Nicolas II de Russie

Publié le par Mémoires de Guerre

Nicolas II Alexandrovitch Romanov (de la dynastie des Romanov, né le 6 mai 1868 à Tsarskoïe Selo, exécuté le 17 juillet 1918 à Iekaterinbourg, fut le dernier tsar couronné en Russie de 1895 à 1917. Son titre complet était « Nicolas II, empereur et autocrate de toutes les Russies ».

Nicolas II de Russie
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Nicolas II de Russie

Nicolas II était le fils de l'empereur Alexandre III, auquel il succéda le 1er novembre 1894 et de Dagmar du Danemark (1847-1928) (fille de Christian IX roi du Danemark). Le 26 novembre 1894, il épousa la princesse Alexandra de Hesse-Darmstadt (1872-1918), de son vrai prénom Alix, fille de louis iv de Hesse-Darmstadt et d'Alice de Saxe-Cobourg et Gotha(morte en 1878). Alix de Hesse-Darmstadt était la petite-fille de la reine Victoria et d'Albert de Saxe-Cobourg et Gotha. Elle fut connue en Russie sous le nom russifié d'Alexandra Fedorovna. Nicolas II et Alexandra Feodorovna eurent cinq enfants : un fils, le tsarévitch Alexis Nicolaïevitch (1904-1918) et quatre filles, Olga Nicolaïevna (1895-1918), Tatiana Nicolaïevna (1897-1918), Maria Nicolaïevna (1899-1918) et Anastasia Nicolaïevna (1901-1918). Mal préparé à assumer ses fonctions, Nicolas II est considéré par les historiens comme un homme faible, sans volonté, subissant constamment l'influence de son épouse (à laquelle il voue un amour sans faille) ou de ses conseillers, ou encore de son entourage plus large (comme Raspoutine). Jugé entêté comme tous les faibles, incapable de refus, il était trop délicat et bien élevé pour se déterminer grossièrement et, plutôt que refuser, préférait se taire. Son épouse, Alexandra, était méprisée par les Russes en raison de ses origines allemandes mais aussi de l'amitié qu'elle vouait à un moine, Grégori raspoutine, qui devint l'intime de la famille impériale : capable de guérir les crises d'hémophilie dont souffre le tsarévitch Alexis, raspoutine acquit une très grande influence sur le Tsar et sur son épouse avant d'être finalement assassiné par une conjuration de hauts-dignitaires (le député Pourichkevtch et le prince Youssoupov, époux d'une nièce du tsar).

Profondément marqué par l'assassinat de son grand-père le tsar libérateur Alexandre II quand il avait 13 ans, il se voulût, comme son père, conservateur. Nicolas II se considérait comme le maître absolu de la terre russe et entendait dès son avènement poursuivre la politique menée par son père, fondée sur le maintien de l'autocratie ; autocratie qu'il avait juré lors de son couronnement de défendre. En 1902, Nicolas II confia au comte Plehve le ministère de l'Intérieur. Bien qu'il éprouvât de la sympathie pour les idées constitutionnelles, Plehve développa une politique très conservatrice. À son avènement, Nicolas II révoqua les ministres de son père à l'exception du ministre des Finances, Serge Witte, qu'il chargea d'achever la réforme financière engagée sous le règne d'Alexandre III afin d'assurer la parité monétaire. Malgré leurs divergences de caractère, Nicolas II approuva la politique de développement économique intensif menée par son ministre. Le 3 janvier 1897, le rouble-or est restauré. La principale pièce d'or est l’impérial (d'une valeur de 15 roubles) ; on frappe aussi un demi-impérial (7 roubles cinquante kopecks). Cette remise en ordre du système financier donna une nouvelle impulsion au développement de l'industrie, particulièrement l'industrie lourde. Les progrès réalisés dans le domaine du développement économique, sans réel souci du sort des ouvriers, entraînèrent logiquement des mouvements sociaux, ainsi qu'un essor de la culture russe traditionnelle qu'inspirait au peuple et aux artistes la peur du changement. Nicolas II refusa de voir les conséquences de la politique économique qu'il soutint et s'efforça de maintenir les fondements de son pouvoir absolu. Sur le plan intérieur, Nicolas II ne s'écarta pas de la politique conservatrice de son père, Alexandre III : sa première déclaration publique, lors de son avènement, condamna les zemstvo tolérés par Alexandre III.

En 1897, il envoya le général Golitsyne russifier les provinces du Caucase ; en 1898, il nomma gouverneur général de Finlande Nikolai Bobrikov, qui entreprend de russifier la population. Déterminé à conquérir des ports sur les mers chaudes, Nicolas II engagea la Russie dans une politique expansionniste, qui s'exprima tout d'abord au détriment de l'Empire ottoman et du Japon : En 1896, il recommanda à son ambassadeur à Constantinople d'envisager l'annexion du Bosphore par la Russie, expédition à laquelle il renonça ensuite sous l'influence de Witte. Nicolas II, poursuivant probablement le vieux rêve de reconquérir l'Empire byzantin songeait à prendre Constantinople - ce que l'état de l'homme malade de l'Europe (l'Empire ottoman) lui aurait sans doute permis - et à ouvrir ainsi à la Russie un port sur la Méditerranée. Il chercha ensuite à étendre la Russie vers l'Extrême-Orient, afin notamment d'acquérir un accès aux mers chaudes du Pacifique. Ainsi fut-il favorable à un partage de la Chine par les puissances occidentales qui dépeçaient lentement l'empire du Milieu (Guerre des boxers) et de la Corée, afin d'acquérir un port qui ne soit pas pris dans les glaces et qui pourrait permettre à la flotte russe de sillonner le Pacifique. Cette ambition inquiétait le Japon qui, le 26 janvier 1903, attaqua l'escadre russe amarrée à Port-Arthur : c'est le début de la Guerre russo-japonaise, qui s'acheva par la défaite de la Russie en 1905.

Dès 1896, il continua la politique spectaculaire de rapprochement avec la France entreprise par son père Alexandre III, qui permit l'établissement de la "Triple Entente" entre la France, l'Angleterre et la Russie. Des liens financiers étroits se nouèrent avec la souscription des "emprunts russes", destinés à financer le développement économique de la Russie : la France voyait en la Russie le "rouleau compresseur" qui pourrait l'aider, en cas de guerre contre l'Allemagne, à récupérer l'Alsace-Lorraine. Au point de vue religieux, assimilant les coptes à des orthodoxes, il s'intéressa à l'Éthiopie : en 1893, les Églises orthodoxes et coptes signaient des accords et, en 1900, le général Leonteov était nommé protecteur général des possessions équatoriales de l'Éthiopie. Son règne vit également la dégradation des relations entre la Russie et l'Allemagne, les pangermanistes allemands et autrichiens menant une politique anti-russe et anti-slave. La défaite de 1905, face au Japon, fragilisa Nicolas II qui ajoutait à ses autres problèmes la réputation d'un empereur vaincu ; symboliquement, il ne pouvait plus prétendre à être le bon protecteur de la Russie. De plus, le développement économique renforça la question agraire. Dès 1904, les administrations provinciales attiraient l'attention de Nicolas II sur « plusieurs questions d'ordre étatique général », mais ces requêtes furent écartées par le tsar, qui considérait que les problèmes de l'État ne concernaient pas les administrations provinciales. Progressivement, des troubles avaient lieu dans les campagnes (incendies de propriétés, grèves) et principalement dans les marches de l'Empire (Pologne, Sibérie, Caucase, Finlande, Petite-Russie) obligeant le gouvernement à décréter l'état de siège.

Nicolas II dut affronter la révolution russe de 1905 : Après le Dimanche rouge du 22 janvier 1905 et sur les conseils de Witte, qu'il avait nommé Premier ministre, il promulgua, le 17 octobre 1905, trois actes gouvernementaux accordant la convocation d'une assemblée représentative, la Douma. Ce manifeste réaffirmait toutefois l'intangibilité du pouvoir autocratique. Deux institutions apparaissaient : le Conseil des ministres, dont le président fut le comte Witte, et la Douma. En octobre 1905, en vue de l'élection de l'assemblée représentative, une loi organisait les collèges électoraux en élargissant la représentation populaire ; en créant des curies de propriétaires, paysans, citadins et ouvriers, cette loi permettait à la majorité de la population russe d'être représentée à la Douma. Le 27 avril 1906, Nicolas II octroya finalement une « Loi fondamentale de l'État », qui constituait une véritable Constitution. Cette Loi fondamentale transformait la Russie en une monarchie constitutionnelle, où l'autocratie cohabitait avec un Parlement, la Douma. Le bilan de l'époque « constitutionnelle » du règne de Nicolas II fut contrasté : la Douma ne permit pas au prolétariat urbain, à la paysannerie et aux libéraux de se faire représenter, le corps électoral demeurant essentiellement constitué par l'aristocratie ; un certain nombre de progrès fûrent toutefois réalisés, notamment dans le domaine industriel. Modifié par le gouvernement à sa guise, le système électoral sur-représentait certaines parties de la population censées être favorables au Tsar. Selon la Loi Fondamentale de 1906, la Douma était une chambre législative. De 1905 à 1914, quatre Doumas se succédèrent, largement dominées par les formations politiques de centre-gauche (parti constitutionnel-démocrate, parti social-démocrate, travaillistes, socialistes-révolutionnaires) et sans cesse en désaccord avec le Tsar et son gouvernement :

  • La première Douma, élue en 1905, était dominée par les partis de gauche et comprenait 179 constitutionnels-démocrates, 97 députés paysans. Elle se montra incapable de collaborer avec le gouvernement et fût dissoute au printemps 1906.
  • La deuxième Douma, élue en 1906 composée de 518 députés, était largement dominée par les partis de gauche : 65 sociaux-démocrates, 104 travaillistes, 37 socialistes-révolutionnaires. Les partis de droite comptaient 99 constitutionnels-démocrates et 54 conservateurs. En conflit avec le gouvernement Stolypine, elle fut dissoute le 3 juin 1907.
  • La troisième Douma, élue à l'automne 1907, était dominée par les partis de droite qui obtinrent 33,2 % des suffrages et par les constitutionnels-démocrates, qui obtinrent eux 34,8 % ; parmi les partis de gauche, les bolcheviks firent leur entrée à la Douma.
  • La quatrième Douma, élue en novembre 1913, vit son action rendue difficile par la Première Guerre mondiale.

En 1906, Nicolas II nommait Piotr Stolypine président du Conseil des ministres. Celui-ci se donnait deux objectifs : rétablir l'ordre et mettre en œuvre un programme de réformes. Il réforma ainsi l'administration, la condition juridique des paysans, fit voter des lois agraires, mais instaura une politique de sécurité particulièrement autoritaire. Il créa les ministères de la Sécurité sociale, du Travail et de la Santé publique. Il élabora un programme de réformes visant à instaurer les fondements solides d'un état de droit et d'une monarchie constitutionnelle : abolition de l'exil administratif, réforme de la police et des assemblées provinciales. Stolypine fut assassiné sous les yeux de la famille impériale le 1er septembre 1911, à l'opéra de Kiev, par le révolutionnaire Bobrov. Sa mort marqua la fin d'une politique d'ouverture et le retour de Nicolas II à une politique plus réactionnaire. En juillet 1914, après l'attentat de Sarajevo et l'ultimatum adressé à la Serbie par l'Autriche-Hongrie, Nicolas II décréta la mobilisation générale afin de se préparer, au nom du panslavisme et des accords de défense, à se porter au secours de la Serbie, peuple slave et orthodoxe. L'engrenage des alliances conduisit la Russie à entrer dans la Première Guerre mondiale aux côtés de la France et de l'Angleterre, contre l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Empire ottoman. Les opérations militaires sur le front de l'est s'ouvrirent par l'offensive des troupes russes en Prusse Orientale et en Galicie, pour soulager les troupes franco-anglaises qui reculaient en France. Cette première offensive fût écrasée par Hindenburg à Tannenberg avec deux corps d'armée prélevés sur le front de l'ouest, corps qui firent cruellement défaut à l'armée allemande durant la bataille de la Marne et dont l'absence permit le salut La France.

En août 1915, Nicolas II prit les fonctions de commandant suprême des armées, écartant son oncle le grand-duc Nicolas Nicolaïevitch Romanov. Ce faisant, il laissait le pouvoir aux mains de l'impératrice Alexandra Feodorovna et de raspoutine. Son quartier général était trop loin de Pétrograd. La Révolution de février 1917 sonna le glas du régime impérial. Dominé par l'impératrice Alexandra Feodorovna (elle-même détestée en raison de ses origines allemandes), le gouvernement perdit le soutien du peuple russe, qui se révolta à Pétrograd de lui-même, faisant 1 300 morts. Le 10 février 1917, le président de la Douma remit à Nicolas II un rapport faisant état de l'impossibilité de gouverner l'Empire, en soulignant la nécessité de former un gouvernement responsable devant la Douma. Les commandants en chef des armées se prononcèrent, officieusement, en faveur de l'abdication du tsar, qu'ils jugeaient incapable de mener les armées russes à la victoire. Ne pouvant se résoudre à se séparer de son fils le tsarévitch Alexis Nicolaïevitch qui n'avait que 13 ans, et souffrant d'hémophilie, était incapable de régner, Nicolas II abdiqua le 2 mars 1917 du calendrier julien ou 15 mars 1917 du calendrier grégorien, en faveur de son frère, le grand-duc Michel (Mikhail Alexandrovich Romanov), qui, surpris, finit par refuser le pouvoir. Nicolas II fut arrêté par le gouvernement provisoire le 10 mars. Emprisonné à Tsarskoe Selo, puis à Tobolsk et enfin à Iekaterinbourg, Nicolas II et sa famille furent exécutés sans aucun jugement dans les caves de la villa Ipatiev (propriété d'un industriel de cette dernière ville : Nicholaï Ipatiev), le 17 juillet 1918, par un groupe de bolcheviks commandé par Iakov Sverdlov et Iakov Yourovsky, peut-être sur l'ordre de Lénine ; les Bolchéviques craignaient que le symbole même de l'autocratie en Russie, le tsar, ne soit libéré par les Blancs.

Les corps de la famille impériale furent chargés sur un camion puis transférés dans une forêt proche de Iekaterinbourg. Ils furent jetés dans un puits de mine d'où ils furent, quelques jours plus tard, retirés pour être ensevelis sous un chemin forestier. Le sort de la famille impériale resta pendant longtemps sujet à controverses : si le juge Nicolas Sokolov, dépêché par l'amiral Koltchak, conclut immédiatement au massacre collectif et à l'incinération des corps, divers historiens - s'appuyant en cela sur des rumeurs répandues dans la région d'Iekaterinbourg - contestèrent ses conclusions. Ainsi l'historienne Marina Gray, fille du général Dénikine, tenta de démontrer la survie d'une partie de la famille impériale. La controverse fut principalement alimentée par l'affaire Anna Anderson : le 17 février 1920, un officier allemand repêche, dans un canal de Berlin, une jeune femme qui venait de s'y jeter. Refusant de parler, elle fut internée dans un asile d'aliénés où elle finit par déclarer son identité avec la grande-duchesse Anastasia, dernière fille de Nicolas II. Connue sous les noms successifs de Anna Tchaîkovsky puis Anna Anderson, elle fut au centre d'une longue énigme largement médiatisée, ponctuée de nombreux procès intentés à la famille impériale Romanov afin de se faire reconnaître comme Anastasia. Elle fut définitivement déboutée par la Cour de cassation de Karlsruhe, le 17 février 1970. Mariée au médecin américain John Manahan, elle mourut le 12 février 1984 à Charlottesville, aux États-Unis. Les analyses ADN ont démontré qu'Anna Anderson ne pouvait être la grande-duchesse Anastasia : ces mêmes analyses démentent également l'hypothèse longtemps admise selon laquelle Mme Anderson était une ouvrière polonaise nommée Franziska Schanzkowska. En 1990, les corps de la famille impériale ont été retrouvés et exhumés, puis identifiés par une analyse ADN. Deux corps manquent, celui du tsarévitch Alexis Nicolaïevitch, 14 ans, et celui de l'une des filles Anastasia Nicolaïevna, 17 ans : d'après le rapport de Yourovsky, qui dirigea l'exécution, ces deux corps furent brûlés. Selon certaines sources, ce serait le corps de Maria Nicolaïevna, 19 ans, (et non celui d'Anastasia) qui manquerait.

Le 16 juillet 1998, Nicolas II a été inhumé avec sa famille (sauf les deux corps non retrouvés) dans la Cathédrale Pierre-et-Paul à Saint-Petersbourg, ainsi que le docteur Eugène Botkine, médecin de la famille impériale, et leurs domestiques : Anna Demidova, Ivan Kharitonov et Alexeï Trupp. Ils furent inhumés en présence des descendants de la famille Romanov, en particulier le grand duc Nicolas Romanovitch, chef de la maison impériale de Russie. D'après des fouilles récentes, on aurait retrouvé les corps (introuvables jusqu'à maintenant) des deux enfants du dernier tsar. Des analyses ADN sont en cours. Le 14 août 2000, Nicolas II et sa famille ont été canonisés par l'Église orthodoxe de Russie, qui les considère comme morts martyrs. Cousins germains par leurs mères, Nicolas II de Russie et son cousin George V du Royaume-Uni se ressemblaient à un tel point qu'ils étaient souvent confondus l'un avec l'autre. À noter que Michael de Kent ressemble également beaucoup à Nicolas II de Russie. Ainsi, au lendemain de la Révolution russe et de l'exécution de la famille impériale, un jour que le roi Georges V parut dans la pièce où se trouvait la grande-duchesse Xenia Alexandrovna, sœur de Nicolas II, entourée de ses serviteurs, ces derniers se méprirent sur l'identité de la personne, ils se jetèrent aux pieds du souverain anglais croyant que Nicolas II de Russie était ressuscité. Nicolas II de Russie appartient à la première branche de la Maison d'Oldenbourg-Russie (Holstein-Gottorp-Romanov), issue de la première branche de la Maison d'Holstein-Gottorp, elle-même issue de la première branche de la Maison d'Oldenbourg.

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