Légion Condor

Publié le par Mémoires de Guerre

La Légion Condor était une force aérienne formée de volontaires à partir d'effectifs de la Luftwaffe de l'Allemagne nazie, qui combattit en Espagne aux côtés du camp nationaliste durant la guerre civile, entre juillet 1936 et avril 1939. 

Hugo Sperrle, Helmuth Volkmann et Wolfram von Richthofen
Hugo Sperrle, Helmuth Volkmann et Wolfram von Richthofen
Hugo Sperrle, Helmuth Volkmann et Wolfram von Richthofen

Hugo Sperrle, Helmuth Volkmann et Wolfram von Richthofen

Elle fut envoyée par Adolf Hitler afin d'aider les forces nationalistes de Franco qui s'étaient soulevées contre la IIe République espagnole, le 17 juillet 1936 à Melilla (une enclave espagnole en territoire marocain). Les 6 000 hommes engagés seront relevés régulièrement, 19 000 y auront servi, parmi lesquels de nombreux officiers qui deviendront célèbres lors de la Seconde Guerre mondiale, comme le maréchal de l'air Hugo Sperrle ou le pilote Adolf Galland. Appelée Operation Feuerzauber ("Opération Feu magique"), l'aide militaire allemande au camp nationaliste espagnol a débuté par une demande d'assistance envoyée par le général Franco, appelé aussi le Caudillo. Cette demande fut reçue par le Führer Adolf Hitler le 22 juillet, cinq jours après le début du soulèvement, le 17 juillet 1936. Hitler appela immédiatement Hermann Göring, commandant en chef de la Luftwaffe, et le Generalfeldmarschall Werner von Blomberg pour concevoir un plan sur les méthodes pour soutenir les Nationalistes.

L'entreprise Sociedad Hispano-Marroqui de Transportes (HISMA, dont le capital social était de 200 000 Pesetas) fut constituée le 31 juillet 1936 a Tétouan, lors d'une réunion entre Fernando Carranza, Fernandez-Reguera et Johannes Eberhard Bernhardt et le Consul d'Espagne, pour permettre à l'Espagne le paiement des aides allemandes. L'intention originale de la HISMA, était de permettre l'organisation et le transport de volontaires et du matériel allemand et d'organiser l'achat de fournitures supplémentaires en provenance du secteur privé en Allemagne. Le contrôle de la HISMA a ensuite été consolidé avec la création de la Rohstoff-Waren-Kompensation Handelsgesellschaft m.b.h. (ROWAK) trois mois plus tard. La SARL ROWAK concentrait son attention sur la gestion des échanges et la réalisation des paiements. Le système reposait sur la définition d'un taux de change fixe (1 Reichsmark = 3,44 Pesetas). Les prix des marchandises, eux, pouvaient varier entre le marche national et le marche international.

C'est alors qu'intervenaient les "primes a l'exportation". L'achat d'un bien à un fabricant ou à un commerçant allemand était compensé par la fourniture d'une marchandise par un fabricant ou commerçant espagnol. La HISMA finançait ses achats de marchandises grâce aux avances en liquide consenties par les importateurs espagnols. De plus, le Trésor Public espagnol payait mensuellement à la HISMA des livraisons de matériels de guerre. Quant a la ROWAK, elle finançait ses achats en Allemagne grâce au produit des ventes de marchandises espagnoles que les importateurs allemands payaient d'avance en Reichsmarks. Elle bénéficiait de surcroit de crédits versés par le gouvernement du Reich. La HISMA tirait ses bénéfices, d'une part, du pourcentage qu'elle percevait sur les exportations et importations entre particuliers (respectivement 2 % et 1 %), et, d'autre part, du pourcentage que lui versait la ROWAK sur les importations réalisées par l'état espagnol (1 % sur le montant des factures). Tout au long de la Guerre Civile, ce système de compensation permit de réaliser un volume d'échanges de 1 047 178 301 Pesetas, pour ce qui est des importations espagnoles, auquel s'ajoutent 1 000 843 928 Pesetas au titre des exportations, avec un minimum de dépenses en devises pour les deux pays.

Grâce à l'intermédiaire de la HISMA et de la ROWAK, l'Allemagne nazie fut en mesure d'exercer une influence considérable sur les échanges économiques entre les zones sous contrôle franquiste et le IIIe Reich. Les deux entreprises augmentèrent de façon spectaculaire les importations de matières premières espagnoles. Pour garder le contrôle, le Ministère économique du Reich interdit même toutes relations d'affaires entre l'Espagne et le secteur privé allemand, de novembre 1936 jusqu'à nouvel ordre. Toutes les transactions d'affaires furent canalisées par la ROWAK, qui voulait alors des relations uniquement avec la HISMA et les mêmes processus furent mis en œuvre dans les zones contrôlées par les franquistes. Des taux de commission entre 0,175 et 5% furent imposés sur toutes ces transactions. L'exploitation économique et le contrôle du IIIe Reich sur l'ensemble des richesses minérales espagnoles, tel que le minerai de fer, le tungstène, le sulfure de fer et le cinnabarite, étaient maintenant possible et dans une perspective d'un nouvel empire.

Au moment de la rébellion, le dictateur italien Benito Mussolini, avait accepté de fournir une aide militaire aux Nationalistes, sous la forme d'envoi de troupes, le "Corps des troupes volontaires" (Corpo Truppe Voluntarie (CTV)). Hitler a immédiatement accepté aussi, et il était heureux de voir à la fois naître et continuer un conflit en Espagne et à la fin, éventuellement en faveur du général Franco.

Les motivations d'Adolf Hitler étaient triples :

  • Franco, en cas de succès, représenterait un troisième pouvoir autoritaire inamical sur les frontières de sa rivale, la France.
  • Les tensions internes en France, entre la gauche et la droite, furent exacerbées par la Guerre Civile espagnole et par le fait même, affaibliraient toute opposition organisée contre l'Allemagne nazie.
  • Aider les Italiens en Espagne, tout en gardant les démocraties occidentales de la Grande-Bretagne et de la France en conflit avec l'Italie et amener Mussolini vers l'Allemagne hitlérienne.

Un communiqué en décembre 1936, de l'ambassadeur allemand à Rome, Ulrich von Hassell, illustre chaque point: « Le rôle joué par le conflit espagnol en ce qui concerne les relations de l'Italie avec la France et l'Angleterre pourrait être similaire à celui du conflit en Abyssinie, ce qui porte clairement la réalité, des intérêts opposés des puissances et l'Italie, empêchant ainsi d'être entraînés dans le filet des puissances occidentales et utilisées pour leurs machinations. La lutte pour l'influence politique dominante en Espagne met à nu l'opposition naturelle entre l'Italie et la France, dans le même temps la position de l'Italie en tant que puissance dans la Méditerranée occidentale, entre en concurrence avec celle de la Grande-Bretagne. D'autant plus clairement que, l'Italie va reconnaître l'opportunité d'affronter les puissances occidentales au coude à coude avec l'Allemagne. »

Au cours des semaines suivantes, plus de quinze mille volontaires de troupes sont envoyés en Espagne. Le 27 juillet 1936, Adolf Hitler envoya 26 avions de chasse allemands et aussi 30 avions de transport militaire Junkers Ju 52 depuis Berlin et Stuttgart, vers le Maroc espagnol alors aux mains des Nationalistes de Franco. Les chasseurs allèrent plus rapidement au combat et les Allemands subirent leurs premières pertes quand les pilotes Helmunt Schulze et Herbert Zech furent tués le 15 août 1936. Au cours des deux semaines suivantes, ces avions transportèrent presque 12 000 hommes vers l'Espagne. Précisons que c'est le premier lieutenant Rudolf von Moreau, arrivé par bateau le 7 août 1936, qui avait commandé l'escadrille de Junkers 52 qui avait amené en Espagne les troupes marocaines de Franco.

En septembre 1936, l'Oberstleutnant (lieutenant-colonel) Walter Warlimont de l'état-major allemand arriva en tant que commandant régional et conseiller du Generalisimo Francisco Franco. En raison de l'afflux de l'aide et de volontaires, Warlimont préconisa en novembre 1936, que toutes les troupes allemandes soient combinées au sein de la "Légion Condor".

Hitler espérait qu'il ne serait pas nécessaire, vu que le général Franco affirmait qu'il était sur le point de remporter la victoire, d'envoyer cette Légion. Cette prédiction s'avéra fausse et en novembre, des avions, des chars et des conseillers militaires soviétiques (payés comptant en or) ainsi que les Brigades internationales commencèrent à arriver à Madrid. Le conflit commença à faire boule de neige. Il devint évident que la Légion Condor, à ce moment-là, et même avec l'aide italienne, ne pouvait-être une force à faire pencher la balance du côté des Nationalistes, mais seulement à la maintenir. Le Führer accorda donc la permission de réunir toutes les troupes allemandes affectées en Espagne au sein de la Légion Condor. Cette Légion était équipée à l'origine d'environ 100 avions et comptait 5 136 hommes. Cette force initiale comprenait les éléments suivants :

  • Un groupe de bombardement de trois escadrons de bombardier Ju 52
  • Un groupe de chasseur avec trois escadrons de chasseurs He 51
  • Un groupe de reconnaissance avec deux escadrons de He 99 et des avions de reconnaissance/bombardement He 70
  • Un escadron d'hydravions de He 59 et de He 60

La Légion Condor, sous le commandement du major-général Hugo Sperrle, était une unité autonome et n'était responsable qu'envers Franco. Au plus fort de l'assistance militaire allemande, la force totale en Espagne sera presque de 12 000 hommes, même si ceux-ci étaient en rotation et un total de 19,000 serviront dans la Légion Condor. Le général Hugo Sperrle exigea de l'Allemagne des appareils ayant une meilleure performance et finalement, il reçut des Heinkel He 111, des Junkers "Stuka" Ju 87A, des Messerschmitt Bf 109E-1 et six avions de reconnaissance Henschel Hs 126A-1.

Les avions allemands ont largué plus de 21 tonnes de bombes et ont tiré plus de 4 327 949 cartouches. Le nombre total d'avions affecté à la Légion Condor est estimé à 610 (d'après les archives du Sonderstab W). Parmi les autres matériels utilisés, on relève : 91 canons de 20 mm, 12 canons de 37 mm et 71 exemplaires du fameux 88, 1 123 véhicules de tous types (motocyclettes, automobiles, utilitaires légers, moyens ou lourds, tracteurs, autobus), 72 chars de combat Panzer I (toutes versions confondues), 122 pièces d'artillerie de différents calibres, ambulances). Certaines sources établissent une distinction entre le matériel fourni par la Luftwaffe et celui provenant de l'armée de terre (Heer), et ajoutent à l'inventaire des véhicules cité ci-dessus 96 camions et un nombre indéterminé d'autres véhicules. Sur les 6 500 Allemands qui ont servi dans la Légion Condor lors de la Guerre Civile espagnole, 131 moururent au combat et 168 autres lors d'accidents aériens ou terrestres, ou encore de maladies contractées pendant leur séjour, soit un total officiel de 299 morts. Les victimes furent :

  • 102 membres d'équipage,
  • 27 pilotes de chasse, et
  • 21 servants de DCA.

Quant aux blessés, leur nombre s'élève à 139 au combat et à 449 à la suite d'autres causes. Le chiffre des pertes ne parait pas exagéré, lorsqu'on songe à l'intense activité exercée par la Légion Condor, et peut s'expliquer par le haut degré de préparation des personnels, qui étaient soit des militaires professionnels, soit des membres de l'une ou l'autre organisation para-militaire du Reich allemand. Un grand nombre, soit plus de 50%, sont décédés dans des accidents, notamment d'accidents de la route et/ou de maladie. Les premiers morts en opérations furent deux aviateurs, les Unteroffiziere (sergents) Helmut Schulze et Herbert Zech, lors du crash de leur Junkers Ju 52, du groupe de bombardement K/88, le 15 août 1936, a Jerez de la Frontera. (Source : Raul Arias Ramos et Lucas Molina Franco, Atlas Ilustrado de la Légion Condor, Susaeta Ediciones, S.A., Madrid, ISBN (978-84-3057276-2).

La Légion Condor perdit 72 appareils au combat. 160 autres ont été perdus dans des accidents, soit en vol, au décollage ou à l'atterrissage. En comparaison, le nombre d'appareils républicains abattus par la Légion Condor s'élève - selon Raymond L. Proctor, ancien officier de l'US Air Force - à 386 (soit 59 par les pièces anti-aériennes du F/88 et 313 par le Groupe de Chasse. Il est bien connu que les leaders de l'armée allemande hésitèrent à s'impliquer dans le conflit et ils résistèrent à l'appel lancé par le gouvernement italien pour un double transfert de troupes terrestres pour combattre en Espagne. Cependant, l'accord fut donné pour une participation de la Luftwaffe à cette guerre civile, qui constituait un terrain d'entraînement idéal pour les troupes qui seront employées plus tard au cours de la Seconde Guerre mondiale. Ce point de vue est appuyé par le témoignage d'Hermann Göring, qui deviendra Reichsmarchall de la Luftwaffe, lors du procès au tribunal militaire international de Nuremberg. Lorsqu'on l'interrogea sur la décision de recourir à la Luftwaffe, il stipula:

« Lorsque la guerre civile éclata en Espagne, Franco a adressé un appel à l'aide à l'Allemagne et a demandé son appui, en particulier aérien. Il ne faut pas oublier que les troupes de Franco étaient stationnées en Afrique du Nord et qu'il ne pouvait pas faire traverser ses troupes, car la flotte était entre les mains des communistes ou, comme ils s'appelaient eux-mêmes à l'époque, le “gouvernement révolutionnaire légitime en Espagne”. Le facteur prioritaire fut de transporter ses troupes vers l'Espagne. Le Führer y a réfléchi. Je lui conseillai d'apporter son soutien (à Franco) en toutes circonstances, tout d'abord, afin de prévenir la propagation du communisme dans cette région et, d'autre part, par cette opportunité, pour tester ma jeune Luftwaffe. »

Le chasseur Messerschmitt Bf 109, le bombardier moyen Heinkel He 111 et, à partir de décembre 1937, le bombardier en piqué Junkers Ju 87 « Stuka », participèrent pour la première fois au combat au sein de la Légion Condor contre des avions fournis par les Soviétiques. Tous ces avions jouèrent par la suite un rôle majeur durant les premières années de la Seconde Guerre mondiale. Les Allemands comprirent rapidement aussi que les beaux jours des chasseurs biplans étaient terminés, ainsi le chasseur Heinkel He 51 fut transféré à un rôle d'attaque au sol et, beaucoup plus tard, il fut relégué au rôle d'avion d'entraînement.

La Légion Condor comprenait également des unités non-aériennes. Les équipages de chars légers, Panzerkampfwagen (PzKpfW) I ou Panzer I, furent commandés par Wilhelm Ritter von Thoma. Les versions utilisées furent le PzKpfW I A, B, B (SdKfz 163) version de commandement et PzKpfW I A (SdKfz 101) "Ohne Aufbau", sans tourelle, pour l'entrainement des pilotes. L'armement du Panzer I consistait en deux mitrailleuses MG 13 de 7,92 sous tourelle, et quatre exemplaires du Panzer I "A" reçurent un canon Breda de calibre 20 mm. Le Panzer I était surnommé "Negrillo" (noiraud) en raison de sa peinture gris foncé. Les Allemands ont également testé leur artillerie lourde anti-aérienne, le fameux canon de 88 mm, qu'ils utilisèrent pour détruire des chars républicains et des fortifications par des tirs directs et pour tirer sur des avions ennemis, dans leur rôle traditionnel.

Les Allemands impliqués en Espagne, ont également vu la mise en place du premier service d'ambulance aérienne, qui amènera à la construction du Junkers Ju 52/JM, pour l'évacuation des combattants blessés. Un facteur important lors de la Seconde Guerre mondiale, dont on pense qu'il est directement le résultat de ce conflit, fut la mise au point technique du Messerschmitt Bf 109. Les types V3 à V6 entrés en service en Espagne sont dus directement à des essais opérationnels vers le mois de janvier 1937. Au printemps 1938, ils furent rejoints par des avions du type C et avec du type E, en décembre 1938. À la suite des combats en Espagne, des améliorations ont également été apportées au canon de 88 mm.

À côté des possibilités de gains d'expériences du combat, diverses initiatives stratégiques furent imaginées, et d'abord testé dans le cadre de la Luftwaffe impliquée dans ce conflit. Les théories sur le bombardement stratégique ont d'abord été mis au point par la Luftwaffe, avec la première démonstration du tapis de bombes lors de la campagne des Asturies, en septembre 1937.[réf. nécessaire] Comme les combats progressaient en mars 1938, les pilotes italiens, sous le commandement du Feldmarchall Hugo Sperrle, furent impliqués dans treize des raids sur la ville de Barcelone, utilisant des bombes incendiaires et des bombes au gaz. Ces raids entrainèrent la mort de milliers de civils. Il est à noter que son remplaçant, Wolfram von Richthofen, sera plus tard fortement impliqué dans l'organisation de la Luftwaffe dans le cadre de l'opération Barbarossa.

La Légion Condor participa à tous les grands engagements, notamment aux batailles de Brunete, de Teruel, d'Aragon et de l'Ebre. Sur ordre de Franco, la Légion Condor bombarda la ville basque de Guernica le lundi 26 avril 1937. Cette attaque fut considérée comme le premier grand raid de l'histoire de l'aviation de guerre moderne sur la population civile sans défense, les motivations sont toujours objet de controverse. Lors de ce conflit, Werner Molders fut crédité de quatorze victoires, plus que tout autre pilote allemand.

Les forces navales allemandes, commandées par le bureau "Anker" (ancre), reçurent la dénomination de Groupe "Nordsee" (Mer du Nord). Elles furent tout d'abord engagées dans la protection des opérations de transport maritime au cours du conflit en Espagne. Cadiz, El Ferrol et Vigo furent les trois principaux ports espagnols par lesquels afflua l'aide allemande. Dans chacun de ces ports, des officiers de la Kriegsmarine étaient en poste pour recevoir et contrôler les envois de matériel et de marchandises. De plus, à El Ferrol, un contingent de douze techniciens allemands était charge de monter des canons et des mitrailleuses sur des navires de la marine nationaliste (Armada Nacional) et aussi d'organiser la flottille des dragueurs de mines de la mer Cantabrique.

Pendant que le personnel de la Kriegsmarine participait à la formation des forces navales fidèles à la cause franquiste, elle a également servi de cadre pour une présence allemande dans une patrouille internationale de non-intervention. Les opérations de U-Boote allemands de lutte contre l'envoi aux républicains par la Kriegsmarine ont été menées clandestinement et sous le code "Unternehmen Ursula" (Opération Ursula, en hommage au prénom porté par la fille de l'Amiral Dönitz, alors commandant de l'arme sous-marine allemande). L'opération devait se dérouler dans un secret absolu, en collaboration étroite avec deux autres sous-marins italiens, qui se relevaient toutes les deux semaines. Les marquages de plusieurs sous-marins allemands avaient été effacés et ils avaient reçu des noms de codes, comme Triton et Poseidon (l' U-33 et l'U-34, bâtiments du type VIIA). Au total, 14 U-Boote opérèrent dans les eaux espagnoles : U-14, U-19, U-25, U-26, U-27, U-28, U-30, U-31, U-32, U-33, U-34, U-35 et U-36. Ils eurent relativement peu de succès dans leurs attaques contre des destroyers républicains. Le 11 décembre 1936, cependant, l'U-34 repéra au large de Málaga le submersible républicain C3, qui naviguait en surface. Peu après 14 heures, le C3 reçut une torpille sur le flanc bâbord et se cassa en deux. Sur les 40 membres d'équipage, seuls 3 survécurent.

La Kriegsmarine engagea également les navires suivants : Cuirassés Deutschland, Admiral Scheer, Admiral Graf Spee. Croiseurs Emden, Karlsruhe, Königsberg, Köln, Leipzig, Nürnberg. Torpilleurs Leopard, Albatros, Seeadler, Falke, Greif, Jaguar, Iltis, Kondor, Luchs, Tiger, Möwe, Wolf. Le cuirassé Deutschland faisait partie des patrouilles navales de contrôle du Comité de Non Intervention en Méditerranée. Le 29 mai 1937, alors qu'il était au repos et au mouillage en rade d'Ibiza, le navire fut bombardé par deux avions républicains Tupolev SB "Katyushka", pilotés par des Russes venus de l'aérodrome de Llíria, près de Valence, et qui le confondirent peut-être avec le cuirassé espagnol nationaliste Canarias. Le Deutschland reçut quatre bombes de 250 kilos, qui touchèrent son pont avant et le mess de l'équipage, ainsi que la passerelle supérieure, l'hydravion Heinkel He 60 embarqué et une tourelle d'artillerie. 22 marins allemands furent tués sur le coup et 70 autres blessés. La réaction de Berlin ne se fit pas attendre : deux jours plus tard, le 31 mai, le cuirassé Admiral Scheer, escorté des torpilleurs Luchs, Albatros, Seeadler et Leopard, partit lancer environ 270 obus contre Almería, capitale de l'Andalousie et sous contrôle républicain. Le bombardement fit entre 19 et 39 morts, selon les sources, 49 édifices furent totalement détruits et 100 autres endommagés.

Le ministre républicain de la Marine et de l'Air, Indalecio Prieto, proposa en Conseil des Ministres le bombardement de tous les navires de la Kriegsmarine par l'aviation républicaine. Les autres ministres républicains refusèrent cette escalade. La guerre civile était à sept mois de sa fin, et Prieto devait admettre plus tard que son projet d'attaque des navires allemands visait à jouer le tout pour le tout, en tentant d'entrainer le reste de l'Europe dans la guerre. Le coût de l'intervention navale : les pertes humaines du contingent de la Kriegsmarine se montèrent à 36 : 31 marins tués lors du bombardement du Deutschland, 3 tués lors de divers accidents d'avions, 1 lors d'un accident de voiture et un dernier lors du naufrage du croiseur nationaliste "Baleares", a bord duquel il était détaché comme spécialiste. Le cout total du matériel fourni par la Kriegsmarine est estimé à 2 674 647,19 Reichsmarks. En plus, de l'affectation d'importants bâtiments de la marine italienne, cinquante-huit sous-marins agissant comme Sottomarini Legionari ("Sous-marin légionnaire") furent envoyés. Le service de renseignement allemand, l'Abwehr, qui travaillait indépendamment de la Légion Condor, fut secrètement impliqué dans l'Opération Bodden. Il joua par la suite un rôle dans la détection de la flotte d'invasion de l'Afrique du Nord, soit l'Opération Torch. 

L'Amiral Wilhelm Canaris, chef de l'Abwehr, rencontra le Caudillo à Salamanque, fin octobre 1936. Canaris entretenait des relations très cordiales avec de nombreux militaires espagnols et parlait très correctement la langue espagnole. Au cours de l'entrevue de Salamanque, l'Amiral transmit à Franco les informations dont il disposait sur l'aide apportée au camp républicain par la France et l'Union Soviétique, ainsi que sur l'envoi en URSS d'une partie des réserves en or de la Banque d'Espagne, à titre de compensation pour les effectifs et le matériel fournis par Staline. L'amiral réussit à convaincre Franco, jusque là réticent et persuadé qu'il disposait de forces suffisantes, d'accepter lui aussi l'apport de volontaires étrangers. Canaris assura Franco que l'Allemagne n'avait aucunement l'intention d'exiger des contreparties territoriales, ni d'attenter de quelque manière que ce soit à l'indépendance de l'Espagne, mais se contenterait de contreparties économiques. L'idée maîtresse de Franco, qui se projetait déjà dans l'après guerre civile et le retour à la paix, était de limiter les dégâts causés à l'infrastructure du pays et d'éviter les destructions massives en zone républicaine, partie intégrante du territoire espagnol, qu'il souhaitait conserver dans le meilleur état possible.

Finalement, il accepta la création du corps de volontaires allemands conformément aux cinq points proposés par le gouvernement allemand et son Ministère de la Guerre : - Les forces allemandes seraient commandées par un chef allemand, qui rendrait compte de ses actes à Franco et ne recevrait d'ordres que de lui. - Le personnel allemand déjà présent en Espagne serait intégré à la nouvelle force avec tout son matériel. - Les bases aériennes utilisées par les formations allemandes seraient placées sous la protection des forces terrestres nationalistes espagnoles. - Les opérations menées par cette force devraient avoir pour objectif de mettre fin le plus rapidement possible au conflit, notamment en axant son effort sur les ports républicains par lesquels affluait l'aide étrangère au camp ennemi. - L'acceptation de ces conditions par le gouvernement nationaliste entrainerait une augmentation immédiate et significative de l'aide allemande. La constitution de la Légion Condor fut finalisée à Berlin le 30 octobre de la même année. (Source : Raul Arias Ramos et Lucas Molina Franco, Atlas Ilustrado de la Legion Condor, Susaeta Ediciones S.A., Madrid, ISBN 978-84-3057276-2).

Divers écrivains, sympathiques à la cause républicaine, ont participé à condamner l'ingérence à peine voilé de l'Allemagne et de l'Italie. Un exemple fut Heinrich Mann, qui a fait appel, de son exil en France, avec le slogan: "Soldats allemands! Un voyou vous envoie en Espagne!", en réponse à l'implication de la Légion Condor. Arthur Koestler (1905-1983) est correspondant du journal britannique "News Chronicle" au quartier général de Franco. Il dénonce l'intervention allemande et s'enfuit. Il revient en Espagne, est arrêté à Séville, condamné à mort puis relâché et échangé contre l'épouse d'un aviateur nationaliste. Il décrit ses aventures dans Un testament espagnol (1939). (Source : Historia hors série n 22, page 133, Librairie Jules Tallandier, Paris, 1971). D'autres états ont approuvé tacitement la lutte de la Légion allemande contre l'URSS qui aidait la fraction stalinienne des républicains espagnols.

Le Portugal de Salazar a constitué une sorte de base arrière pour certains activistes pro nationalistes, ainsi que, dans une certaine mesure, une voie de ravitaillement. Durant les premiers mois de la guerre d'Espagne, le port de Lisbonne servit à débarquer discrètement une importante quantité de matériel et de carburant destinée à la Légion Condor. À titre officiel, le Portugal a au demeurant envoyé plusieurs milliers d'hommes combattre aux cotes des nationalistes, dans les rangs de la légion "Viriato". L'Opération Rügen - le bombardement de Guernica, le lundi 26 avril 1937 a abouti à une virulente condamnation internationale. C'est à ce moment que l'attention internationale s'est portée sur l'implication de l'Allemagne nazie et de l'Italie fasciste dans le conflit. Jusque-là, la politique allemande avait refusé publiquement le transit de l'aide militaire et de personnel. Cela fut signifié publiquement en fonction de sa position de neutralité affirmée lors de la signature d'un pacte de non-intervention.

Ce fut la première fois que l'action de l'aviation allemande aboutit à un grand nombre de victimes civiles. Ordre fut donné aux pilotes par le général von Richthofen de bombarder le pont de Renteria et la ville basque de Guernica, peuplée de 7 000 habitants, « sans égards pour la population civile ». Le pont, principal prétexte et objectif stratégique du bombardement aérien, fut paradoxalement épargné !

Cette destruction a reçu une large couverture médiatique et a créé une perception internationale de la participation allemande au conflit espagnol. Le régime de Franco niera quant à lui sa participation, « alléguant que seuls les officiers allemands sont responsables du bombardement, alors que son état-major l'avait approuvé, en conformité avec la tactique de terreur de masse employée à Bilbao, Madrid ou Barcelone1 ». Dans le livre Le jour où Guernica mourut à la page 194, il est écrit : « Peu après 11 heures, ce lundi matin, von Richthofen et (Colonel Juan) Vigon se rencontrèrent seuls, selon le journal de von Richthofen, dans "un champ situé près du Monte Mouchetagui". Les deux hommes examinèrent les photographies aériennes de reconnaissance et discutèrent de la situation militaire. Puis, sans en référer à aucune autorité supérieure,... fixèrent le destin du berceau spirituel des Basques ».

Le gouvernement basque de l'époque compta 1 654 morts et 889 blessés - une ampleur sans précédent pour un bombardement aérien sur une population civile à l'époque. La publication de ces chiffres provoqua un tollé international, inspirant la peinture de Pablo Picasso « Guernica », une illustration de la souffrance des populations. Guernica met en évidence, à certains égards, à quel point les forces fascistes espagnoles du général Franco en étaient venues à compter sur l'expertise des pilotes de l'Axe et la sophistication de plus en plus dévastatrice de leur matériel. Pour de nombreux commentateurs, Guernica est aussi un signe avant-coureur de ce qui allait se jouer contre des zones civiles lors d'un prochain conflit.

Composition de la Légion Condor en novembre 1936
 

  • Commandant en Chef : Generalmajor Hugo Sperrle, puis Helmuth Volkmann, puis Wolfram von Richthofen.
  • Chef d'Etat Major : Lieutenant Colonel Alexander Holle jusqu'au 20 janvier 1937, remplace par le Colonel Wolfram von Richthofen, cousin du "Baron Rouge" Manfred von Richthofen, l'as de la Première Guerre mondiale.
  • S/88: Commandement en Chef, État Major et services administratifs.
  • J/88: groupe de chasse avec quatre escadrilles de 12 avions chacune. La quatrième escadrille fut dissoute au cours de la guerre.
  • K/88: groupe de bombardement comprenant, initialement, trois escadrilles de 12 avions. En février 1937 fut créé une quatrième escadrille, nomme Versuchsbomberstaffel (escadrille expérimentale de bombardement).
  • A/88: escadrille de reconnaissance avec 12 avions.
  • AS/88: escadrille mixte de reconnaissance et de bombardement maritime, composée de 6 hydravions.
  • LN/88: bataillon de transmissions motorisées, composé de 4 compagnies : radio, téléphone, communications aériennes et alerte aérienne.
  • F/88: bataillon d'artillerie anti-aérienne motorisé, initialement composé d'une batterie légère de 20 mm et d'une batterie lourde de 88 mm, qui passa, fin 1936, à 2 batteries de 20 mm et 4 de 88 mm. Une autre batterie de 88 s'y ajouta en 1938. Le bataillon F/88 comprenait également une batterie de ravitaillement en munitions, une de projecteurs anti-aériens, une d'écouteurs contre avions et une batterie d'instruction destinée à former les volontaires espagnols.
  • P/88: groupe de maintenance et de dépannage du parc aérien.
  • MA/88 : dépôt de munitions.
  • San/88 : unité sanitaire.
  • Laz/88 : hôpitaux de campagne ; plusieurs fonctionnèrent sur le territoire nationaliste.
  • W/88 : unité météorologique.
  • VS/88 : bureau de liaison avec les forces aériennes italienne et espagnole.
  • Buro Grau (Département Gris) : bureau du groupement aéronautique.
  • Buro Anker (Département Ancre) : bureau du groupement naval.
  • Imker Gruppe (Groupe Apiculteur) : composé de volontaires de la Wehrmacht, il comprenait le Imker Drohne, groupe de chars de combat à deux compagnies. Fin décembre 1937, il fut complété par une troisième compagnie de chars de combat, une de transport, une de réparations, une de réparations et d'armurerie, une unité de canons antichars de 37 mm, le parc et les pièces de rechange ; l'Imker Ausbilder était le groupe d'instruction et l'Imker Horch la compagnie d'interception radio.
  • Gruppe Nordsee (Groupe Mer du Nord) : il regroupait les officiers et spécialistes de la Kriegsmarine, chargées de tâches d'expertises et d'instruction auprès des unités de la marine nationaliste (Armada Nacional) et dans les ports contrôlés par les autorités de Salamanque.

Participants

  • Hermann Aldinger
  • Oskar Dirlewanger
  • Rudolf Demme (Chef instructeur)
  • Adolf Galland
  • Hajo Herrmann
  • Werner Mölders 1913-1941. Commandant de la 3ème escadrille du groupe de chasse (3.J/88). premier as de la Condor avec 14 victoires.
  • Hugo Sperrle 1885-1953. Premier Commandant en Chef de la Légion Condor, de sa création à octobre 1937. Pseudonyme : "Sander".
  • Karl Schweikard
  • Hannes Trautloft 1912-1995. Fit partie des tout premiers pilotes de la Légion Condor. Commença sur Heinkel 51 et fut l'un des premiers à expérimenter le nouveau Messerschmitt 109. Ultérieurement, participa à la campagne de Pologne et à la campagne de France, à la Bataille d'Angleterre, à la guerre aérienne dans les Balkans et sur le Front de l'Est. Nommé Inspecteur Général de la chasse de jour sur le Front de l'Est en 1943. Après guerre, il fit partie de la Bundesluftwaffe, au sein de laquelle il termina sa carrière comme Inspecteur Général.
  • Heinz Trettner (Aide de camp du général Sperrle)
  • Wolfram Freiherr von Richthofen (Chef d'état-major), puis Commandant en Chef de la Légion Condor, à partir d'octobre 1938 et jusqu'à la fin du conflit.
  • Wilhelm Ritter von Thoma 1891-1948. Organisateur de l'arme blindée allemande à partir de 1934. Chef du contingent cuirassé de la Légion Condor et des instructeurs allemands détachés auprès de l'armée nationaliste.
  • Helmuth Volkmann 1889-1940. Commandant en Chef de la Légion Condor du 1er novembre 1937 à fin octobre 1938. Pseudonyme : "Veith".
  • Walter Warlimont 1894-1976. Lieutenant-Colonel de la Wehrmacht, il est envoyé en Espagne pour assurer la liaison entre le Ministère de la Guerre du Reich et les autorités nationalistes, et aussi comme responsable des volontaires allemands déployés en Espagne. Il souligna dans ses rapports la supériorité initiale du camp républicain en avions et en chars, et souligna la nécessité de renforcer Franco dans ces domaines par l'envoi d'un corps expéditionnaire. À son retour d'Espagne, Walter Warlimont poursuivit sa carrière au sein de la Wehrmacht puis de l'OKW. Il fut blessé lors de l'attentat du 20 juillet 1944. Jugé après la défaite et condamné à perpétuité, sa peine fut commuée en 18 années de réclusion. Libéré en 1957, il publia ses mémoires en 1964.

Les principaux "as" de la Légion Condor et leurs victoires aériennes :

  • Werner Mölders (Hauptmann, unité 3.J/88) : 14 victoires.
  • Wolfgang Schellmann (Hauptmann, 1.J/88) : 12 victoires.
  • Harro Harder (Hauptmann, 1.J/88) : 11 victoires.
  • Peter Boddem (Leutnant, VJ/88-2.J/88) : 10 victoires.
  • Otto Bertram (Oberleutnant, 1.J/88) : 9 victoires.
  • Wilhelm Ensslen (Oberleutnant, 2.J/88) : 9 victoires.
  • Herbert Ihlefeld (Leutnant, 2.J/88) : 9 victoires.
  • Walter Oesau (Oberleutnant, 3.J/88) : 9 victoires.
  • Reinhard Seiler (Leutnant, 2.J/88) : 9 victoires.
  • Herwig Knuppel (Hauptmann, 4.J/88-VJ/88) :8 victoires.
  • Hans Karl Mayer (Oberleutnant, 1.J/88) : * victoires.

Après la défaite française, Hitler rencontra Franco en octobre 1940, à Hendaye, pour parler du plan Raeder. Le chef de la Marine allemande, l'amiral Raeder, proposait de conquérir Gibraltar, l'installation des forces allemandes à Dakar et aux îles Canaries à l'aide d'une coopération étroite avec Vichy. Alan Clark, dans « La chute de la Crète » (p. 10) précise :

« Le point délicat de l'affaire était l'extension territoriale que Franco entendait réaliser aux dépens du Maroc et de l'Algérie. Hitler devait rencontrer Pétain le lendemain à Montoire, et il pensait qu'il serait possible de persuader le Maréchal de participer activement à une coalition antibritannique. Mais le "loyalisme" de l'administration française risquait de se détériorer, si l'Afrique du Nord apparaissait comme susceptible de passer sous contrôle espagnol au moment du traité de paix. »

Ayant refusé le passage sur son territoire d'une armée allemande pour attaquer et prendre Gibraltar, car la bataille d'Angleterre venait d'être perdu, Franco accepta par la suite que des volontaires espagnols s'engagent pour aller se battre sur le front russe. Ceux-ci formèrent la Division Azul.

Commenter cet article