Gang des Tractions Avant

Publié le par Mémoires de Guerre

Le gang des Tractions Avant est une bande de malfaiteurs des années d'après-guerre spécialisée dans les attaques à main armée. Certains sont issus de la Carlingue ou « Gestapo française de la rue Lauriston » dirigée par Bonny et Lafont. D'autres ont fait partie de la Résistance. 

Pierre Loutrel - Abel Danos - Georges Boucheseiche - Henri Feufeu - Raymond Naudy
Pierre Loutrel - Abel Danos - Georges Boucheseiche - Henri Feufeu - Raymond Naudy
Pierre Loutrel - Abel Danos - Georges Boucheseiche - Henri Feufeu - Raymond Naudy
Pierre Loutrel - Abel Danos - Georges Boucheseiche - Henri Feufeu - Raymond Naudy
Pierre Loutrel - Abel Danos - Georges Boucheseiche - Henri Feufeu - Raymond Naudy

Pierre Loutrel - Abel Danos - Georges Boucheseiche - Henri Feufeu - Raymond Naudy

Le gang est indissociable de la personnalité de son chef Pierre Loutrel, dit Pierrot-le-fou. Celui-ci a fait partie de l'équipe de René Launay qui pourchassait les résistants pour le compte de la Gestapo. Après quoi il a opportunément intégré un réseau de résistance à Toulouse. À l'issue de la guerre, il s'associe avec deux autres anciens de la rue Lauriston (Georges Boucheseiche et Abel Danos), un FFI (Raymond Naudy), un ancien combattant de l'Armée des Alpes (Marcel Ruard ou Ruart) et un rescapé de Mauthausen qu'il a connu aux Bat' d'Af' (Jo Attia). L'historien Grégory Auda cite par surcroît Henri Fefeu (Feufeu) et Julien Le Ny parmi les membres du gang. Roger Borniche limite le gang à cinq malfaiteurs : Loutrel, Attia, Naudy, Boucheseiche et Danos. Alphonse Boudard parle de Loutrel, Naudy, Attia, Boucheseiche, Ruart, Danos et Fefeu.

Spécialisé dans les attaques à main armée menées à bord de Citroën du même nom, le gang des Tractions Avant commit un certain nombre de braquages dans la région parisienne, sur la Côte d'Azur et en Provence, aussi violents qu'audacieux entre février et novembre 1946. Ces opérations se caractérisent par une préparation minutieuse, une action et un repli rapide et un butin considérable. Il s'est élevé en quelques mois à plus de 80 millions de francs 1946, soit plus de 6,5 millions d'euros. L'attaque du fourgon du Crédit Lyonnais le 7 février 1946 avenue Parmentier à Paris constitue le premier vol à main armée du gang. À bord de deux Tractions Avant, Loutrel, Boucheseiche, Attia, Naudy et Feufeu s'emparent de trois millions de francs. Aucune victime n'est à déplorer. Trois jours plus tard, c'est une camionnette des PTT qui se fait braquer gare de Lyon. Le butin s'élève à huit millions. La bande se sépare : Loutrel se rend sur la Côte d'Azur et à Marseille avec sa maîtresse Marinette Chadefaux et ses complices Naudy et Marcel Ruard. Le 14 mars, ils braquent tous les trois deux employés de l'EDF à Nice et leur dérobent un million deux cent mille francs. Attia est resté à Paris avec les autres membres du gang et procèdent le 4 mars à l'arrachage de la sacoche du trésorier-payeur d'une usine à Issy-les-Moulineaux. Butin : sept millions.

Le 5 avril, Loutrel accompagné de Ruard, attaque un encaisseur des Établissements Borie, boulevard de Longchamp à Marseille. Celui-ci s'accroche à sa serviette et est abattu à bout portant. La serviette contenait sept cent mille francs et l'agresseur semblait en état d'ébriété. L'assassinat de l'encaisseur émeut la population et provoque rafles, perquisitions et interpellations dans la région. Le 28 mai, le gang attaque le Comptoir d'Escompte à Aix-en-Provence. Le butin est maigre : quarante-cinq mille francs. Une semaine plus tard, deux encaisseurs du Crédit Lyonnais de Gap sont dévalisés. Le 8 juin à Cagnes-sur-mer, à l'issue d'un vol de coffre-fort Loutrel, Naudy et Feufeu échappent à un barrage en blessant un gendarme. Le 1er juillet, renseignés par un postier nommé Gérard, Loutrel et Naudy pénètrent dans l'hôtel des Postes de Nice et braquent les postiers présents dans la chambre forte. Ils prennent la fuite dans une Traction où les attendent Ruard et Maurice Laguerre. L'opération a duré un quart d'heure et rapporté 33 millions de francs.

Après quelques jours de repos à Bandol, Loutrel, Naudy, Laguerre et Ruard sont surpris par un coup de filet à l'hôtel Maxim's à Cassis, le 14 juillet. Les malfaiteurs auraient été dénoncés par le « milieu » marseillais. Une fusillade s'ensuit, Laguerre est interpellé, Ruard et deux policiers sont blessés. Naudy et Loutrel déposent le blessé chez un médecin ami qui le soigne. Ruard est cependant arrêté le 20 juillet. Il sera condamné en décembre 1949 à vingt ans de travaux forcés pour sa participation au hold-up de Nice, au meurtre de l'encaisseur à Marseille et à trois autres braquages. Loutrel et Naudy se cachent à Marseille. Sorti pour acheter des cigarettes, Loutrel est interpellé rue Thubaneau et conduit à l'hôtel de police. Avant que les policiers aient pu l'identifier, il s'échappe de l'Evêché en dérobant l'arme d'un agent. De retour à Paris, Loutrel retrouve Naudy, ainsi qu'Attia, Boucheseiche et Danos. Entre le 16 juillet et le mois de septembre, le gang va y enchainer cinq braquages :

  • le 16 juillet rue de Rivoli, le gang s'empare de 3,2 millions de francs en interceptant un fourgon de la Société générale,
  • le 29 juillet, attaque à main armée de la Société d'approvisionnement de la SNCF avenue de Suffren; après neutralisation des employés, le coffre-fort est vidé de son contenu de 9 millions de francs,
  • le 1er août, le gang connaît un échec en voulant dérober 500 kilos d'or au Comptoir des métaux précieux rue Dareau,
  • le 24 août, attaque d'un fourgon postal rue de Maubeuge et vol de 8 millions de francs,
  • le 31 août, agression d'un caissier à Saint Denis; butin : 2 millions de francs
  • en septembre, agression de deux encaisseurs à Champigny-sur-Marne, butin : 2 millions de francs.

La police ne commence à identifier Pierre Loutrel comme l'instigateur de tous ces braquages qu'à partir de l'attaque de l'hôtel des Postes de Nice. Avec Naudy, Fefeu et Boucheseiche, il est formellement reconnu par un témoin après le braquage de la rue de Maubeuge. Le milieu se méfie de lui, de sa violence et de son caractère imprévisible, notamment quand il a bu. De plus les coups de filet de la police en réponse aux braquages du gang, désorganisent les activités "traditionnelles" de la prostitution et du proxénétisme. En septembre 1946, le ministre de l'intérieur Édouard Depreux ordonne la coordination de l'ensemble des forces de l'ordre contre le gang des Tractions Avant et exige des résultats. Courant septembre, une information parvient aux policiers : le gang fréquenterait l'auberge Les Marronniers à Champigny-sur-Marne. Le 25 septembre, 350 policiers sous les ordres des commissaires Casanova et Pinault et de l'inspecteur Nouzeilles investissent l'auberge. Aucun gangster ne s'y trouve, cependant les policiers localisent Boucheseiche, Fefeu et Attia dans un établissement proche, L’Auberge. Sous les ordres du préfet Charles Luizet, les forces de l'ordre font le siège de L’Auberge mais sont repérées par les malfaiteurs. Une fusillade s'ensuit. Des renforts de police interviennent, incluant notamment deux automitrailleuses.

Loutrel ne se trouve pas à L’Auberge. Informé de l'affrontement entre ses complices et les policiers, il approche l'établissement au volant d'une Delahaye, force les barrages, récupère Attia et Feufeu puis prend la fuite en échangeant de nombreux coups de feu avec la police. Le véhicule est abandonné criblé de balles et les pneux crevés, dans les bois. Les trois malfaiteurs volent un cabriolet à St Maur, tombent en panne dans la forêt d'Armainvillers, s'emparent d'un camion et se retrouvent à Auvers-sur-Oise où ils ont une planque. Le bilan du préfet Luizet se limite à quelques obscurs comparses. Boucheseiche a échappé à l'arrestation en se cachant au fonds d'un puits et en respirant avec une paille. Deux malfaiteurs de faible envergure ont été tués dans la fusillade. Le 30 septembre, Henri Fefeu est appréhendé par la brigade criminelle dans un café de Montmartre. Il a été localisé en téléphonant à un garage de La Ferté-sous-Jouarre surveillé par la police. Il mourra en prison de la tuberculose en 1953. En octobre, Loutrel, Attia et Naudy attaquent un transporteur de fonds à Bercy et s'emparent de la recette d'un groupe de négociants en vins. À la suite d'un quiproquo, ils échappent de peu à un piège tendu par l'inspecteur Borniche à d'autres malfaiteurs ce même jour.

Début novembre, une tentative de braquage d'employés de la Banque de France à Versailles échoue à la suite d'une panne de voiture. Le 5 novembre en fin d'après-midi, Loutrel, qui se trouve apparemment en état d'ébriété, braque une bijouterie au 36 rue Boissière à Paris. Le bijoutier du nom de Sarafian (Serafian) se défend et, dans des conditions mal définies, Loutrel est blessé d'une balle dans l'abdomen. Il est possible qu'il se soit blessé lui-même en remontant dans la Citroën où l'attendent Attia et Boucheseiche. Quoi qu'il en soit les médecins qui le soigneront attesteront que la balle a été tirée de haut en bas. Le bijoutier, grièvement blessé par Loutrel puis renversé par une voiture devant son magasin, décèdera avant d'arriver à l'hôpital. Attia et Boucheseiche conduisent Loutrel chez l'amie d'un de leur complice, où il est examiné par un médecin. Celui-ci se déclare impuissant et conseille une hospitalisation. Attia et Boucheseiche conduisent Loutrel à la clinique Diderot (XIIe arrondissement) où il est hospitalisé et opéré sous un faux nom. Cependant quelques jours plus tard, Attia, Boucheseiche et Abel Danos déguisés en infirmiers viendront régler la note et récupérer Loutrel en ambulance. Ils le transportent chez un ami, Jules (Edmond) Courtois à Porcheville où il décède. Les quatre hommes décident de l'enterrer sur une île de la Seine en face de Limay. Son cadavre ne sera retrouvé et identifié que trois ans plus tard, à la suite d'une information transmise par un indicateur. Jusqu'à cette date, la police et la presse lui imputeront encore divers méfaits.

Jo Attia sera arrêté à Marseille en juillet 1947. Il ne sera jugé qu'à la fin de 1953 et condamné à trois années d’emprisonnement pour un cambriolage commis en 1946. Il sortira le soir même de l’enceinte judiciaire. De nombreux témoignages de personnalités qui ont été déportées en même temps que lui à Mauthausen - à l'instar d'Edmond Michelet, personnalité éminente de la résistance qui sera ministre du général De Gaulle - ont mis en valeur le comportement exemplaire qu'il a eu en déportation. Georges Boucheseiche sera également arrêté en juillet 47 à Mandelieu. Il sera condamné à un an de prison pour recel de cadavre, puis à sept ans de travaux forcés pour avoir dévalisé un diamantaire sous l'occupation. Abel Danos et Raymond Naudy se réfugient à Milan où ils participent à plusieurs hold-up qui font trois victimes.

En octobre 1948, dénoncés par des complices, ils prennent un bateau pour rejoindre la France avec femmes et enfants. Ils sont interceptés par des gendarmes et des douaniers lors de leur débarquement à Menton. Au cours de la fusillade, un gendarme est tué ainsi que Naudy; la maîtresse de celui-ci, enceinte, est gravement blessée. Danos se rend à Paris. Lâché par le milieu, il se livre à de petits cambriolages pour survivre. Il sera arrêté en décembre 1948 après avoir fracturé la porte d'une chambre de bonne. Il sera condamné à mort par la cour de justice de la République en mai 1949, pour les exactions dont il s'est rendu coupable sous l'occupation. Il sera condamné à mort une deuxième fois par le tribunal militaire en juin 1951 et passé par les armes au fort de Montrouge en mars 1952.

Membres célèbres

  • Pierre Loutrel (1916-1946), dit « Pierrot le Fou », le premier « ennemi public » (à ne pas confondre avec Pierre Carot, dit « Pierrot le fou n° 2 », arrêté en 1948 par l'inspecteur Roger Borniche)
  • Abel Danos, dit « le Mammouth »
  • Georges Boucheseiche, qui sera mêlé plus tard à l'affaire Ben Barka
  • Jo Attia
  • Henri Feufeu, dit « Riton le tatoué »
  • Raymond Naudy, dit « Le Toulousain »
  • Louis Quérard, dit « P'tit Louis le Nantais »[réf. insuffisante]
  • Marcel Ruard, dit « Le Gitan » ou « Pépito »
  • Maurice Laguerre
  • René Girier, dit « René la Canne » est parfois cité parmi les membres du gang. Dans ses mémoires, l'intéressé (qui, à la même époque, fit partie d'une bande de malfaiteurs spécialisée elle aussi dans les attaques à main armée) dément cette information inexacte et l'explique de la manière suivante : « Il n'y a pas un seul gang, mais plusieurs. Sans s'être concertées, trois ou quatre équipes ont eu la même idée. Frapper vite et fort, à l'improviste. Des opérations de commandos, préparées, minutées, calibrées au quart de poil. Pourtant d'un gang à l'autre les méthodes diffèrent. L'équipe de Pierre Loutrel, dit Pierrot le Fou, par exemple, est composée de garçons qui ne craignent pas de faire du barouf. Avec Jo Attia, Boucheseiche et Feufeu, Pierrot le Fou écume notamment tout ce que la Côte d'Azur compte de banques et de bureaux de poste. »

La plupart des membres s'étaient connus durant leur service militaire au 1er Bataillon d'Afrique (« Bat' d'Af' »), qui pour les mauvais garçons français, équivalait au « baccalauréat du voyou ». Influence criminelle : ses méthodes (qui reprenaient en grande partie celles de la « bande à Bonnot ») seront à leur tour reprises, en grande partie, par nombre d'autres gangs, notamment le gang des postiches. Influence culturelle : cette bande a suscité des écrits d’Alphonse Boudard, de Roger Borniche, de José Giovanni, des films de Jacques Deray (Le Gang avec Alain Delon) et Claude Lelouch (Le Bon et les Méchants avec Jacques Dutronc), une série télévisée par Josée Dayan et un jeu de société de Serge Laget et Alain Munoz. Le gang est cité par Mc Solaar dans la chanson Quand le soleil devient froid.

Publié dans Banditisme

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