La Nuit des Longs Couteaux

Publié le par Roger Cousin

Durant l'année 1934, Hitler, par un mélange de pseudo-légalité et de violence, étend son pouvoir, tirant pleinement parti de l'enthousiasme qu'a suscité son arrivée à la chancellerie en 1933 ainsi que des divisions de ses opposants, avec l'aide des SA ( section d'assaut de l'allemand "Sturmabteilung"). 

La Nuit des Longs CouteauxLa Nuit des Longs Couteaux

Les SA feront régner la terreur dans toute l'Allemagne, tuant, torturant, martyrisant, volant et violant sans complexe, sans pitié, dès 1921 mais encore plus dans les années 30. En un an et demi, Hitler est parvenu à instaurer un pouvoir sans partage, les opposants politiques ayant été assassinés ou internés dans des camps. Le 30 Juin 1934 se déroule "Nuit des Longs Couteaux". Ce fut une atroce et sanglante purge au cours de laquelle Hitler et les SS se débarrassent de tous les opposants au régime, y compris leurs propres partisans jugés pas assez extrémistes comme par exemple Röhm, chef des brigades SA, mais aussi de deux cents dignitaires politiques et militaires qui pouvaient inquiéter Hitler dans sa montée au sommet du pouvoir. Cette tuerie est aussi le symbole clair et inattaquable qu'aucune morale n'est respectée par les Nazis et que même leurs partisans sont chassés dans une espèce de fuite en avant vers toujours plus de cruauté et plus d'intransigeance. Aucun compromis n'est possible avec eux. Dans toute l'Allemagne, HitlerHimmlerHeydrichGoring ont pris leurs dispositions. Samedi 30 juin 1934, La nuit des longs couteaux commence : mais ce ne sera pas les SA qui en seront les acteurs. Ils n'en seront que les victimes.

Dans Munich, autour de la Maison Brune où de nombreux SA sont rassemblés, des SS montent la garde. Ils ont ordre de ne laisser sortir aucun SA. Déjà des voitures chargées de SS filent dans les rues : bientôt des victimes désignées tomberont sous les coups des tueurs de l'Ordre noir. A la gare, des SS envahissent les quais : il s'agit d'arrêter à leur descente du train les chefs SA qui viennent à Munich, convoqués par Röhm afin d'assister à une grande confrontation prévue depuis des mois entre les SA et leur Führer Adolf Hitler. Mais aujourd'hui la réunion n'est plus qu'un piège où va tomber tout l'état-major des SALa pension Hanselbauer est située un peu à l'écart, au bord du lac. Dans le silence matinal les SS bondissent, Hitler les suit, revolver au poing. Bientôt les portes sont défoncées, les SS courent dans les couloirs encore sombres, les cris gutturaux éclatent, et déjà les injures. Les chefs SA ensommeillés, menacés de mort, avancent dans les couloirs sous les coups et les hurlements dans la demi-obscurité.

Hitler et de nombreux SS sont rassemblés devant une porte : c'est la chambre de Röhm. Le Führer est là, le revolver au poing. Un policier frappe à la porte, puis le Führer lui-même se met à hurler et quand Röhm questionne, c'est lui qui répond, se précipite : il insulte, il crie à la trahison, il menace, crie à nouveau à la trahison. Röhm est torse nu, son visage est rouge, gonflé par la nuit écourtée. Il se tait d'abord, puis mal réveillé, comprenant lentement, il commence à protester. Hitler hurle, déclare qu'on lui manque de respect, et annonce qu'il met Röhm en état d'arrestation. Et il court vers d'autres chambres cependant que des SS surveillent Ernst Röhm dont la puissance vient de s'effondrer, en quelques minutes, et qui n'est plus qu'un homme corpulent qui s'habille avec difficulté sous les regards ironiques des SS.

Heydrich, a reçu aussitôt le mot de passe et immédiatement il le répercute sur ses hommes qui, dans les différentes villes sont dans l'attente. Les voici lâchés. Ils ont reçu leurs enveloppes cachetées et, ce matin, ils brisent les sceaux marqués de l'aigle et de la croix gammée, ils relisent les noms de leurs anciens camarades avec qui ils ont livré bataille et qu'ils sont chargés d'arrêter ou de liquider. Ils découvrent le nom de telle ou telle personnalité, aujourd'hui encore respectée, couverte de titres ou d'honneurs et qu'ils doivent conduire dans un camp ou faire disparaître dans un bois ou une région marécageuse.

A Munich, von Kahr, qui s'était opposé à Hitler, en 1923, est entraîné par des SS ; on retrouvera son corps mutilé. Le révérend père Bernhard Stempfle, qui a, jadis, corrigé Mein Kamnpf, qui connaît certains épisodes de la vie amoureuse de Hitler est, lui aussi, abattu. Kahr et Stempfle s'étaient pourtant retirés de la vie publique : mais, pour les SS, un mort inutile vaut toujours mieux qu'.un adversaire oublié. Le critique musical Schmidt est ainsi abattu parce qu'on cherche un autre Schmidt. Qu'importe l'erreur ! Il s'agit de liquider, de balayer toute opposition. A Berlin, Otto Strasser, l'un des fondateurs du Parti, est abattu d'une balle dans la cellule où on l'a enfermé. « Laissez saigner ce porc », aurait dit Heydrich.

Un gardien est chargé de conduire les trois officiers SS à la cellule de Röhm, toujours torse nu, semblant avoir perdu toute volonté, il regarde entrer Eicke, qui pose sur la table un revolver chargé d'une seule balle. Puis Eicke se retire. Au bout d'une dizaine de minutes, les SS Lipert et Eicke ouvrent la porte. Lippert, dont la main tremble, tire deux coups de feu ; Röhm a encore le temps de murmurer : « Mein Führer ! Mein Führer ! », puis une nouvelle balle l'achève. Cependant, à Berlin, es exécutions continuent. Souvent, les victimes ne comprennent pas. Karl Ernst, arrêté , alors qu'il partait en voyage de noces, mourra au cri de : « Vive le Führer ! » Les exécutions ne cesseront que le lundi 2 juillet 1934. Nul ne pourra donner, avec précision, le nombre des victimes : au moins une centaine, peut-être un millier. Mais il est une victime qui ignore encore son sort : et c'est. l'Allemagne elle-même qui entre dans une longue nuit de meurtres.

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