Reynaud Paul

Publié le par Roger Cousin

Paul Reynaud , né le 15 octobre 1878 à Barcelonnette (Basses-Alpes), mort le 21 septembre 1966 à Neuilly-sur-Seine (Seine), est un homme politique français. Député des Basses Alpes, puis de Paris de la droite modérée, il fut plusieurs fois ministre sous la IIIe république dont ministre des Finances en 1938 dans le gouvernement Daladier.

Reynaud PaulReynaud Paul

Il sera président du Conseil du 22 mars au 17 juin 1940, fonction qu'il cumulera avec celle de ministre des Affaires étrangères puis de ministre de la Guerre. Après la débâcle de juin, Paul Reynaud, alors en désaccord avec les principaux membres du gouvernement et responsables militaires quant à la conduite à tenir, démissionne et est remplacé par le maréchal Pétain qui signera l'Armistice. Diplômé de l'École des hautes études commerciales, avocat, Paul Reynaud épouse Jeanne Henri-Robert, la fille de l'avocat Henri-Robert puis se tourne assez vite vers le monde de la politique.

Conseiller général puis député des Basses-Alpes à la Chambre des députés avec le Bloc national d'abord en 1919, il est battu en 1924. Tentant de se représenter dans la Seine lors d'une élection partielle, il est de nouveau battu, cette fois par le célèbre communiste Jacques Duclos en 1926, puis est réélu de 1928 à 1940 comme député de Paris. Membre d'un parti de droite modérée, l'Alliance démocratique, il est plusieurs fois ministre sous la Troisième République et est en charge des portefeuilles des Finances, des Colonies et de la Justice. Il se spécialise vers deux domaines très différents, l'économie et la défense, pour lesquels il adopte tout de suite des positions hétérodoxes. Ainsi, il préconise une dévaluation du franc pour affronter la Crise de 1929, qui atteint la France en 1931 alors que l'opinion reste très attachée au mythe du franc Poincaré depuis 1926. D'autre part, il est l'un des rares hommes politiques à se rallier à la stratégie des divisions blindées préconisée par le colonel de Gaulle dans son livre Vers l'Armée de métier. L'originalité de sa réflexion le marginalise au parlement.

En 1938, même s'il vote la confiance au Parlement pour ratifier les accords de Munich, il est en rupture avec la ligne directrice de son parti et celle du Parti radical-socialiste d'Édouard Daladier sur ce sujet. Nommé ministre des Finances en novembre 1938, il prend des mesures énergiques par décrets-loi pour remettre le pays au travail : dévaluation du franc, hausse des impôts, réarmement, économies drastiques sur d'autres postes, majoration du plafond des heures supplémentaires (+15 %). La durée du travail remonte à 41,5 heures par semaine. Un important redressement est ainsi acquis. Il déclare alors : « Croyez-vous que la France puisse à la fois maintenir son train de vie, dépenser 25 milliards d'armement et se reposer deux jours par semaine ? »

En septembre 1939, il déclare : « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts ». Interrogé après la fin de la guerre sur cette phrase, Paul Reynaud affirma avoir toujours eu en tête qu'il s'agirait d'une guerre mondiale, continuation de la première. Paul Reynaud est nommé, le 22  mars 1940, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères par Albert Lebrun. Il lance aussitôt l'expédition militaire en Norvège, après l'invasion du Danemark par le Reich ; le but est d'interrompre l'approvisionnement de minerai de fer suédois vers l'Allemagne. Au parlement, Reynaud proclame : « la route du fer est coupée ! ». Le 9  mai 1940, devant la tournure que prennent les événements, Paul Reynaud remet sa démission mais se rétracte devant l'insistance du président Lebrun et le début de l'offensive allemande aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg, le 10 mai.

Après la percée de Sedan, le 15 mai, qui voit les Panzerdivisionnen prendre à revers les armées franco-britanniques en Belgique, il prend tout de suite conscience de la gravité de la situation et téléphone à Churchill pour lui dire que l'armée française est battue. Il reprend le portefeuille de la Guerre à Édouard Daladier et s'adjoint le maréchal Pétain le 18 mai comme vice-président, Georges Mandel, l'ancien chef de cabinet de Clemenceau, comme ministre de l'Intérieur, et le général de Gaulle, pour lequel il a une grande estime, comme sous-secrétaire d'État à la Guerre et à la Défense nationale, le 6 juin. Le 10 juin, en prévision de l'entrée des Allemands à Paris, les pouvoirs publics se réfugient à Tours puis à Bordeaux. L'affrontement entre les partisans de la continuation des combats (Mandel, de Gaulle) et les tenants d'un armistice (Pétain, Weygand), tourne à l'avantage des derniers.

Après l’évacuation de 340 000 franco-britanniques à la bataille de Dunkerque (31 mai – 3 juin 1940), la Wehrmacht lance une offensive le 5 juin contre une armée française considérablement affaiblie, car tout le matériel a été perdu en Belgique et dans les Flandres. Le 10 juin, le Gouvernement français abandonne la capitale, déclarée ville ouverte. Winston Churchill et Anthony Eden arrivent à Briare (Loiret) pour conforter Paul Reynaud, le maréchal Pétain et le général Weygand, ces deux derniers partisans d’un armistice rapide pour éviter l’anéantissement. Churchill remarque immédiatement le seul membre du Gouvernement français à ne pas sombrer dans le pessimisme total, le général de Gaulle, tout récemment nommé sous-secrétaire d’État à la Guerre. Comme Churchill, celui-ci raisonne en terme planétaire et ne limite pas ce conflit, désormais mondial, à un simple enjeu franco-allemand.

D’emblée, le général Weygand demande l’intervention massive de la RAF, seule susceptible de changer le cours de la bataille. Devant le refus de Churchill qui a un besoin absolu de ces 25 escadrilles de chasse pour la défense du Royaume-Uni, l’alliance franco-anglaise se brise. En effet, au nom de la parole donnée, Churchill exigeait de Paul Reynaud le maintien de la France dans la guerre, mais au nom de l’intérêt suprême du Royaume-Uni, refusait de mettre tous ses moyens militaires dans cette bataille.

Paul Reynaud tente alors de persuader Weygand de faire capituler ce qui reste de l'armée en métropole et de transférer la Flotte et l'Aviation en Afrique du Nord pour continuer la guerre. Weygand s'y oppose absolument au nom de « l'honneur de l'armée » et avance un argument militaire, il n'existe aucune installation industrielle quelconque en Afrique du Nord pour continuer la guerre et un argument politique, c'est le Gouvernement qui a pris la décision de la guerre, c'est lui qui doit prendre la décision de l'arrêter ; comme argument supplémentaire, Weygand ajoute que tout le monde aura oublié Paul Reynaud dans les six mois à venir s'il quitte la France, à cause de l'instabilité ministérielle qui caractérise le régime. Paul Reynaud n'est pas soutenu par le Conseil des ministres et n'a pas voulu trancher dans le vif ce débat en révoquant Weygand.

La démission de Paul Reynaud et son remplacement par le maréchal Pétain, pour demander un armistice au Reich devint donc inévitable (16 – 17 juin). Jean Monnet, depuis Londres où le général de Gaulle est en mission, imagine et propose à Reynaud le projet d'Union franco-britannique, qui fusionnerait les nations et institutions françaises et britanniques pour continuer la guerre. Après l'échec le 16  juin 1940 de ce projet défendu par Winston Churchill et Charles de Gaulle, et face au ralliement progressif des membres de son gouvernement au souhait du maréchal Pétain de demander les conditions d'armistice, Paul Reynaud présente sa démission au président Lebrun qui l'accepte. Le maréchal Pétain, nommé chef du gouvernement, propose à Reynaud le poste d'ambassadeur auprès des États-Unis que celui-ci refuse.

Finalement, le 5 septembre 1940, il est interné sur ordre de Pétain au château de Chazeron (Puy-de-Dôme), puis au fort du Portalet (Basses-Pyrénées), comme étant l'un des responsables de la défaite. Après l'occupation de la zone libre en novembre 1942, il est pris par les Allemands et emprisonné au camp de Sachsenhausen. Le 11 mai 1943 il est transféré au château d'Itter dans le Tyrol où il retrouve Daladier, Gamelin et Jouhaux. En juillet, Christiane Mabire, collaboratrice et future femme de Reynaud, le rejoint à Itter. Les conditions de détention sont totalement différentes ; journaux et radio sont à disposition. Selon Reynaud « les maîtres se conduisent tout de même mieux que leurs valets de Vichy ». Il est libéré le 7 mai 1945 par les troupes alliées. De 1946 à 1958, Paul Reynaud siège à l'Assemblée nationale en tant que député du Nord. Il devient ministre de l'Économie nationale et des Finances en 1948.

Rallié aux conceptions institutionnelles de Charles de Gaulle en 1958, il préside le Comité consultatif constitutionnel. Il rompt avec le Général en 1962, et est battu par Jules Houcke (UNR) en novembre 1962, après s'être opposé à l'élection du président de la République au suffrage universel direct en étant le premier signataire de la motion de censure du 4 Octobre 1962 (référendum du 28  octobre 1962). Il soutient ensuite Jean Lecanuet puis François Mitterrand lors de l'élection présidentielle de 1965. Il meurt le 21 septembre 1966 à Neuilly-sur-Seine. Des obsèques nationales ne lui sont pas accordées.

Père de plusieurs enfants, resté veuf au cours de la Guerre, il s'était remarié à 71 ans en 1949 et avait eu trois autres enfants. Paul Reynaud est l'auteur de différents essais, dont : Courage de la France (1939), Le problème militaire français (1945), la France a sauvé l'Europe (1947) ou encore Au cœur de la mêlée, La politique étrangère du gaullisme (1964) ainsi que de Mémoires (1960 - 1963). Selon Raymond Aron, Paul Reynaud fut « le plus intelligent de nos hommes politiques de l'entre-deux-guerres » : en effet, il fut très clairvoyant sur la crise des années 1930 en France et les conceptions novatrices du général de Gaulle dans le domaine de la stratégie. Il n'hésita jamais à se marginaliser, voire à mettre sa carrière en péril, quand il était sûr de son choix. Ainsi, en octobre 1962, il joua un rôle essentiel dans la motion de censure qui renversa le gouvernement Pompidou, puis présida le « Cartel des non » lors du référendum sur l'élection au suffrage universel du président de la République, ce qui lui valut sa défaite électorale.

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