Rassemblement National Populaire (RNP)

Publié le par Mémoires de Guerre

Le Rassemblement national populaire (RNP) (1941-1944) était un parti collaborationniste français fondé par Marcel Déat en février 1941. Se disant d'inspiration socialiste et européen, il se destinait à « protéger la race », et à collaborer avec l’Allemagne nazie. Le RNP fut l'un des trois principaux partis collaborationnistes avec le Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot et le Parti franciste de Marcel Bucard.

Marcel Déat - Jean Fontenoy - Eugène Deloncle - Jean Goy
Marcel Déat - Jean Fontenoy - Eugène Deloncle - Jean Goy
Marcel Déat - Jean Fontenoy - Eugène Deloncle - Jean Goy
Marcel Déat - Jean Fontenoy - Eugène Deloncle - Jean Goy
Marcel Déat - Jean Fontenoy - Eugène Deloncle - Jean Goy

Marcel Déat - Jean Fontenoy - Eugène Deloncle - Jean Goy

Le RNP est fondé par Marcel Déat (ancien député SFIO, fondateur en 1933 du Parti socialiste de France-Union Jean Jaurès (néo-socialiste), ministre de l’Air en 1936, et ultra-pacifiste en 1939). Éloigné de Vichy après avoir proposé sans succès un parti unique durant l’été 1940, et même brièvement arrêté par la police de Vichy le 13 décembre 1940, crée le RNP au début 1941. Dès le départ, les autorités nazies imposent une fusion contre nature du RNP de Marcel Déat, qui recrute plutôt à gauche, et du Mouvement social révolutionnaire (MSR) d'Eugène Deloncle, mouvement d’extrême-droite qui continue l’action de la Cagoule. Le premier comité directeur du RNP-MSR comprend 5 hommes (2 RNP, 3 MSR) :

  • Marcel Déat.
  • Jean Fontenoy (au Parti communiste français puis au PPF)
  • Jean Van Ormelingen (dit Jean Vanor) (en fait de nationalité allemande) (MSR, LVF)
  • Eugène Deloncle (Action française, chef de la Cagoule puis du MSR)
  • Jean Goy (industriel, député conservateur, ancien président de l'Union nationale des combattants (UNC), principale association d’anciens combattants de droite. Après 1940 : au RNP mais exclu en 1942).

La fusion RNP-MSR ne prend pas. Le MSR conserve de facto son autonomie au sein du RNP et son principal rôle est de former le service de sécurité du RNP. La méfiance règne entre les deux chefs, d’autant que l’équipe de Deloncle est spécialiste des complots et des coups de main. Après l’attentat de Paul Collette contre Pierre Laval et Marcel Déat le 27 août 1941, Déat accuse le MSR d’avoir tenté de l’éliminer. Le MSR est donc exclu du RNP en octobre 1941, non sans quelques derniers coups tordus sanglants. Le RNP se réorganise (par l’exclusion des éléments soupçonnés d’être proches du MSR) jusqu’aux premiers mois de 1942. Sur le plan idéologique, le RNP est favorable à un régime fasciste et totalitaire. Il verse dans un antisémitisme un peu moins violent que le PPF. Il ne renie cependant pas tout son héritage républicain, laïc et pacifiste, ce qui le différencie radicalement de son grand rival, le PPF de Doriot. Ainsi, le RNP défend le principe du suffrage universel, l’école publique, une ligne anti-cléricale ou encore le maintien des bustes de Marianne dans les mairies. Ces idées entraînent une opposition constante entre le RNP et les éléments réactionnaires du début du régime de Vichy, élevés à l’école de l'Action française.

Sur le plan tactique, le RNP soutient Pierre Laval (dont Déat se croit le successeur et avec qui il partage des réseaux républicains et pacifistes de nature proches) et ne cesse de critiquer les « réactionnaires de Vichy » et le PPF. Tandis que Déat courtise le représentant de l’Allemagne en France, Otto Abetz, Doriot se tourne pour sa part vers les SS. Très déçu ne pas accéder au gouvernement de Vichy dans le sillage du retour au pouvoir de Pierre Laval en avril 1942 ou de l’occupation de la zone sud en novembre 1942, Marcel Déat consacre l’année 1943 à tenter de réaliser un parti unique de la collaboration qui lui permette de s’imposer. À la suite des rencontres en novembre 1942 entre les chefs du RNP (Déat, Albertini) et du MSR (Georges Soulès), qui s’étaient tous connus à la SFIO, le RNP créé le Front révolutionnaire national (FRN) qui parvient à rassembler les principaux partis collaborationnistes hormis le PPF de Doriot : RNP-Front social du travail, MSR, Parti franciste, Groupe Collaboration et Jeunes de l’Europe nouvelle, Comité d’action antibolchévique. Le PPF refuse la manœuvre, mais Déat réussit à débaucher un de ses dirigeants, Jean Fossati (secrétaire du PPF), et nomme à la tête du FRN le seul chef du RNP issu du PPF : Henri Barbé. Le FRN ne mène cependant à rien.

Le régime de Vichy se durcissant, ses points de vue se rapprochent de ceux des collaborationnistes. En mars 1944, Déat est nommé ministre du Travail et de la solidarité nationale du régime de Vichy et prend dans son cabinet les dirigeants du RNP (Georges Albertini, Georges Dumoulin, Ludovic Zoretti, Gabriel Lafaye, etc.). L’activité du parti est dès lors délaissée. Le 17 août 1944, devant l’avancée alliée, Marcel Déat part se réfugier en Allemagne. Il y est presque seul (« l’unique du parti » raille son collègue Abel Bonnard en référence à l’ancienne obsession du parti unique). Les membres du RNP, contrairement à ceux des autres partis collaborationnistes, préfèrent dans l’ensemble rester en France. Marcel Déat calque le RNP sur la SFIO d’avant-guerre afin de séduire son électorat, populaire et surtout de classes moyennes. Le RNP joue ainsi avec les symboles :

  • Le nom « Rassemblement national populaire » est une référence au « Rassemblement populaire », le nom initial du Front populaire.
  • Le RNP se veut la « Section française de l’internationale européenne » ou SFIE, par analogie avec la SFIO,
  • Les uniformes du RNP sont calqués sur celui des Jeunes gardes socialistes (chemise bleue, cravate rouge).

Il en est de même en ce qui concerne les dirigeants du RNP :

  • au niveau central : sur les 15 principaux dirigeants du parti en février 1943, 6 viennent de la SFIO, 6 du néo-socialisme, 1 est passé par le parti communiste puis le PPF, 2 viennent de droite (liste plus bas).
  •  et le Parti francistePPF dans l’encadrement : « L’antécédent néo-socialiste, radical ou SFIO semble avoir joué un rôle analogue au niveau des sections locales » (Pascal Ory, Les collaborateurs). Les membres du RNP sont issus des classes moyennes urbaines (les 3/4 des dirigeants) : employés, fonctionnaires, enseignants, et aussi artisans, commerçants, professions libérales. Le parti compte peu d’ouvriers (11 %, notamment des cheminots). Au total, le RNP est plus âgé et plus intellectuel, et donc moins activiste, que le 

En termes quantitatifs, le RNP est, comme tous les partis de la collaboration, un échec, ne parvenant pas à séduire les masses. On lui accorde en général, au maximum, entre 20 000 membres (dont 12 000 en province) et 30 000. Il connaît son apogée en 1942. D’autres estimations ne lui accordent que 2.640 membres vraiment actifs, dont seulement 13 % d’ouvriers de l’industrie. L’hebdomadaire militant est Le National Populaire (juin 1942). Le RNP est soutenu par L'Œuvre, le quotidien de Marcel Déat. Les JNP sont dirigées par Roland Silly. Parmi les 9 autres dirigeants figure Roland Goguillot (dit Roland Gaucher, membre de la Fédération des étudiants révolutionnaires et du PSOP. En 1972 : cofondateur du Front national de Jean-Marie Le Pen). Concernant les adhérents, « ceux qui formaient le gros des troupes de la JNP, et dont certains étaient d’anciens Faucons rouges ou étaient issus de familles à forte tradition syndicaliste, suivaient l’exemple de leurs chefs et affichaient des idées nationales-socialistes ». Là aussi, le RNP cultive son image « de gauche » : le chant des JNP est ainsi une marche du parti communiste allemand. Les JNP auraient compté 2.500 membres pour toute la France

Le RNP est dirigé par une commission permanente de 15 membres :

  • Président : Marcel Déat
  • Secrétaire général : Georges Albertini (ancien secrétaire des Jeunesses socialistes, membre de la commission administrative permanente de la SFIO, du CVIA).
  • Vice-président (à partir de janvier 1943) : Maurice Levillain (ouvrier mécanicien, conseiller municipal SFIO de Paris et conseiller général de la Seine, néo-socialiste).
  • Vice-président (à partir de janvier 1943) : Michel Brille (avocat, député de la Somme en 1936 de l'Alliance démocratique, le grand parti de centre-droit de la Troisième République).
  • Henri Barbé (membre du bureau politique du Parti communiste à partir de 1927, l’un des quatre dirigeants en 1929-1930, exclu du PCF en 1934, secrétaire général du PPF de 1936 à 1939).
  • René Benedetti (néo-socialiste)
  • Francis Desphilippon (fondateur d’une association d’ancien combattants pacifistes, puis membre de la SFIO, puis responsable du service d’ordre du parti communiste, puis passe à la SFIO où il est responsable des cercles d’entreprises et des Amicales socialistes).
  • Georges Dumoulin (ouvrier, secrétaire de la CGT, SFIO, franc-maçon, exerce des responsabilités au bureau international du travail).
  • Emile Favier (néo-socialiste)
  • Jacques Guionnet (SFIO)
  • Gabriel Lafaye (député SFIO puis néo-socialiste de la Gironde depuis 1928, sous-secrétaire d’État au travail dans le gouvernement Camille Chautemps en 1938. Après 1940 : au RNP, dirige le journal L’Atelier, collabore à La France socialiste, créée le CIOS ou "Comité Lafaye").
  • Barthélémy Montagnon (député SFIO puis néo-socialiste de Paris, franc-maçon. Après 1940 : au RNP, collabore à L'Oeuvre et aux Nouveaux temps.)
  • Georges Rivollet (secrétaire général de la confédération nationale des anciens combattants, ministre des anciens combattants dans des gouvernements de droite 1934-1935).
  • Roland Silly (membre de la SFIO tendance paul-fauriste, secrétaire de la Fédération CGT des techniciens).
  • Ludovic Zoretti (universitaire, responsable de la SFIO du Calvados, fondateur du syndicat des enseignants du 2e et 3e degrés (actuel SNES), secrétaire général de la Fédération générale de l’enseignement (actuelle FEN) de la CGT).

Personnalités exclues car trop « modérées »

  • Jean Goy (conservateur) et Charles Spinasse (ministre SFIO de l’Économie du Front populaire) exclus en 1942,
  • René Château (radical-socialiste) exclu en 1943.

Autres personnalités du RNP

  • Pierre Célor (membre du bureau du Parti communiste à partir de 1928, délégué auprès du Komintern, l’un des quatre dirigeants du PCF en 1929-1931. Exclu du PC en 1932. Après 1940 : adhère en 1941 au RNP, puis membre du bureau politique du PPF).
  • André Grisoni (député-maire radical de Courbevoie, vice-président du parti radical-socialiste, franc-maçon).
  • Fernand Hamard (dirigeant des Jeunesses communistes et collaborateur à L’Humanité. Après 1940 : au FST du RNP et donne des articles à L'Atelier et La France socialiste).
  • Claude Harmel (dirigea après la guerre l'Institut supérieur du travail)
  • Henri Jacob (membre du comité central du Parti communiste, délégué au comité exécutif de l’Internationale communiste. Après 1940 : au RNP en 1941, puis passe au PPF en 1943, rédacteur au Cri du Peuple).
  • Paul Perrin (ingénieur, député SFIO puis néo-socialiste de la Seine en 1932-1936, président ou secrétaire du Bureau international pour le respect du droit d’asile).

Des militants issus de deux tendances politiques différentes vont tenter de mener une stratégie d'entrisme au sein du RNP, c'est-à-dire d'y adhérer de façon tactique pour y former un groupe d'influence qui puisse infléchir sa politique dans le sens voulu. Il s'agit de certains trotskistes, habitués à la stratégie d'entrisme au sein des partis de gauche, et de certains militants nationalistes algériens, qui espèrent ainsi faire avancer la cause de l'indépendance de leur pays. Suivant la stratégie trotskiste de « l’entrisme » un petit groupe de trotskistes issu du Parti communiste internationaliste (PCI) est entré au RNP, dont Henri Molinier (membre de la direction du PCI, frère de Raymond), Roger Foirier (PCI, jeunesse du PSOP), Maurice Déglise (membre du comité central des Jeunesses communistes puis trotskiste.

Après 1940 : au RNP par entrisme mais y reste), André Gailledrat (dit Morgat) (membre du comité central du PCI, rédacteur en chef de la revue La Vérité (journal 1929), puis membre du PSOP. Après 1940 : au RNP par entrisme, avec Henri Molinier), Jean Desnots. Certains nationalistes anticolonialistes nord-africains jouent la carte de la collaboration avec l’Allemagne nazie qui leur laisse espérer l’indépendance de l’Algérie afin d’affaiblir la France. Dans cette optique, plusieurs dirigeants nationalistes algériens du Parti du peuple algérien (PPA) créé en 1937 par Messali Hadj (surtout l’équipe qui privilégiait l’action en France et non en Algérie) entrent dans les organisations du RNP, espérant qu’il serve de couverture à leur action.

  • Comité nord-africain du RNP (mai 1941 à début 1944). Secrétaire général : Mohamed el-Maadi (ou Mahadi) (officier français, membre de l'Étoile nord-africaine, tenté par le Parti populaire algérien, puis adhère à la Cagoule. Après 1940 : au Mouvement social révolutionnaire (MSR) puis au RNP. Puis expulsé du RNP en 1943 car joue trop la carte allemande. Il crée la Légion nord-africaine, unité militaire pro-allemande). Autres chefs : Graied, Belkacem Radjef (ancien trésorier et numéro 3 du PPA) (Lambert et Le Marec).
  • L'Union des travailleurs nord-africains (UTNA) regroupe les nord-africains du Front social du travail, le syndicat du RNP (lire plus bas). L’UTNA aurait recruté 3000 membres, notamment parmi les 18.000 ouvriers non qualifiés embauchés pour la construction du mur de l’Atlantique. Chefs : Mohamed Laroubi (condamné en novembre 1939 pour « atteinte à la sécurité de l’État ». Après 1940 : président de l'UTNA), Amar Khider (ouvrier, ancien chef du PPA), Si Djilani (membre fondateur de l’Étoile nord-africaine puis ancien membre du bureau politique du PPA, directeur du journal el-Oumma).
  • Le Centre syndicaliste de propagande (CSP). Créé en avril 1941 par l’équipe du journal syndicaliste de la collaboration L'Atelier qui a rejoint le RNP (Georges Dumoulin, Georges Albertini, Francis Delaisi) dans l’attente de créer un Rassemblement national syndical. En attendant, le CSP est un club de réflexion et un lobby qui réclame une charte du travail plus favorable aux salariés.

Secrétaires généraux du Centre syndicaliste :

  • Georges Dumoulin (un des chefs du RNP, lire plus haut),
  • puis Aimé Rey (délégué à la propagande de la CGT dans les années 1920, mort en 1943),
  • puis Roger Bertrand,
  • puis, en 1945 : Kléber Legay (mineur, secrétaire de la Fédération CGT du Nord. Après 1940 : devient un responsable du RNP et du Comité ouvrier de secours immédiat).
  • puis René Mesnard (membres de la CGT, de la SFIO, puis néo-socialiste. Après 1940 : au RNP, dirige le journal L'Atelier, co-dirigeant du Comité ouvrier de secours immédiat. Tué par un avion allié en Allemagne en 1944).

Le Front social du travail (FST). Créé en juillet 1942, il se veut le véritable syndicat du RNP avec des cellules dans les entreprises. Délégué général : Francis Desphilippon (un des chefs du RNP, lire plus haut). L'Union de l’Enseignement. Créée en novembre 1942 pour regrouper les enseignants du RNP. Secrétaire : Pierre Vaillandet (professeur à l’École Normale, député SFIO du Vaucluse en 1936). Aussi dirigé par Georges Albertini. Elle est un échec. Le Centre paysan. Chefs : René de Robert (ingénieur agricole, ami de Déat, membre du Cercle européen), Julien Dobert, Jean Desnots (membre du comité central du Parti communiste, puis passe au trotskisme en 1935. Après 1940 : au RNP et écrit à L'Atelier), André Gorse. La Ligue de la pensée française. Créée en 1942 par René Château pour rassembler les intellectuels pacifistes et laïcs.

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