Gish Lillian

Publié le par Roger Cousin

Lillian Gish, née le 14 octobre 1893 à Springfield, Ohio et morte le 27 février 1993 à New York, est une actrice américaine, une des stars féminines les plus marquantes du cinéma muet (avec Mary Pickford et Gloria Swanson). 

Gish LillianGish Lillian

Lillian Gish, est née 14 octobre 1893 à Springfield, Ohio. Issue par sa mère d'une famille anglaise émigrée en Amérique en 1632 et alliée à des immigrants écossais, irlandais et français, Lillian Gish compte parmi ses ancêtres le douzième président américain, Zachary Taylor. Elle naît de l'union de James Leigh Gish et de Mary Robinson Mc Connel. Son père quitte le foyer alors qu'elle est encore une enfant. Elle et sa jeune soeur Dorothy Gish restent alors avec leur mère, qui exerce à New-York la profession de vendeuse dans un magasin.

 La famille vit dans la pauvreté et sa mère, sur le conseil d'une amie, décide de devenir actrice de théâtre pour mieux subvenir aux besoins de son ménage. Elle s'expose ainsi au déshonneur dans une société encore corsetée, se déclassant en quelque sorte. Vers 1902, Lillian Gish commence à jouer au théâtre, dans des rôles d'enfants, en compagnie de sa jeune sœur, Dorothy Gish. Elle joue ainsi plusieurs années avec une compagnie itinérante, et participe même à une tournée avec Sarah Bernhardt. Lillian et Dorothy Gish débutent au cinéma en 1912, recommandées par Mary Pickford, déjà vedette, à son réalisateur D.W. Griffith, s'exposant ainsi au déshonneur dans le milieu théâtral. Les sœurs demeurent ensuite dans l'équipe du cinéaste. Lillian montre dans chaque film où elle apparaît ses talents d'actrice.

C'est alors l'ère des directeurs de films américains, inaugurée par Griffith et une poignée d'autres. Ceux-ci, en auteurs complets, gèrent leurs tournages comme les directeurs de théâtre itinérant de l'époque, suivant de près les éléments de la production (décors, costumes, scénario et acteurs…). Si la paye est meilleure que pour les planches, la vedette d'un jour devient figurante le lendemain et le nom des interprètes n'apparaît pas encore au générique. Le nom du metteur en scène, en revanche, est indiqué. La cohésion de ces troupes est telle que lorsque Griffith change de studio, ses collaborateurs le suivent pour la plupart.

C'est pour Lillian et les autres pionniers du cinéma américain une époque merveilleuse de formation et de création, sans star-system ni contrainte financière excessive. Gish, Blanche Sweet, Mae Marsh entre autres se partagent les rôles féminins. Les futures personnalités d'Hollywood se forment sur les tournages : Mack Sennett, W. S. Van Dyke, Raoul Walsh, Elmo Lincoln (futur Tarzan)… Bientôt survient le séisme de Naissance d'une nation, le film qui a transformé Hollywood en industrie, où elle est Elsie Stoneman, jeune fille nordiste enlevée par des esclaves affranchis. C'est elle qui berce le bébé entre chaque épisode du monumental Intolérance, incarnant la mère de l'humanité. Parmi les chefs-d'œuvre qui suivent, on peut citer Le Lys brisé, À travers l'orage ou Les Deux Orphelines…

Tragédienne juvénile, héroïne pure et courageuse, Lillian devient grâce aux mélodrames flambloyants du maître la Duse de l'écran. Cependant la rumeur vivace qui attribue à Griffith l'invention du gros plan en l'honneur de sa muse est fausse. Durant cette période bénie de liberté et d'enthousiasme, Gish recommande son ami Rudolph Valentino à Griffith mais ce dernier rejette le conseil et laisse à d'autres le soin de couronner l'amant du monde. La comédienne dirige même un film, Remodeling Your Husband, avec sa sœur Dorothy comme interprète, en 1920.

Le développement des studios et du star system relègue progressivement les réalisateurs au second plan. Une nouvelle génération s'impose. Miss Lillian et Mr. Griffith rompent leur collaboration artistique : son mentor conseille à l'actrice de diversifier sa carrière tandis qu'il entame un lent et pénible déclin. Pour la compagnie Inspiration, Gish joue avec succès une religieuse dans Sœur Blanche et une dame de la Renaissance italienne dans Romola, les deux signés Henry King - Lillian Gish et le réalisateur Henry King choisissent le britannique Ronald Colman, alors inconnu, pour le rôle masculin principal. Ses producteurs refusent ensuite son projet d'adaptation de Romeo et Juliette tournée à Vérone même, sous prétexte que le nom de Shakespeare fait fuir les Américains.

Elle accepte les propositions royales de la MGM et de son patron Louis B. Mayer, qui s'est enrichi grâce aux droits d'exploitation de Naissance d'une nation. Elle devient la première star de la firme, libre de choisir ses sujets, ses metteurs en scène et ses partenaires. Elle inaugure ce nouvel engagement en jouant le rôle de Mimi dans La Bohème de King Vidor. Malgré le succès et la qualité de cette production, la MGM entame discrètement une campagne de presse destinée à détruire la carrière de sa coûteuse et indépendante vedette. Louise Brooks a parfaitement raconté la chose : opposée à John Gilbert, nouveau jeune premier (et amoureux de sa partenaire tout comme le réalisateur King Vidor), dans La Bohème, une certaine presse, commanditée par Mayer, insinue que le bouillant débutant vieillit le jeu de Gish. La même presse compare la pure Lillian à Barbara La Marr (pour laquelle Louis Mayer éprouvait un profond penchant), juste promue vamp du studio, en Milady dans Les Trois Mousquetaires. Là encore la comparaison tourne au désavantage de la grande Lillian, que l'on s'ingénie à enterrer vivante.

Lillian Gish réussit encore à monter et jouer deux chefs d'œuvres réalisés par le Suédois Victor Sjöström, La Lettre écarlate d'après Nathaniel Hawthorne (rôle repris par Demi Moore dans Les Amants du nouveau monde) et le merveilleux Le Vent dont la sortie sera sabordée. Il faudra que la mère de Gish, malade, réclame la présence de sa fille pour que la MGM lui propose un nouveau film. Mais ce sera un navet, qu'elle ne pourra refuser de tourner à son retour, tout étant prêt pour démarrer. Après l'actrice jette l'éponge : son contrat est rompu et Mayer la remplace dans Anna Karénine par Greta Garbo, une actrice de vingt ans ne maîtrisant pas l'anglais. Gish n'avait que trente ans lorsque son propre studio la représentait vieille, laide et triste auprès du public manipulé. Tandis que, selon les publicitaires de la MGM, Garbo et Gilbert formaient « le couple du siècle »… Louis Mayer est persuadé de garder à sa botte la belle étrangère mais quelques années suffiront à Garbo pour obtenir les mêmes avantages que Gish. Lillian Gish était d'ailleurs, avec Eleonora Duse, un des modèles artistiques de Garbo. De la même façon qu'il a évincé Gish, la (nouvelle) Duse, Mayer évincera Garbo, la divine, en la poussant vers une retraite précoce à trente-six ans.

Pourtant Lillian Gish ne manque pas de propositions à Hollywood. Des soucis l'éloignent de l'écran et elle privilégie désormais la scène où elle a débuté si jeune. Elle reviendra à partir des années quarante sur le grand écran dans des seconds rôles parfois marquants. Duel au soleil marque ses retrouvailles avec son ancien prétendant, le metteur en scène King Vidor. Elle y retrouve également Lionel Barrymore, qui fut son partenaire chez Griffith. Dans Le Vent de la plaine de John Huston, le réalisateur n'en revient pas de la voir tirer plus vite que Burt Lancaster… Elle s'illustre aussi dans La Toile d'araignée de Vincente Minnelli et dans Les Comédiens de Peter Glenville avec Elizabeth Taylor et Richard Burton.

En 1955, le grand Charles Laughton, avec La Nuit du chasseur, lui offre un rôle à sa mesure dans un chef-d'œuvre digne de son passé. Elle y joue une femme pure et courageuse. Robert Altman plus tard lui rendra un hommage « vibrant » (elle joue la morte) dans Un mariage. Dans Les Baleines du mois d'août, son dernier film, de l'Anglais Lindsay Anderson, Gish donne la réplique à une autre légende, plus agressive celle-là : Bette Davis. Lillian dira juste à son propos qu'il existait des personnes pas très gentilles… Dans sa carrière cinématographique, Lillian Gish avouait deux regrets, deux projets longtemps caressés : l'adaptation de Peter Pan pour laquelle elle avait reçu l'accord de l'auteur, et une Jeanne d'Arc mise en scène par le français Abel Gance.

À Broadway, entre 1913 et 1976, elle participe à dix-neuf productions (notamment : Oncle Vania d'Anton Tchekhov à deux reprises, en 1930 et 1973, une opérette en 1965, une comédie musicale - sa dernière apparition à Broadway - en 1975 et 1976. Comédienne exigeante, toujours en recherche de nouveauté, Lillian Gish interprète Lizzie Borden, accusée d'avoir tué à coups de hache son père et sa belle-mère, mais est empêchée, à son grand regret, de créer (en 1941) Arsenic et vieilles dentelles que les producteurs lui ont proposé.

Lillian Gish s'éteint presque centenaire en février 1993 à New York. Au faîte de sa gloire, l'actrice américaine a rencontré de nombreuses personnalités et inspiré des artistes et des écrivains. Francis Scott Fitzgerald par exemple était un de ses plus grands fans. Parmi les pionnières du cinéma, elle est sans conteste une de celles qui lui apportèrent le plus. Elle a aussi beaucoup œuvré pour la conservation des films muets, au contraire de son amie Mary Pickford, qui entreprit de détruire ses propres films par peur du ridicule.

Le groupe pionnier de Rock alternatif, The Smashing Pumpkins donna le nom Gish à leur premier album paru en 1991. Un groupe de rock belge lui rendit hommage en portant son nom : Lillian Gish. En 1983, Jeanne Moreau réalise Lillian Gish, documentaire sur l'actrice. Une étoile lui est consacrée sur le Walk of Fame d'Hollywood. En 1973 François Truffaut lui dédie (ainsi qu'à sa sœur Dorothy) son film La nuit américaine.

Filmographie

  • 1912 : L'Invisible Ennemi de D.W. Griffith
  • 1912 : Two Daughters of Eve de D.W. Griffith
  • 1912 : So Near, Yet So Far de D.W. Griffith
  • 1912 : Cœur d'apache (The Musketeers of Pig Alley) de D.W. Griffith
  • 1912 : Le Chapeau de New York (The New York Hat) de D. W. Griffith
  • 1912 : The Burglar's dilemma de D.W. Griffith
  • 1913 : The Mothering Heart de D.W. Griffith
  • 1914 : Judith of Bethulia de D.W. Griffith
  • 1914 : The Battle of the Sexes de D.W. Griffith
  • 1914 : Home, Sweet Home de D.W. Griffith
  • 1915 : Naissance d'une nation (The Birth of the Nation) de D.W. Griffith
  • 1915 : Enoch Arden de Christy Cabanne
  • 1915 : Captain Macklin de John B. O'Brien
  • 1915 : The Lily and the Rose de Paul Powell
  • 1916 : Daphne and the Pirate de Christy Cabanne
  • 1916 : An Innocent Magdalene d'Allan Dwan
  • 1916 : Intolérance (Intolerance) de D.W. Griffith
  • 1916 : Diane of the Follies de Christy Cabanne
  • 1917 : Souls Triumphant de John B. O'Brien
  • 1918 : Cœurs du monde (Hearts of the World) de D.W. Griffith
  • 1918 : Le Grand Amour (The Great Love) de D.W. Griffith
  • 1918 : Une fleur dans les ruines (The Greatest Thing in Life) de D.W. Griffith
  • 1919 : A Romance of Happy Valley de D.W. Griffith
  • 1919 : Le Lys brisé (Broken Blossoms) de D.W. Griffith
  • 1919 : Le Pauvre Amour (True Heart Susie) de D.W. Griffith
  • 1919 : The Greatest Question de D.W. Griffith
  • 1920 : À travers l'orage (Way Down East) de D.W. Griffith
  • 1921 : Les Deux orphelines (Orphans of the Storm) de D.W. Griffith
  • 1923 : La Sœur Blanche (The White Sister) de Henry King
  • 1924 : Romola de Henry King : Romola
  • 1925 : Ben-Hur (Ben-Hur: A Tale of the Christ) de Fred Niblo (non créditée)
  • 1926 : La Bohème de King Vidor : Mimi
  • 1926 : La Lettre écarlate (The Scarlet Letter) de Victor Sjöström
  • 1927 : Le Signal de feu (Annie Laurie) de John S. Robertson
  • 1927 : The Enemy de Fred Niblo
  • 1928 : Le Vent (The Wind) de Victor Sjöström
  • 1930 : One Romantic Night de Paul L. Stein
  • 1933 : His Double Life d'Arthur Hopkins
  • 1942 : Le Commando frappe à l'aube (Commandos strike at dawn) de John Farrow
  • 1943 : Top Man de Charles Lamont
  • 1946 : Le Bel Espoir (Miss Susie Slagle's) de John Berry
  • 1946 : Duel au soleil (Duel in the Sun) de King Vidor
  • 1948 : Le Portrait de Jennie (Portrait of Jennie) de William Dieterle
  • 1955 : la Toile d'araignée (The Cobweb) de Vincente Minnelli
  • 1955 : La Nuit du chasseur (The Night of the Hunter) de Charles Laughton
  • 1958 : Ordres de tuer (Orders to Kill) d'Anthony Asquith
  • 1960 : Le Vent de la plaine (The Unforgiven) de John Huston
  • 1966 : Demain des hommes (Follow Me, Boys!) de Norman Tokar
  • 1967 : Les Comédiens (The Comedians) de Peter Glenville
  • 1978 : Un mariage (A Wedding) de Robert Altman
  • 1986 : Sweet Liberty de Alan Alda
  • 1987 : Les Baleines du mois d'août (The Whales of August) de Lindsay Anderson

Théâtre à Broadway

  • 1913 : Un bon petit diable (A Good Little Devil), pièce adaptée par Austin Strong, d'après Rosemonde Gérard et Maurice Rostand, avec Mary Pickford, Edward Connelly, Etienne Girardot, Ernest Truex
  • 1930 : Oncle Vania (Uncle Vanya), pièce d'Anton Tchekhov, avec Walter Connolly, Eduardo Ciannelli
  • 1932 : Camille, pièce adaptée par Robert Edmond Jones, Edna et Delos Chappell, d'après La Dame aux camélias d'Alexandre Dumas fils, avec Cora Witherspoon, Frederick Worlock
  • 1933 : Nine Pine Street, pièce de John Colton et Carlton Miles
  • 1934 : The Joyous Season, pièce de Philip Barry, avec Jane Wyatt
  • 1934-1935 : Within the Gates, pièce de Seán O'Casey, mise en scène par Melvyn Douglas
  • 1936 : Hamlet, pièce de William Shakespeare, avec Judith Anderson, Arthur Byron, John Emery, John Gielgud, Ivan Triesault
  • 1937-1938 : The Star-Wagon, pièce de Maxwell Anderson, avec Russell Collins, Howard Freeman, Burgess Meredith, Mildred Natwick, Edmond O'Brien, Kent Smith
  • 1939 : Dear Octopus, pièce de Dodie Smith, avec Jack Hawkins
  • 1942 : Mr Sycamore, pièce de Ketti Frings d'après Robert Ayre, avec Russell Collins, Stuart Erwin, Enid Markey
  • 1947-1948 : Crime et Châtiment (Crime and Punishment), pièce adaptée par Rodney Ackland, d'après Crime et Châtiment de Fiodor Dostoïevski, avec John Gielgud, Alexander Scourby, Vladimir Sokoloff
  • 1950 : The Curious Savage, pièce de John Patrick, avec Isobel Elsom
  • 1953 : The Trip to Bountiful, pièce d'Horton Foote, mise en scène par Vincent J. Donehue, avec Eva Marie Saint, Jo Van Fleet, Frank Overton (adaptée au cinéma en 1985)
  • 1960-1961 : All the Way Home, pièce de Tad Mosel, d'après le roman Une mort dans la famille (A Death in the Family) de James Agee, mise en scène d'Arthur Penn, avec Thomas Chalmers, Aline MacMahon
  • 1963 : Too True to be Good, pièce de George Bernard Shaw, avec Cedric Hardwicke
  • 1965 : Anya, opérette, musique et lyrics de Robert Wright et George Forrest
  • 1968 : I never sang for my Father de Robert Anderson, mise en scène d'Alan Schneider, costumes de Theoni V. Aldredge, avec Hal Holbrook, Alan Webb, Teresa Wright (adaptée au cinéma en 1970)
  • 1973 : Oncle Vania (Uncle Vanya), pièce d'Anton Tchekhov mise en scène par Mike Nichols, avec Julie Christie, Cathleen Nesbitt, George C. Scott
  • 1975-1976 : A Musical Jubilee, comédie musicale de Max Wilk

Publié dans Acteurs et Actrices

Commenter cet article