Boucheseiche Georges

Publié le par Roger Cousin

Georges Boucheseiche était un truand français dont les activités débutèrent sous l'occupation et prirent fin dans les années 1960. Il fut utilisé par le SDECE pour certaines missions spéciales. Il est décédé de manière mystérieuse au Maroc en 1972.

Boucheseiche Georges

Georges Boucheseiche fut marginalement associé pendant l'occupation à une bande de gangsters dirigée par Pierre Bonny et Henri Lafont. Connue sous le nom de Gestapo française ou Carlingue, cette équipe de malfaiteurs s'était rangée du côté des Allemands et avait son siège rue Lauriston. Dans l'immédiat après-guerre, il rejoignit le fameux Gang des Tractions Avant de Pierre Loutrel (Pierrot le fou), avec notamment Jo Attia et Abel Danos. Il prend part notamment à l'attaque du fourgon du Crédit Lyonnais le 7 février 1946 avenue Parmentier, puis à celle d'une camionnette des PTT trois jours plus tard gare de Lyon. Le gang des tractions avant commettra une série importante de hold-up pendant l'année 1946. Lors du siège par la police de l'Auberge de Champigny où se trouve la plupart des membres du gang, il échappe à l'arrestation en s'immergeant au fonds d'un puits et en respirant avec une paille.

Le 5 novembre 1946, en compagnie de Jo Attia, il sert de chauffeur à Pierrot le fou lors de l'attaque à main armée du bijoutier Sarafian (Sarrafian) 36 rue Boissière. L'agression tourne mal et Pierrot le fou est grièvement blessé au bas-ventre. Attia et Boucheseiche le font soigner par un médecin, puis le conduisent à la clinique Diderot où il est hospitalisé sous un faux nom. Comme son état ne s'améliore pas, Boucheseiche, Attia et Abel Danos enlèvent Loutrel de la clinique dans laquelle il est en train d'agoniser. Ils l'enterreront sur une île de la Seine en face de Limay, près de Porcheville. Dans cette affaire, Boucheseiche sera condamné à un an de prison pour recel de cadavre. Boucheseiche est également soupçonné d'avoir assassiné Marinette (Jacky) Chadefaux, la maîtresse de Pierre Loutrel. Celle-ci le rendait responsable (ainsi que Jo Attia), de la mort de son amant et menaçait de les dénoncer.

Il fut ensuite condamné à sept ans de travaux forcés pour avoir dévalisé un diamantaire sous l'occupation. A sa sortie de prison, il rejoint une bande de racketteurs dite "bande des Trois Canards" du nom d'un bar situé 48 rue La Rochefoucauld près de Pigalle. Dirigée par Marius Bertella, Gaëtan Alboréo et Eugène Matrone, la bande s'en prend à des proxénètes et des patrons de bar et d'hôtel. Boucheseiche est fiché par la police comme caïd et joue parallèlement le rôle de "juge de paix" dans le milieu. Dans les années 1960, il se reconvertit dans une forme particulière d'hôtellerie, avec des intérêts dans des hôtels de passe et des maisons closes à Paris et au Maroc. Georges Boucheseiche est réputé avoir fait partie de ces truands recrutés en secret par le SDECE pour certaines missions au Maroc et en Algérie lors de la décolonisation. Nombre de policiers de la DST et d'agents du SDECE étaient en effet hostiles au retournement du général De Gaulle au sujet de l'Algérie et ne cachaient pas leur sympathie pour l'Algérie française. Le recours à des truands chevronnés pouvait constituer une solution parallèle efficace, notamment contre l'OAS.

Boucheseiche aurait été l'un des hommes qui procédèrent à l'enlèvement, en Allemagne le 25 février 1963, du colonel Antoine Argoud. Celui-ci le reconnut (ou crut le reconnaître) lorsque sa photo apparut dans la presse lors de l'affaire Ben Barka en 1965. L''affirmation d'Argoud fut attestée par Jo Attia, qui lui aussi avait été reconnu par Argoud alors qu'il se trouvait au même moment en prison. En revanche, Pierre Lemarchand, qui fut l'un des coordinateurs de la lutte anti-OAS par les "barbouzes", considère cette hypothèse comme "tirée par les cheveux" et pense que l'enlèvement d'Argoud a été organisé par la Sécurité militaire et la gendarmerie. Cette opinion est partagée par l'historien Jacques Delarue, qui explique que l'erreur est liée à la ressemblance avec Boucheseiche d'un des officiers ayant participé à l'enlèvement. Pierre Messmer, ministre des Armées à l'époque, confirmera avoir lui-même ordonné l'enlèvement à la Sécurité militaire, dirigée par le général Feuvrier.

C'est avec l'affaire Ben Barka que Boucheseiche fut connu par le grand public. C'est en effet dans sa villa de Fontenay-le-Vicomte que le leader marocain fut conduit le 29 octobre 1965 par les policiers Souchon et Voitot qui l'avaient interpellé devant la brasserie Lipp. Boucheseiche a pris l'avion pour Casablanca le 1er novembre 1965, le surlendemain de la disparition de Ben Barka. Au procès qui eut lieu en 1966, il fut condamné par contumace à la réclusion à perpétuité. Il serait décédé au Maroc en 1972. Dans le film de Yves Boisset L'Attentat, qui retrace de manière romancée les faits tels qu'ils ont été reconstitués lors de la procédure judiciaire, le rôle de Boucheseiche (Acconetti) est joué par Daniel Ivernel, tandis que son commanditaire Me Lemarchand (Lempereur) est incarné par un tout aussi inquiétant Michel Bouquet.

Publié dans Banditisme

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