Noriega Manuel

Publié le par Mémoires de Guerre

Le général Manuel Antonio Noriega, né à Panama le 11 février 1934 et mort incarcéré dans son pays le 29 mai 2017 est une personnalité politique panaméenne. De 1984 à 1990, en tant que chef des forces armées panaméennes, il exerça de facto le pouvoir dans le pays, sans avoir constitutionnellement le titre de chef de l'État. Détenu aux États-Unis pour trafic de drogue et blanchiment, il a été condamné au Panama par contumace pour meurtres.

Noriega Manuel
Noriega Manuel
Noriega Manuel
Noriega Manuel

Originaire d'un quartier pauvre de Panamá, il y reste jusqu'à ses années universitaires avant de partir dans une école militaire située au Pérou. Il est recruté par la CIA dès les années 1970, et accède au grade de sous-lieutenant de la garde nationale panaméenne à son retour. On allègue qu'il participa en 1968 au coup d'État qui renverse Arias et marque le début d'une ère de régime militaire dominé par Omar Torrijos. Noriega devient le bras droit de Torrijos, et s'installe à la tête du G-2, le service de renseignements, qui sème la terreur parmi les opposants à Torrijos. Noriega est l'homme le plus craint du pays à la fin des années 1970. Torrijos meurt dans un accident d'avion en 1981, et Noriega tire vite profit des luttes de pouvoir qui en résultent. Nommé à la tête de l'armée en 1983, il représente de 1983 à 1989 une force incontournable pour tous les présidents panaméens successivement au pouvoir. Agent double de la CIA et des services cubains, il est fait commandeur de la Légion d'honneur en 1987, tout en relayant le trafic de la cocaïne colombienne. Il est lâché par les États-Unis en 1987, et une cour américaine l'accuse de trafic de drogue et de racket en 1988.

À cela s'ajoute de manière moins officielle son rôle de double agent, Noriega étant jugé coupable d'avoir transmis des informations hautement confidentielles à Cuba, d'avoir facilité le transfert de technologies sensibles à des pays du bloc de l'est et d'avoir vendu des armes aux guerilleros pro-communistes d'Amérique latine et au gouvernement Sandiniste dès la fin des années 1970; Les services de renseignement militaires américains tentant de l'espionner à partir de 1981, ignorant les activités de la CIA et vice-versa tandis que Noriega lui tentait d'infiltrer les unités de renseignement américains au Panama. Les relations avec Washington se détériorent encore plus suite à l'annulation de l'élection présidentielle de mai 1989 et à l'auto-désignation de Noriega en tant que président. Celui-ci déclara alors "l'état de guerre" envers les États-Unis. Le président américain George Bush prend alors pour prétexte l'exécution d'un soldat américain par des soldats panaméens pour ordonner l'invasion de Panama le 20 décembre 1989, dans le cadre de l'Opération Just Cause. Les pertes militaires de deux côtés furent minimes, mais elles entrainèrent des exodes massifs de population évalués à 20 000 à 30 000 personnes.

Réfugié dans la nonciature de Panama, Noriega se rendit le 3 janvier 1990 après un siège de plusieurs jours sous le vacarme assourdissant de musique rock, et fut confié au parquet de Miami. Il fut condamné en 1992 à 40 ans de prison ferme. Sa peine est ensuite ramenée à 30 ans, puis réduite à 17 ans pour bonne conduite. Il vivait jusqu'en avril 2010 (avant son extradition en France) dans une prison de Floride, où il se convertit au christianisme en 1992. Il aurait dû être libéré le 9 septembre 2007, mais son extradition a été réclamée par la France et le Panama . La fortune de Noriega a été évaluée à près de 60 millions d'euros par les autorités américaines, lors de son procès à Tampa en 1992. Manuel Noriega est condamné par contumace en France en 1999 à dix ans d'emprisonnement pour blanchiment d'argent et à une amende de 75 millions de francs français de l'époque suite à un ordre d'extradition signé le 17 juillet 2007 ; il est également condamné au Panama à deux peines de vingt ans de prison pour le meurtre de deux opposants politiques : Hugo Spadafora, en 1985, et le commandant Moises Giroldi, en 1989.

Alertée, en 1989, par les services américains qui enquêtaient sur le recyclage de l'argent de la drogue, la direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED) avait signalé à la justice le fonctionnement de comptes bancaires ouverts en France par Manuel Noriega et plusieurs de ses proches. Dès 1986, des sommes importantes ont, en effet, été déposées par le clan Noriega sa femme, deux de ses filles et les ambassadeurs du Panama en France et en Grande-Bretagne, ainsi que par le consul général de Panama à Marseille sur des comptes ouverts à la BNP, au CIC, au Crédit lyonnais et au Banco do Brazil. A Marseille, Sandra sa fille exerçait les fonctions de consul général de Panama. Un juge a gelé tous les avoirs de l'ancien dictateur, soit plusieurs dizaines de millions de francs, et a découvert que la famille Noriega avait également investi dans l'achat de trois appartements dans les quartiers chics de Paris : quai d'Orsay pour environ 15 millions de francs, quai de Grenelle et rue de l'Université.

Déposées sur un compte panaméen de la Bank of Credit and Commerce International, les sommes versées à Manuel Noriega par les chefs du cartel de Cali transitaient ensuite par Londres et Paris pour être, enfin, réparties au Luxembourg, en Suisse et en Autriche. Le mandat d'arrêt international lancé, le 8 novembre 1996 par le juge Fiévet contre l'épouse de l'ancien dictateur, suspectée d'avoir participé au blanchiment de l'argent, est toujours en cours. Il a été extradé le 26 avril 2010 vers la France. Noriega est incarcéré dans la Prison de la Santé, Paris. Le 7 juillet 2010, il est condamné par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de 7 ans de prison et 3,3M€ pour blanchiment d'argent issu de la drogue, ses avocats Maitre Olivier Metzner et Maitre Yves Leberquier, insistant sur l'aspect politique de ce procès, sur l'immunité de son client a l'époque des faits par ailleurs prescrits, a son passé d'agent rémunéré par la CIA, assortie de la confiscation de 2,3 millions d'euros, plus un million d'euros de réparations à l'État du Panama, partie civile. Il serait libérable en 2011. Le 2 août 2011, un décret d'extradition vers le Panama a été notifié à Manuel Noriega par les autorités françaises. Il est extradé par la France à destination de son pays le 11 décembre 2011. Il y est immédiatement emprisonné dans le cadre d'accusations de violation des droits de l'homme. En 2017, les autorités panaméennes l’autorisent à se faire hospitaliser pour se faire opérer d’tumeur du cerveau; à la suite de cette opération, il doit subir une trachéotomie et tombe dans le coma. Noriega meurt sans avoir repris connaissance dans la nuit du 29 au 30 mai 2017.

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