de l’armée et nommé chevalier de la Légion d'honneur, il est décoré sur son lit d’hôpital, à Alep, par le général Gouraud, haut-commissaire au Levant. Il fait l'objet d'un rapatriement sanitaire le 25 janvier 1922, est soigné à l’hôpital Sainte-Anne à Toulon, puis au Val-de-Grâce à Paris, est affecté pendant sa convalescence au 23e RIC à Paris et désigné sur sa demande pour l’Indochine le 2 janvier 1924.

Il est alors affecté au 3e Régiment de Tirailleurs Tonkinois comme adjoint au chef de poste de Nguyen-Binh (Tonkin) qu’il rejoint le 15 avril 1924. Détaché hors-cadre le 14 décembre 1924, il est délégué administratif du Commissaire du gouvernement chef de la province du Haut-Mékong, à Muong Sing, aux confins de la Chine, de la Birmanie et du Siam, du 15 avril 1925 au 26 mai 1928. Après un retour en métropole du 6 juillet 1928 au 2 août 1929, il assure, en position hors-cadre, l’intérim du Commissaire du Gouvernement, Lapeyronie, pour la province du Haut-Mékong, à Houei Sai. Il est promu capitaine le 25 mars 1930 et retourne à Muong-Sing en mars 1931, rédige un « Manuel de lecture de la langue « Lu » et « Youne » avec traduction correspondante en langue laotienne ». Il quitte l’Indochine pour la métropole le 28 avril 1933.

Il prend le commandement de la Compagnie d'essais techniques le 1er décembre 1933 et participe avec cette unité à des manœuvres au Larzac au printemps 1934, puis est renvoyé en Indochine le 6 octobre 1934, où il prend le commandement comme capitaine de la 6e compagnie du 19e Régiment Mixte d’Infanterie Coloniale tout en assumant les fonctions de délégué administratif de Dinh-Lap au Tonkin. Avec son fils Victor, âgé de cinq ans, il revient le 8 avril 1937 en métropole, à bord du Chenonceaux ; il y fait connaissance de sa future épouse, Lucienne Bouguin. Il est détaché au ministère des Colonies le 1er septembre 1937, comme adjoint au chef du 2e bureau (renseignement), est promu au grade de chef de bataillon le 22 mars 1938, devient chef du Service de Renseignement Intercolonial et est en relation quotidienne avec Georges Mandel, ministre des Colonies à partir d’avril 1938.

Il mène à l’automne 1939, après la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne, une mission secrète au Caire et à Khartoum d’aide à la résistance abyssine contre l’occupation de l’Éthiopie par les troupes italiennes. Il revient à Paris le 19 novembre 1939. En janvier 1940 il prend la tête d’un bataillon du 44e Régiment d’Infanterie Coloniale Mixte Sénégalais. Le 5 juin 1940, Salan est avec son bataillon en première ligne sur la Somme lorsque les Allemands déclenchent leur offensive après l’encerclement et la défaite des forces françaises et britanniques dans la poche de Dunkerque. Il se replie sur ordre avec les restes de son bataillon en menant des actions retardatrices sur la Seine puis sur la Loire. Il est cité deux fois à l’ordre du régiment par ordres des 12 et 13 juillet 1940, puis à l’ordre de l’armée et promu officier de la Légion d'honneur le 21 août 1940.

Il est ensuite détaché à l’état-major général des Colonies, au Secrétariat d’État aux Colonies à Vichy, le 16 juillet 1940. Il est promu lieutenant-colonel le 25 juin 1941. Il est désigné pour servir en Afrique occidentale française (AOF) le 24 septembre 1941. Il rejoint Dakar le 8 mars 1942 après avoir fait connaissance de la ville d’Alger, y est affecté comme chef du 2e bureau (renseignements) à l’état-major du général Barrau, commandant supérieur en AOF. En sa compagnie, il effectue une tournée du Sénégal, du Soudan français et de la Guinée. Il rédige avec son équipe et celle du 3e bureau une « Instruction sur la conduite de la guerre sur les arrières de l’ennemi » diffusée jusqu’à l’échelon de la compagnie. Il est promu colonel le 25 juin 1943.

Il est désigné pour continuer ses services en Afrique du Nord et arrive à Alger le 31 août 1943 où il est affecté au 2e bureau de l’état-major de l’armée de terre, chargé de l’action psychologique et de la direction du journal Combattant 43 dont l’un des collaborateurs est le peintre André Hambourg. Évincé de son poste par André Le Troquer, commissaire à la Guerre et à l’Air, pour avoir refusé de publier le compte rendu d’une conférence de celui-ci mettant en cause l’honneur des cadres de l’armée de 1939-1940, il est mis à la disposition de la 9e Division d’Infanterie Coloniale (DIC) sous les ordres du général Magnan le 4 mai 1944. Il prend le commandement du 6e Régiment de Tirailleurs Sénégalais (RTS), en Corse, le 30 mai 1944. Il rencontre pour la première fois à Bastia, le 16 juin 1944, le général de Lattre de Tassigny qui a demandé à voir le 6e RTS et son colonel.

Il participe au débarquement de Provence à la tête de son régiment avec lequel il débarque le 19 août 1944 au matin sur la plage de La Nartelle dans le Var. Il atteint Toulon le 26 août 1944, après six jours de combats intenses sur l’axe Solliès-Pont, La Farlède, La Valette et Toulon. Le 6e RTS déplore 587 tués, blessés et disparus. Une citation à l’ordre de l’armée rend hommage à ces actions. Il quitte Toulon le 9 septembre avec son régiment reconstitué par incorporation d'éléments des Forces françaises de l'intérieur (FFI) qui « blanchissent » progressivement le régiment. Par note du 13 octobre 1944, le 6e RTS devient le 6e Régiment d’Infanterie Coloniale (RIC). Le 14 novembre 1944, le 6e RIC démantèle la résistance allemande dans la poche du Doubs. Le 23 novembre, le régiment est à Blotzheim, dans le sud du Haut-Rhin, alors que les Allemands tiennent de solides têtes de pont sur la rive française du Rhin ; par la suite, il libère Village-Neuf, Huningue, Loechle et l’usine hydro-électrique de Kembs.

Il est appelé au commandement de l’infanterie de la 9e DIC. Raoul Salan est promu général de brigade le 25 décembre 1944. Il a 45 ans. Il participe à la réduction de la poche de Colmar à la fin de janvier et au début de février 1945. Il est cité à l’ordre de l’Armée et promu commandeur de la Légion d'honneur. Le 20 février 1945, il prend le commandement de la 14e Division d’Infanterie, l’ancienne division du général de Lattre reconstituée à partir d’unités issues des FFI et de FTP (Francs tireurs et partisans), dont la brigade Alsace-Lorraine aux ordres d’André Malraux. Il termine la guerre sur le front européen près de Donaueschingen dans la Forêt Noire. Il est cité deux fois à l’ordre de l’Armée, les 29 avril et 2 décembre 1945 pour son action à la tête du 6e RIC et à la tête de l’infanterie de la 9e DIC.

Octobre 1945: Retour en Indochine en tant que Commandant des forces françaises de Chine et d’Indochine du Nord. Janvier 1946: participe aux négociations concernant le départ des troupes chinoises, du Tonkin. Février 1946: fait connaissance d'Hô Chi Minh. Avril-mai 1946 : participe aux négociations avec Hô Chi Minh à Đà Lạt. Juillet-septembre 1946: accompagne Hô Chi Minh aux négociations de Fontainebleau. Mai 1947: commande les troupes françaises pour le Nord du Viêt-Nam. 1er septembre 1947 : général de division. Février-avril 1948: assure l'intérim du général Valluy remplacé par le général Blaizot comme commandant en chef en Indochine. 6 décembre 1950- 5 janvier 1952: adjoint militaire du général de Lattre de Tassigny, Haut Commissaire en Indochine. 1er septembre 1951: général de corps d'armée. 11 janvier 1952: mort du général de Lattre. 6 janvier 1952 - 8 mai 1953: Salan est commandant en chef en Indochine. Juin - octobre 1954: Adjoint militaire du général Ely Haut Commissaire en Indochine 1954. 20 septembre: en désaccord avec le général Ely il demande et obtient son rappel en France. 9 octobre: il quitte l'Indochine. Il est remplacé par le général Pierre-Elie Jacquot.

Après un intermède parisien de 1954 à 1955, le général Salan est affecté à Alger le 1er décembre 1956 où il vient d'être nommé, le 12 novembre 1956, commandant supérieur Interarmées de la 10e région militaire (Algérie) en remplacement du général Henri Lorillot. Le 16 janvier 1957, un attentat au bazooka est commis contre Raoul Salan par l'ORAF, il coûte la vie au commandant Rodier. Les auteurs de l'attentat étaient les contre-terroristes Philippe Castille et Michel Fechoz. Le commanditaire, René Kovacs, un médecin algérois militant pour l'Algérie française, voulait remplacer Salan par le général René Cogny, le premier étant perçu comme « le bradeur de l'Indochine » -et donc de l'Algérie- au même titre que Pierre Mendès-France.

Castille mit en cause des personnalités de premier plan, le sénateur députés gaullistes Michel Debré et Jacques Soustelle ainsi que le député Pascal Arrighi (RRRS), mais sans apporter de preuves. L'enquête n'aboutira jamais. Lors de la crise de mai 1958, il cumule les pouvoirs civils et militaires en Algérie. Son ralliement au général de Gaulle est décisif dans le retour au pouvoir de ce dernier le 1er juin. Le 11 décembre 1958, Paul Delouvrier est nommé délégué général, et le lendemain, le général Maurice Challe succède au général Salan comme commandant en chef ayant reçu délégation de pouvoirs du gouvernement. De Gaulle, voulant réduire le pouvoir de l'armée coloniale qui a été pétainiste et a presque tous les pouvoirs, nomme Salan comme inspecteur général de la Défense nationale, poste honorifique puis gouverneur militaire de Paris le 5 février 1959.

Partisan de l'Algérie française, Salan dirige l'OAS après l'échec du putsch des Généraux en 1961. Il est arrêté à Alger le vendredi 20 avril 1962 après un an de clandestinité et le 23 mai 1962, après avoir revendiqué ses responsabilités à la tête de l’OAS, est condamné par le Haut Tribunal militaire à la peine de détention criminelle à vie, verdict que le chef de l’État - souhaitant que Salan soit fusillé - considérait trop clément, ce qui entraînera la dissolution du tribunal par le général de Gaulle le 27 mai 1962, alors que le général Jouhaud avait été condamné à mort par le même tribunal le 13 avril précédent. Le 8 décembre 1962, il est transféré en même temps que le général Jouhaud à la prison de Tulle où sont incarcérés les officiers généraux et supérieurs impliqués dans les combats pour l’Algérie française.

Le 15 juin 1968, dernier occupant de la prison de Tulle, il est libéré par grâce présidentielle à la suite des événements de mai 1968. Le 25 avril 1961, durant le putsch d'Alger, le général Salan adresse un communiqué radio visant à mobiliser huit classes d’Algériens et de reconstituer les Unités Territoriales (UT) dissoutes après la « Semaine des barricades » de janvier 1960. Le 11 septembre 1961, le général Salan, qui est entre temps devenu chef de l’O.A.S., envoie une lettre aux parlementaires reformulant sa demande d'avril. Conscient que la partie, sur le terrain, était jouée, refusant de fuir au Portugal, comme on le lui conseillait, Salan dira que son départ d’Algérie porterait aux Européens d'Algérie un coup dont ils ne se relèveraient plus. Il lui restait une dernière carte à jouer, afin de renverser l'équilibre des forces, une alliance avec le rival et ennemi du FLN, c'est-à-dire le Mouvement national algérien (MNA) dirigé par Messali Hadj.

L'OAS veut maintenir l'autorité des Français. Les messalistes réclament l'indépendance sous certaines conditions, dictées par eux, mais admettent la possibilité aux Européens de rester sur le territoire et participer au développement de l'économie algérienne, mais, ce qui est important, c’est que les deux fronts craignent le FLN pour son intransigeance. Messali Hadj refuse tout contact avec le parti qu'il appelle « Organisation Fasciste ». Alors, Salan découragé adresse une lettre à un groupe de messalistes dissidents, le FAAD (Front algérien d’action démocratique). Le vendredi 20 avril Salan descend de son appartement situé au cinquième étage et se rend à son bureau qui se trouve au rez-de-chaussée du même immeuble, c’est-à-dire au 25 rue Desfontaines où il avait rendez-vous avec Jacques Achard, alias Alpha, chef de l’OAS du secteur Orléans-Marine, lui-même chargé de rencontrer le FAAD.

Une Peugeot noire remonte le boulevard Saint-Saëns, tourne dans la rue Desfontaines et s’arrête. Les gardes du corps de Salan attendent dans une 403 grise dans cette même rue, voient un véhicule dans le rétroviseur, mais pensent qu’il s’agit du commando Delta. Le quartier est encerclé, Jean-Marie Lavanceau (agent infiltré) frappe à la porte du bureau. Salan, Jean Ferrandi et une troisième personne sont à l’intérieur. Lavanceau demande où se trouvent les toilettes, et au même moment quelqu’un sonne. Ferrandi observe par le judas, et crie « Nous sommes faits ». Salan était pris au piège, et avant que ses gardes du corps ne puissent réagir, postés devant l’immeuble, les policiers prennent rapidement position en sortant des véhicules blindés. Le chef de l’OAS est bel et bien tombé dans un piège.

Une heure plus tard, Alger apprend par un communiqué de la délégation générale, que Salan a été arrêté lors d'une banale et routinière recherche d’émetteur clandestin. Nous savons maintenant que les services secrets ont, pendant plus d'un an, préparé prudemment des travaux d'approche et infiltré à l'échelon le plus haut de l'OAS, des agents comme Lavanceau (treize tentatives d'arrestation avaient été infructueuses auparavant). Les Algérois refusèrent de croire à cette nouvelle, peu à peu les magasins de la ville se ferment, Radio-pirate OAS confirmera peu de temps après la nouvelle en ces termes : « Salan reste l'âme et l'esprit de la résistance française. La lutte continue. » De 1970 à 1974, publie ses mémoires couvrant la période 1918-1960 sous le titre : Fin d’un Empire' En 1975, publie Indochine Rouge, le message d’Hô Chi Minh. En 1982, à la suite de l’amnistie votée par le Parlement, est réintégré dans ses prérogatives de général d’armée et de grand-croix de la Légion d'honneur. Malade depuis le 10 mai 1984, il s’éteint le 3 juillet 1984 à l’hôpital d'instruction des armées du Val-de-Grâce. Il repose au cimetière de Vichy. L'inscription sur sa tombe porte seulement, en plus de son prénom, de son nom et des années de naissance et de mort, la mention : « Soldat de la Grande Guerre ».

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