Bonhoeffer Dietrich

Publié le par Mémoires de Guerre

Dietrich Bonhoeffer, né le 4 février 1906 à Breslau (aujourd'hui Wrocław), mort le 9 avril 1945 au camp de concentration de Flossenbürg, en Bavière, près de l'actuelle frontière germano-tchèque, est un pasteur luthérien évangélique, théologien, écrivain et résistant au nazisme. 

 

Bonhoeffer Dietrich
Bonhoeffer Dietrich
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Son père était psychiatre et professeur de médecine. Dietrich étudie la théologie à Tübingen dès l'âge de 17 ans ; il poursuit ensuite ses études à Berlin et à l'Union Theological Seminary de New York, pour les finir à Berlin, où il écrit Sanctorum communio (« la communion des saints »), ce qui lui permit d'obtenir un doctorat en théologie. En 1930, il reçoit son habilitation et est agrégé de l'université de Berlin. À partir des années 1932-1933, Bonhoeffer s'éloigne de plus en plus de la carrière universitaire, se consacrant plutôt à son activité pastorale. Son parcours coïncide avec l'ascension d'Adolf Hitler en Allemagne : peu à peu, l'idéologie nazie devient l'idéologie dominante en Allemagne. Il part alors pour Londres, où il exerce l'activité de pasteur de 1933 à 1935. Après son retour en Allemagne, il rejoint l'Église confessante. Dans ce cadre, Bonhoeffer s'oppose activement à l'idéologie nazie, car il voit en elle une menace pour les chrétiens, pour les Allemands et pour toute l'humanité.

Ses prêches sont généralement pacifistes : il appelle les croyants à s'opposer au nazisme et alerte ses fidèles de l'ampleur des menaces qu'il représente. Ainsi, dès 1934, lors d'une rencontre œcuménique de jeunes protestants au Danemark, il souligne la menace de guerre que pourrait provoquer le nazisme. Ses prises de position ne purent rester longtemps ignorées par le régime nazi et rapidement (en 1935) lui furent officiellement retirés ses droits d'enseigner. Il constitue alors dans la semi-clandestinité un séminaire, dans la localité de Finkenwalde (aujourd'hui Zdroje, un quartier de Stettin (aujourd'hui Szczecin). Cette communauté est en complète opposition avec les dirigeants de l'Église luthérienne d'Allemagne de l'époque, qui soutenaient en grande partie le régime hitlérien. Bonhoeffer ne désirait pas seulement pouvoir citer librement les paroles de l'Évangile, mais il était également prêt à risquer sa vie en s'opposant à Hitler et en aidant les Juifs dans leur fuite. Il affirme ainsi que « l'Église n'est réellement Église, que quand elle existe pour ceux qui n'en font pas partie », et postule le « devoir inconditionnel de l'Église envers les victimes de tous les systèmes sociaux, même s'ils n'appartiennent pas à la communauté des chrétiens ». Son organisation est dissoute par la Gestapo en 1937, et sa tentative pour reprendre son activité dans les environs de Koszalin se termine un an plus tard par l'arrestation de plusieurs de ses participants.

En 1938, il prend des contacts avec des officiers de l'armée allemande opposés au nazisme, maintenant un contact permanent avec les Églises protestantes à l'étranger. Avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, durant le printemps 1939, il se rend en Angleterre, où il a un entretien avec l'évêque de Chichester George Bell, puis aux États-Unis, d'où il revient en 1940. Malgré l'interdiction qui lui est faite de publier, d'enseigner et de prêcher, il noue des contacts étroits avec l'amiral Wilhelm Canaris, chef de l'Abwehr (service de renseignements de l'état-major allemand). Grâce à lui, il obtient des papiers qui lui permettent dans une certaine mesure d'être protégé contre la Gestapo, ainsi que de se déplacer relativement facilement en Allemagne et à l'étranger. Durant l'un de ses voyages à Stockholm, il rencontre à nouveau George Bell, par l'intermédiaire duquel il transmet aux Britanniques des preuves de l'extermination des Juifs par les nazis ; il lui demande également de l'aide (au nom du groupe de conspirateurs dont faisaient partie entre autres le général Hans Oster et Ludwig Beck) pour éliminer Hitler.

Les Britanniques considérèrent cependant ces demandes comme l'œuvre d'un agent provocateur et n'entreprirent aucune action. En janvier 1943, il se fiance avec Maria von Wedemayer. Le 5 avril de la même année, il est arrêté sous l'inculpation d' « affaiblissement du potentiel de guerre de l'Allemagne », en l'absence de preuves concrètes de sa participation au complot contre Adolf Hitler. L'influence de Wilhelm Canaris ne fut pas suffisante pour permettre sa libération, mais permit toutefois son transfert des prisons de la Gestapo vers une prison relativement moins sévère à Berlin, où il put écrire de nombreux textes, recueillis après guerre dans l'ouvrage intitulé Widerstand und Ergebung (« Résistance et soumission »). Bonhoeffer n'accepta pas la possibilité d'évasion qui lui fut proposée, et après l'attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler et la découverte des conjurés (parmi lesquels Wilhelm Canaris et ses collaborateurs ainsi que Bonhoeffer lui-même), le pasteur fut à nouveau transféré en octobre 1944 dans les prisons de la Gestapo. Il fut par la suite transféré vers le camp de concentration de Buchenwald. Même à l'approche de la défaite finale, Hitler n'oublia pas Bonhoeffer : le 9 avril 1945, deux semaines avant l'entrée des troupes américaines en Allemagne, Bonhoeffer ainsi que l'amiral Canaris et le général Oster furent amenés devant la cour martiale, jugés coupables et condamnés à la pendaison dans le camp de concentration de Flossenbürg. Les pensées de Bonhoeffer, et ses considérations au sujet du « christianisme sans religiosité », qu'accentuent encore plus son martyre, eurent un impact prépondérant sur la théologie protestante d'après guerre en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Publié dans Eclésiastiques

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