Goering Hermann

Publié le par Mémoires de Guerre

Hermann Wilhelm Göring (ou Goering) (né le 12 janvier 1893 à Rosenheim ; se suicide le 15 octobre 1946 à Nuremberg) est un aviateur et un homme politique allemand de premier plan du parti nazi et du gouvernement du Troisième Reich. Commandant en chef de la Luftwaffe, il fut condamné à mort à l'issue du procès de Nuremberg en raison de son implication dans les crimes du régime nazi. 

Le jeune Lieutenant Goering - Hermann Goering et Adolf Hitler
Le jeune Lieutenant Goering - Hermann Goering et Adolf Hitler
Le jeune Lieutenant Goering - Hermann Goering et Adolf Hitler
Le jeune Lieutenant Goering - Hermann Goering et Adolf Hitler
Le jeune Lieutenant Goering - Hermann Goering et Adolf Hitler
Le jeune Lieutenant Goering - Hermann Goering et Adolf Hitler
Le jeune Lieutenant Goering - Hermann Goering et Adolf Hitler
Le jeune Lieutenant Goering - Hermann Goering et Adolf Hitler

Le jeune Lieutenant Goering - Hermann Goering et Adolf Hitler

Hermann Göring, fils d'Heinrich Ernst Göring et de Franziska Tiefenbrunn est né à Rosenheim en Bavière le 12 janvier 1893. Après avoir participé en tant qu'officier de l'armée prussienne aux campagnes de 1866 contre l'Autriche et de 1870 contre la France, son père exerce des fonctions de juge dans différentes petites villes de province. Finalement remarqué par Otto von Bismarck il est nommé premier commissaire du Reich en Afrique du Sud-Ouest, charge qu'il exerce à dater de 1888. Avant de partir pour le continent africain, le père de Göring épouse en secondes noces Fransziska Tiefenbrunn, une fille de paysans, de vingt ans sa cadette. En Afrique, elle donne naissance à deux filles, Olga Thérèse Sophie et Paula Elisabeth Rosa et à un fils, Karl Ernst. Göring père ayant ensuite été muté à Haïti, son épouse revient en Allemagne pour y donner naissance à Hermann. Elle retourne ensuite rejoindre son époux et laisse son fils durant trois ans à la garde d'une amie.

Hermann Göring aura encore un autre frère, Albert (celui-ci aidera des personnes persécutées par le régime nazi). Vers 1899, le père de Göring qui a été mis à la retraite, accepte la proposition du parrain d'Hermann, Hermann von Epenstein, un médecin anobli d'origine juive, de s'installer dans un des deux châteaux qu'il vient d'acquérir. C'est chez Epenstein, dans le (de)château Veldenstein, à 30 km au nord-est de Nuremberg, que Göring passe la plus grande partie de son enfance. Il s'y initie à l'escalade et devient un excellent alpiniste. Les biographes nazis de Göring passeront sous silence le fait que son parrain, qui exerça apparemment une grande influence sur le jeune Hermann, était d'origine juive. Tout comme ils n'évoqueront jamais le fait que sa mère a entretenu une liaison avec von Epenstein, au point que son frère cadet ressemble étrangement à ce dernier.

La scolarité de Hermann se déroule mal. Il ne supporte pas la discipline et se montre paresseux. Un changement d'école, de Fürth à Ansbach ne résout pas le problème. Sur la suggestion de son parrain, il est envoyé en 1908 à l'École des Cadets de Karlsruhe. Ceci génère une transformation radicale du jeune Göring qui se plie à la discipline militaire et sort de l'école avec d'excellentes notes qui lui permettent d'accéder sans difficulté à l'académie militaire de Gross-Lichterfelde, près de Berlin, où sont formés les futurs officiers de l'armée impériale. Il en sort en mars 1911 avec le grade de sous-lieutenant. Le chevalier von Epstein ayant contracté mariage avec une femme de quarante ans sa cadette, il se sépare de sa maîtresse et invite la famille de Göring à quitter le château de Burg Veldstein. Le père de Göring, gravement malade et devenu alcoolique décèdera peu après.

C'est sur ces entrefaites que Hermann Göring est affecté au 12e régiment d'infanterie de Bade "Prinz Wilhelm" à Mulhouse qu'il rejoint en janvier 1914. Entre son affectation et le début de la Première Guerre mondiale Göring mène la vie normale d'un jeune officier d'infanterie en garnison. Au déclenchement de la guerre, conformément aux plans établis par l'état-major de von Moltke, son unité fait retraite à l'est du Rhin. Göring est toutefois chargé de plusieurs missions de reconnaissance au-delà du Rhin qu'il met à profit pour en découdre avec des unités françaises, ce qui lui vaut la Croix de Fer de 2e classe.

A l'automne 1914, l'unité de Göring est envoyée dans les Vosges. Lorsque le front se fige, elle prend position dans le secteur de Baccarat. L'humidité et le froid qui règnent dans les tranchées ont un effet désastreux sur Göring: il est terrassé par une crise de rhumatisme qui affecte les articulations des jambes et évacué vers l'hôpital de Metz. C'est là que son ami Bruno Loerzer, qu'il avait connu au 112e régiment d'infanterie et qui a passé son école de pilote, lui suggère de rejoindre l'arme aérienne, en lui expliquant que cela lui permettra de s'extraire de la boue des tranchées. Il introduit une demande de transfert pour l'aviation et suit une formation d'observateur aérien. Fin 1914, il est affecté en cette qualité à la base aérienne de Stenay près de Verdun. À l'époque, l'armée allemande a beaucoup de mal à obtenir des photographies exploitables de la zone d'opération. Au prix de manœuvres audacieuses, le tandem Göring-Loetzer va ramener d'excellentes prises de vue de la zone de Verdun. Les deux hommes sont régulièrement appelés à l'état-major pour commenter les clichés qu'ils ramènent.

Le 25 mars 1915, suite à une mission particulièrement réussie, le Kronprinz en personne leur décerne la Croix de fer de première classe (Eiserne Kreuz Erster Klasse). Mais ceci ne suffit plus au belliqueux Göring (qui allait jusqu'à emporter un fusil et des grenades lors de ses missions de reconnaissance) et il demande à se faire affecter à la chasse. Le 30 juin 1915, il est affecté à l'école d'aviation de Fribourg. En octobre 1915, il rejoint la 5e Jagstaffel (escadrille de chasse) et y remporte sa première victoire le 16 novembre 1915 en abattant un Farman au-dessus de Tahure. Il va poursuivre la guerre dans différentes unités. Revenu au 5e Jagdstaffel, il sera contraint, après un engagement contre six avions anglais au cours duquel il est blessé, à un atterrissage forcé. Il passera les quatre mois qui suivent dans différents hôpitaux militaires et en convalescence. Il rejoint au printemps 1917 le front et la Jadgstaffel 26 commandée par son ami Loetzer. Lorsque l'escadrille est transférée sur le front des Flandres, Göring se voit confier le commandement de la 27e Jagdstaffel qui opère dans le même secteur.

Au cours de ces années d'opérations, Göring fait preuve d'un comportement chevaleresque, s'abstenant notamment d'achever ses adversaires lorsqu'ils sont à court de munitions. Il accumule aussi les victoires en combat aérien et le 2 juin 1918 le Kaiser lui décerne à Berlin la médaille Pour le mérite. Le 8 juillet 1918, alors qu'on attendait à ce poste Ernst Udet ou Carl Loewenhardt, il succède au capitaine Reinhard - qui vient de se tuer au cours de l'essai d'un nouveau modèle d'avion - au commandement de l'escadron de chasse de Richthofen (Jagdgeschwader 1), dont il devient le dernier chef. Sur la durée la guerre, Göring enregistrera 22 victoires confirmées. Mais le sort de la guerre est en train de tourner en défaveur de l'Allemagne. Dans les airs, Göring et ses camarades de combat sont confrontés à de nouveaux modèles d'avions alliés plus efficaces et plus solides et sur terre la situation se dégrade inexorablement forçant les escadrilles allemandes à trouver des aérodromes de repli.

Fin octobre, l'Allemagne s'effondre et ouvre des négociations avec les alliés au début de novembre. Le jour de l'armistice, Göring reçoit l'ordre d'acheminer les avions de l'escadrille à Strasbourg pour les livrer aux forces françaises. Avec l'assentiment de ses principaux pilotes, il désobéit et ramène les avions à Darmstadt. Le jour de la démobilisation officielle de l'escadrille à Aschaffenburg, près de Francfort, il se livre à une violente diatribe contre les soviets qui tentent de prendre le contrôle de l'Allemagne. En décembre 1918, de passage à Berlin, il assiste au Philharmonique de Berlin à une grande réunion d'officiers où le ministre de la défense du nouveau gouvernement socialiste les incite à soutenir les autorités et à renoncer aux décorations, insignes de grades et épaulettes. C'en est trop pour Göring, qui monte sur scène et se lance dans un violent discours où il déclare notamment

«  Ceux qui sont à blâmer, ce sont ceux qui ont excité le peuple, qui ont poignardé notre glorieuse armée dans le dos, sans autre but que de parvenir au pouvoir et de s'engraisser aux dépens du peuple. Je demande à tous de nourrir une haine, une haine profonde et durable, pour ces porcs qui ont outragé le peuple allemand et nos traditions. Un jour viendra où nous les chasserons d'Allemagne. Préparez-vous pour ce jour; travaillez pour ce jour!. »

Outre qu'il accrédite la légende du "coup de poignard dans le dos", ce discours coupe définitivement à Göring toute possibilité d'être admis dans les cadres de la future Reichswehr. De retour chez sa mère à Munich, il devra se cacher pour échapper aux soviets de soldats et d'ouvriers qui recherchent les anciens officiers de l'armée impériale. Il y arrivera en se réfugiant chez le capitaine anglais Beaumont, avec qui il a sympathisé après avoir abattu son avion et l'avoir fait prisonnier au cours de la guerre, et qui est désormais chargé de superviser le démantèlement de l'aviation allemande pour le compte des alliés.

En 1919, il décide donc de se rendre au Danemark, puis en Suède pour pouvoir continuer à piloter. C'est là qu'il rencontre sa première femme, Carin, baronne von Kantzow, née Fock, liée aux milieux de l'aristocratie et de la finance, et qu'il épousera en février 1923 à Munich. Hermann Göring milita dans plusieurs organisations de droite, ainsi que dans des associations philosophiques et politiques comme l'Ordre de Thulé. En automne 1921, Göring retourne en Allemagne et fréquente des cours d'histoire et de sciences politiques à l’université de Munich ; pendant ces cours qu'il n'a pas terminé, il fut attiré vers le NSDAP (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei) par Alfred Rosenberg qui l'emmena assister à un discours d'Adolf Hitler au café Neumann. Il rencontrera personnellement Hitler en tête à tête avant d'adhérer au parti. Göring refusa d'avoir un poste de direction ou de commandement à ses débuts au sein du parti puisque l'on pourrait penser qu'il était venu rencontrer Hitler à cette intention, c'est pourquoi, pendant un ou deux mois, il demeura dans l'ombre. Hitler lui confie en décembre 1922 le commandement des sections d'assaut ou SA (Sturmabteilung), les « chemises brunes », dont le chef d'état-major était le capitaine Ernst Röhm.

Bruno Loerzer, Hermann Göring, et Adolf Galland visitant une base aérienne en Belgique, Sep-Oct 1940 - Hermann Goering lors d'un interrogatoire au procès de Nuremberg
Bruno Loerzer, Hermann Göring, et Adolf Galland visitant une base aérienne en Belgique, Sep-Oct 1940 - Hermann Goering lors d'un interrogatoire au procès de Nuremberg
Bruno Loerzer, Hermann Göring, et Adolf Galland visitant une base aérienne en Belgique, Sep-Oct 1940 - Hermann Goering lors d'un interrogatoire au procès de Nuremberg
Bruno Loerzer, Hermann Göring, et Adolf Galland visitant une base aérienne en Belgique, Sep-Oct 1940 - Hermann Goering lors d'un interrogatoire au procès de Nuremberg
Bruno Loerzer, Hermann Göring, et Adolf Galland visitant une base aérienne en Belgique, Sep-Oct 1940 - Hermann Goering lors d'un interrogatoire au procès de Nuremberg
Bruno Loerzer, Hermann Göring, et Adolf Galland visitant une base aérienne en Belgique, Sep-Oct 1940 - Hermann Goering lors d'un interrogatoire au procès de Nuremberg

Bruno Loerzer, Hermann Göring, et Adolf Galland visitant une base aérienne en Belgique, Sep-Oct 1940 - Hermann Goering lors d'un interrogatoire au procès de Nuremberg

Sa rencontre avec le Führer va complètement transformer Göring. Le 9 novembre 1923, lors du putsch de la Brasserie manqué de Munich, il est atteint à l'aine par deux balles lors de la fusillade entre nazis et forces de l'ordre. Il est emmené dans la cour du numéro 25 de la Residenzstrasse où il est recueilli par Robert Ballin, propriétaire juif (Göring l'épargnera par la suite lors des déportations). Il a alors recours à la morphine et devient dépendant de cette substance. Un mandat d’arrestation est lancé contre lui et il se réfugie en Autriche. Il demeure plusieurs semaines dans une clinique d’Innsbruck, gagne ensuite l'Italie où il rencontre Mussolini, puis la Suède où il restera quatre ans. L'ancien as se laisse aller - il devient obèse et aigri, les douleurs de sa blessure ne lui laissaient aucun répit, sauf quand la morphine la lui faisait oublier.

Le besoin insatiable de drogue prend fermement racine en lui; la folie le guette et il sera même interné en septembre 1925. En automne 1927, l'amnistie prononcée par Hindenburg lui permet de retourner en Allemagne où il fut accueilli par Adolf Hitler avec peu d'enthousiasme puisque ce dernier avait été mis au fait de son état de santé mentale. En effet, la direction des SA demeura à la charge de Franz Pfeffer von Salomon et Göring dut se rendre à Berlin afin de trouver du travail. Néanmoins, par son contact personnel avec l’industrie, il collecte des fonds pour subventionner le Parti nazi. Il devînt représentant pour trois firmes allemandes : BMW, Heinkel et Tornblad. Lors des élections législatives de mai 1928, il fut élu en tant que député en Bavière et devînt ainsi l'un des douze premiers députés nazis au Reichstag.

Il est réélu en septembre 1930 alors que le parti nazi obtenait 107 sièges au Reichstag. Göring espèrait alors reprendre le commandement des SA, mais Hitler confie ce poste à Ernst Röhm qu'il vient tout juste de rappeler à cet effet. Le 17 octobre 1931, son épouse, Karin, décède. En 1934, il épouse en secondes noces Emmy Sonnemann, une actrice allemande. Hitler est le témoin officiel du marié. Lors des élections législatives du 31 juillet 1932, le parti nazi obtient une victoire parlementaire en gagnant 230 sièges sur les 608 du Reichstag. Néanmoins, Hindenburg refuse de nommer Hitler en tant chancelier maintenant son ami Franz von Papen à cette position. Le 30 août 1932, Göring devient président du Reichstag après une coalition entre le centre, le parti nazi et le parti du peuple bavarois. La nuit du 27 au 28 février 1933, le Reichstag est incendié par un militant communiste hollandais, Marinus Van der Lubbe ; selon certaines sources, les pistes remonteraient à Göring comme organisateur du complot, bien qu'aucune preuve formelle ne puisse être avancée, suite à la vague d'assassinats qui suivit cet événement.

Si Göring, à en croire Hermann Rauschning (auteur tenu en suspicion par plusieurs historiens), s'est parfois vanté en privé d'être le responsable de l'incendie, des historiens comme Ian Kershaw pensent qu'il s'agit là de ses fanfaronnades habituelles, et que les nazis ont exploité l'incendie du Reichstag par un déséquilibré communiste sans l'avoir organisé eux-mêmes. Ministre de l'Intérieur pour la Prusse dans le premier gouvernement Hitler le 30 janvier 1933 (l'un des deux seuls ministres nazis alors avec Wilhelm Frick), Göring ouvre les vannes de la violence en déchaînant les SA contre les opposants, avant comme après l'énigmatique incendie du Reichstag. Il aide à l'ouverture des premiers camps de concentration et crée la Gestapo, police politique en Prusse, ancêtre de la Gestapo dont il cède la responsabilité à Himmler en 1934. En 1933, Göring devient aussi ministre de l'Air (Reichsluftfahrtminister).

En juin 1934, il dirige avec les SS la rafle et le massacre des SA lors de la nuit des Longs Couteaux. Il est nommé en 1935 commandant en chef de la Luftwaffe au sein du ministère de l'air (Reichsluftfahrtministerium). Il soutient en Espagne le général Franco par l’envoi de la Légion Condor célèbre de par le bombardement sur Guernica (1937), le premier de l'Histoire. Dès 1936, il prépare économiquement l'Allemagne à la guerre en qualité de responsable du Plan de Quatre Ans (Vierjahresplan) et devient le responsable de l'autarcie et du dirigisme économique. En 1937, il fonde les Reichswerke Hermann-Göring ; ce cartel comprendra par exemple 228 sites sidérurgiques et sera en 1944 la plus grande firme sidérurgique en Europe, et la plus vaste entreprise publique du monde. Dès 1938-1939,

Göring organise pour ce faire la mainmise sur les industries stratégiques des pays annexés (Autriche, Tchécoslovaquie), prélude à la mise en coupe réglée des pays conquis. Actif dans les « questions juives », Göring joue un rôle très important dans les persécutions antisémites et en particulier dans l'aryanisation (spoliation) des biens juifs, accélérée en 1938-1939. Après la nuit de Cristal organisée par Goebbels (9 novembre 1938), il s'efforce de ne pas être en reste et inflige cyniquement une amende exorbitante de un milliard de marks aux Juifs pour les « désordres » et les dégâts matériels du pogrom. Il encourage leur émigration forcée. C'est sur son initiative que sont créés les premiers camps de concentration. Il missionne Heydrich par un ordre du 31 juillet 1941 de prendre toutes les mesures nécessaires à la mise en place de la Solution Finale et de travailler à un projet. Il est nommé au grade de Feldmarschall suite à l'affaire Blomberg-Fritsch.

En 1938, il négocie ensemble avec l’Angleterre, la France, la Hongrie, l’Italie et la Pologne l’Anschluss avec l’Autriche. Malgré ses fanfaronnades, Göring redoutait une guerre et était conscient que le Reich ne pouvait pas gagner contre une coalition européenne. Ainsi, au moment de la crise de Munich, il transporta le colonel Stehlin dans son avion personnel pour lui montrer la concentration de la Wehrmacht vers la Bohème, ce qui permettait à l'armée française de dissuader l'Allemagne ; en août 1939, il utilisa l'industriel suédois Dahlerus pour tenter une ultime négociation. En 1940, Göring devient Reichsmarschall des Grossdeutschen Reiches, titre qu'il est le seul à posséder. Il est le seul durant la Seconde Guerre mondiale à recevoir la Grand Croix de l'ordre de la croix de fer (Grosskreuz), l'une des plus hautes distinctions allemandes, que ne s'étaient vu décerner que des chefs du prestige de Blücher ou d'Hindenburg. Il est toujours chef suprême de l'aviation et de l'économie de guerre.

À l'entrée en guerre, il est le successeur désigné d’Hitler. On le surnomme « l'Homme de fer » et il jouit d'une très grande popularité dans la population allemande. Paradoxalement, Hermann Göring était opposé à la guerre, qu'il jugeait trop risquée tant que l'Angleterre restait en lice. Or, lorsque Hitler commet la folie de sacrifier les chasseurs aux bombardiers, l'ancien pilote de chasse ne fait aucune objection : en fait, il n'osait s'opposer de front à son chef. Il multiplie les vantardises et les échecs. Fin mai 1940, il obtient qu'Hitler stoppe ses blindés aux portes de la poche de Dunkerque, promettant que son aviation suffira à liquider les forces franco-britanniques massivement encerclées : en réalité, la RAF britannique perd deux fois moins d'appareils que la Luftwaffe, qui se montre impuissante à empêcher le rembarquement spectaculaire de 400 000 soldats britanniques et français.

En 1941, après son échec dans la bataille d'Angleterre qui oppose frontalement la Luftwaffe à la chasse anglaise, le Maréchal du Grand Reich reste quelque temps dans l'ombre. Un jour, il déclare dans une interview qu'aucun bombardier ennemi ne peut même espérer franchir la frontière du Reich : « Si une seule bombe ennemie tombe sur le sol allemand, je veux bien m'appeler Meier » (équivalent allemand de manger son chapeau). Quelques mois plus tard, des bombes américaines et britanniques vont pleuvoir sur le Grand Reich. Même les Berlinois, qui ne l'appelleront plus que « Hermann Meier » par ironie, n'ont cependant pas retiré leur sympathie à ce personnage haut en couleurs et fanfaron dont ils ignorent ou négligent les actes criminels, au point que Hitler, conscient de la popularité de Göring au sein de la population allemande, se gardera de jamais le disgracier publiquement malgré son irritation croissante envers ses échecs répétés. Le 31 juillet 1941, Göring charge Reinhard Heydrich, chef de la sécurité du Reich, de prendre toutes les mesures nécessaires à une « solution globale de la question juive », c'est le passage à la déportation et à l'élimination massive des Juifs dans les pays européens occupés : étoile jaune, camps d'extermination.

En janvier 1943, il se vante encore en assurant à Hitler que sa Luftwaffe peut continuer à approvisionner par la voie des airs l'armée assiégée dans Stalingrad ; son erreur de jugement aura des conséquences désastreuses pour l'Allemagne. Göring traite de lâcheté et d'incapacité les généraux et « les héros de la bataille d'Angleterre » ; plusieurs officiers vont alors se révolter contre celui qu'ils surnomment le « bouffi » et demander sa disgrâce. Cependant, même à ce moment où tout ce qui l'entourait commence à craquer, le Reichsjägermeister (grand "veneur" de l'Empire) continue à vivre dans son univers personnel, se consacrant à la chasse ; comme « grand amateur de l’art de la Renaissance », spécialement fasciné des peintures de Lucas Cranach. Avec l'aide d'intermédiaires comme Bruno Lohse, il pille les trésors artistiques des territoires occupés de l'Europe occidentale. Il est aussi, au moins jusqu'en 1942-1943, un des organisateurs essentiels du pillage économique des pays occupés, et du transfert forcé de travailleurs civils dans le Reich ; le gauleiter Fritz Sauckel, « négrier de l'Europe », lui est nommément subordonné à partir de 1942. Dans les derniers jours de la guerre, le 25 avril 1945, Göring sera définitivement désavoué, et même condamné à mort (ainsi que sa femme et sa fille dont Hitler était le parrain) par son Führer après avoir tenté de prendre le pouvoir alors que celui-ci s'était enfermé dans le Führerbunker dans Berlin assiégé. Hitler lui fait néanmoins grâce au vu de ses services passés, et se contente de le faire assigner à résidence par les SS.

Dans son testament, le 30 avril, le Führer exclut Göring du Parti nazi, ainsi que Himmler, avant de se suicider. Quelques jours plus tard, en Bavière, Göring se rend aux Américains. Le 21 mai 1945, il est interné dans le camp américain à Mondorf-les-Bains : cet homme lourd de 140 kilos est alors presque impotent et a perdu une partie de ses facultés intellectuelles d'après les témoignages du médecin de la prison. En effet, lorsqu'il fut blessé lors du putsch manqué, il absorba des doses massives de morphine, puissant opiacé, bien connu pour ses vertus antalgiques et anesthésiantes. Cependant, il s'avéra qu'il devint dépendant à cette substance, dépendance qu'il gardera jusqu'à son arrivée à la prison où il sera sevré. Par ce sevrage, il perdit une grande partie de sa surcharge pondérale et retrouva toutes ses facultés. Il affirma son ascendant sur ses codétenus et se présenta à la barre comme le plus haut responsable nazi après Hitler, assumant les actes du IIIe Reich. Pendant le procès de Nuremberg, comme Göring maîtrise la langue anglaise, il fait rectifier les mauvaises traductions pendant l'interrogatoire et déstabilise le procureur américain Jackson, notamment en se lançant dans des discours fleuves en réponse aux questions posées par ce dernier. Plus patient et plus concret, le procureur britannique, Sir David Maxwell Fyfe, a plus de succès dans son contre-interrogatoire (21 mars) : ce dernier fit allusion à l'exécution sommaire de 50 prisonniers de la Royal Air Force, attaquant directement son honneur de soldat qui lui tenait très à cœur. Göring est condamné à mort pour plan concerté ou complot, crimes contre la paix, crimes de guerres et crimes contre l'humanité.

Le 15 octobre 1946, pour échapper à l'humiliation de la pendaison (après avoir demandé à être fusillé, ce qui lui fut refusé), Hermann Göring s'empoisonne dans sa cellule à l’aide d’une capsule de cyanure, probablement fournie par un jeune garde américain, abusé par des individus. En effet, en février 2005, un des gardes de Göring âgé de 19 ans à l'époque, Herbert Lee Stivers, a avoué lui avoir transmis un stylo contenant un prétendu médicament. Celui-ci lui aurait été remis par deux Allemands qui prétendaient que le condamné était malade. Jeune, crédule et amouraché d'une Allemande qu'il voulait impressionner, Stivers accepta de transmettre le stylo et ne révéla ce geste que 58 années plus tard. Le corps d'Hermann Göring fut incinéré et ses cendres dispersées dans l'Isar, un affluent du Danube.

Commenter cet article