Melnik Constantin

Publié le par Roger Cousin

Constantin Melnik (né en France le 24 octobre 1927), était coordinateur des services secrets auprès du Premier ministre Michel Debré de 1959 à 1962 au plus fort de la guerre d'Algérie. 

Melnik Constantin

Souvent perçu uniquement comme une personnalité du monde du renseignement français,il est aussi un stratège en géo-politique et un homme de lettres. Constantin Melnik est le fils de Tatiana Botkine et de Constantin Melnik, officier de l'Armée Impériale Russe, et le petit-fils du docteur Botkine,médecin général de la Garde Impériale et médecin personnel du Tsar de Russie Nicolas II, exécuté avec la famille impériale le 17 juillet 1918 . Après la deuxième guerre mondiale durant laquelle, malgré son jeune âge, il servit d'agent de liaison d'un maquis FTP niçois, Constantin Melnik sort major de l'Institut d'Études Politiques de Paris. Secrétaire parlementaire du groupe de la Gauche Républicaine au Sénat, il se lie d'amitié avec Michel Debré, qui l'introduit auprès de Raymond Aron. Entre le philosophe et l'homme d'action se noue une relation d'estime qui perdurera malgré la méfiance de Aron face à l'action étatique et ses préférences pour l'état de spectateur, fut-il engagé. Tout d'abord membre du IIème bureau du général Juin, où il sut déterminer les chances de Khrouchtchev à la succession de Staline, Constantin Melnik fut, durant la Quatrième République, conseiller technique de Charles Brune au ministère des Postes et Télécommunication, puis à l'Intérieur.

Préoccupé par la défense des États occidentaux face à la menace soviétique, Constantin Melnik se forme aux méthodes américaines en travaillant pour la Rand Corporation. Il élabore ainsi ce qui fut toute sa vie sa doctrine de conduite, le devoir de servir du mieux de ses capacités les États démocratiques contre les attaques totalitaires, de maintenir la puissance de ces États et leur légalité républicaine afin de conserver intact le droit de tout être humain à la liberté. Après le 13 mai 1958 et le retour du général de Gaulle au pouvoir, il devient conseiller technique du Premier ministre français Michel Debré pour la sécurité et le renseignement de 1959 à 1962. Ses fonctions l'amènent à donner l'impulsion coordinatrice nécessaire aux différents services (PJ, RG, SDECE, DST, PP, etc) impliqués dans le maintien de l'ordre, la lutte contre le KGB, le FLN, l'OAS ou toute organisation terroriste.

La presse satirique le surnommait alors le SDECE tartare (jeu de mots avec steak tartare et référence au SDECE, et à ses origines russo-tartares, l'empereur Constantin (référence à Constantin, l'empereur romain) ou encore le serbo-croate de service. Pour d'aucuns, la question s'est posée de savoir si, dans le contexte de la guerre froide, ses origines russes auraient dû l'écarter de ses fonctions, conformément à une règle non-écrite. Il a même été suggéré que le fait d'être le petit-fils du médecin personnel du Tsar et le fils d'un officier de l'Armée blanche aurait pu jouer en sa faveur. En fait, cette interrogation n'a pas lieu d'être. Né sur le territoire français, de nationalité française par naturalisation à l'âge de 17 ans, non militaire et non-fonctionnaire, Constantin Melnik a pu, grâce au statut contractuel des postes de conseiller ministériel, ou tout aussi souvent, de manière bénévole, offrir ses services à son pays en toute liberté et loin de toute tracasserie administrative.

Après la fin de la guerre d'Algérie, Constantin Melnik se partage entre ses activités d'éditeur indépendant et l'élaboration d'une réflexion sur les dangers de la pénétration soviétique et les moyens d'y remédier. Dans le domaine éditorial, il est à l'origine en France du phénomène du document historique, et marque le paysage de l'édition française avec des best-sellers comme Treblinka, (1966) de Jean-François Steiner, des livres mythiques sur la guerre (Par le sang versé de Paul Bonnecarrère) et les renseignements (L'orchestre rouge de Gilles Perrault), mais aussi sur les "S.S. français", ainsi qu'attesté par une interview de Jean Mabire à "La Presse de la Manche", du 3 septembre 1989, page 9, qui affirme : "Constantin Melnik, qui était alors [à la fin des années soixante] directeur de collection chez Fayard, m'a demandé un jour de faire un livre sur les S.S. français.

Mais, comme je ne sais pas faire court, je lui en ai livré trois. Il se trouve qu'ils rencontrèrent un succès assez important." . Sur le plan de la réflexion théorique et de la doctrine d'action, son livre sur la nature du régime soviétique, la Troisième Rome, constitue un tournant dans la compréhension occidentale - anglo-saxonne en particulier - des enjeux des derniers affrontements de la guerre froide. Après la chute de l'Union soviétique, Constantin Melnik s'est consacré à la réflexion sur le phénomène de la violence d'État en régime démocratique, en utilisant l'artifice de la fiction pour, à travers de vrai-faux romans, dénoncer les dangers du totalitarisme, la nécessité d'un renseignement discipliné et efficace au service d'un État démocratique respectueux de sa légalité et le danger des dérives autoritaires au sein des démocraties.

Publié dans Espions

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