Bidault Georges Augustin

Publié le par Rodney42

Bidault GeorgesGeorges Bidault est né dans une famille de modestes propriétaires ruraux, fortement attachés au catholicisme et dont plusieurs des membres ont appartenu au clergé. Lui-même effectue ses études secondaires au collège de Jésuites de Turin. Il entreprend des études supérieures quand il est mobilisé dans l'infanterie dans le courant de l'année 1918. L'armistice survient bientôt. Il reprend des études d'histoire à la Faculté de lettres de Paris, en même temps qu'il milite activement dans les rangs de l'Action catholique de la Jeunesse française. Il devient rapidement l'un de ses dirigeants et est élu vice-président.

En 1925, il est reçu premier du concours de l'agrégation d'histoire. Nommé professeur au lycée de Valenciennes, il abandonne la direction de l'Action catholique. Il entre alors au parti démocrate populaire dont il deviendra, quelques années plus tard, membre de la Commission exécutive. Devenu professeur à Reims, il est ensuite nommé au lycée Louis-le-Grand, à Paris en 1931. Les témoignages de ses anciens élèves s'accordent pour reconnaître qu'il a été un professeur particulièrement brillant.

Sa présence à Paris lui permet de se consacrer de plus en plus au journalisme politique. En 1932, avec Francisque Gay, venu du Sillon de Marc Sangnier et Gaston Tessier, alors secrétaire général de la CFTC, il fonde un quotidien L'Aube, dont il devient, en 1934 le rédacteur en chef. Georges Hourdin a tracé de lui un portrait suggestif pour ces années d'avant-guerre : "Bidault était passionné de politique. Sa façon de vivre était originale. Il allait aux réunions publiques les cheveux au vent, ce qui scandalisait les vieux députés de notre groupe parlementaire. Il était un bon orateur et disponible, en dépit de sa charge à l'université. Il se révéla très vite un excellent journaliste. Il avait une foi sincère. Il connaissait très bien l'histoire contemporaine, les lettres et les règles du jeu politique. Il lisait toute la presse et gardait avec lui, pendant toute la journée, son paquet de journaux à la main ".

Dès 1932, le jeune journaliste attaque vigoureusement L'Action française et les thèmes de Charles Maurras. Il s'intéresse particulièrement à la politique extérieure. Dès 1935, qu'il s'agisse de l'Italie, de la guerre d'Espagne en 1936, de la Tchécoslovaquie, en 1938, c'est à la dénonciation du fascisme et du nazisme qu'il emploie l'essentiel de son énergie et de son talent. Il mène, notamment, une ardente campagne contre les accords de Munich.

En 1936, il a tenté d'entrer dans la vie politique active, en se présentant, pour le parti démocrate populaire, dans une circonscription modérée de l'Orne, à Domfront contre un député sortant de la Fédération républicaine. Mais il ne fait pas le plein des voix des catholiques de gauche, un candidat de la Jeune république étant aussi en lice. Il n'est pas élu. A la fin de l'année 1938, avec Francisque Gay, il fonde un nouveau mouvement politique : les "Nouvelle équipes françaises".

Il est mobilisé en février 1940 comme sergent. Au début de l'offensive allemande, il demande à partir au front. Le 8 mai, il est fait prisonnier dans la région de Saint-Quentin. En sa qualité d'ancien combattant de la guerre de 1914, il est libéré en juillet 1941, et se retrouve alors en Haute-Savoie où il exerce tout d'abord les fonctions de précepteur dans la famille de Menthon. Pour ne pas demeurer en zone occupée, il obtient d'être nommé professeur au lycée du Parc à Lyon. Il entre rapidement dans la Résistance. Il adhère au mouvement "Combat" qui condamne l'armistice et la politique de Vichy. Charles Maurras l'attaque dans L'Action française. Il quitte alors son poste et entre dans la clandestinité. Il représente les démocrates chrétiens au Conseil national de la Résistance, constitué le 27 mai 1943. Après l'arrestation de Jean Moulin, le mois suivant, il est élu président du CNR et revient à Paris.

Il s'applique, avec succès, à concilier les différentes tendances de la Résistance et participe activement à l'élaboration du programme du CNR. En attendant l'arrivée des Alliés, il contribue à préparer l'insurrection de la capitale. Le 24 août 1944, il prononce un appel à la population l'invitant à l'union et au courage. C'est lui qui reçoit à Paris le général de Gaulle et qui est à sa droite lors du mémorable défilé des Champs-Elysée où la foule parisienne applaudit, en même temps, le chef de la France libre et le président du CNR. Il sera Compagnon de la Libération et grand-croix de la Légion d'honneur. Le 9 septembre, cependant, il laisse la présidence du CNR à Louis Saillant pour entrer dans le gouvernement provisoire de la République française où il succède à René Massigli comme ministre des affaires étrangères, poste qu'il occupe jusqu'en janvier 1946. En novembre 1944, il participe à la fondation du Mouvement républicain populaire. En décembre, il accompagne à Moscou le général de Gaulle et signe avec Molotov le pacte d'assistance franco-soviétique. Il représente la France aux conférences internationales de San-Francisco et de Londres, ainsi qu'à l'Assemblée de l'ONU

Le 21 octobre 1945, Georges Bidault mène la liste du MRP pour les élections à la première Assemblée nationale Constituante dans le département de la Loire. Pour sept sièges à pourvoir, six listes sont en présence. Sur 382 485 électeurs inscrits et 298 134 suffrages exprimés, le MRP avec 128 604 suffrages arrive largement en tête et emporte quatre sièges, suivi par le parti communiste qui, avec 88 900 suffrages, a deux élus, et la SFIO qui, avec 44 593 suffrages gagne le dernier siège. Ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Gaulle, Georges Bidault plaide pour le maintien au gouvernement du MRP au moment de la démission du général, le 20 janvier 1946. On lui prête la formule suivante : "Il y a un grand homme impossible, et plusieurs hommes moyens possibles" . Il conserve le même ministère dans le gouvernement de Félix Gouin du 26 janvier au 23 juin. En cette qualité, il dépose plusieurs projets de loi, et il prône une politique étrangère qui donne à la France une certaine autonomie à l'égard tant des Etats-Unis que de l'Union soviétique.

Après l'échec du référendum sur le projet de Constitution, le 5 mai, les élections à la seconde Assemblée nationale Constituante qui ont lieu le 2 juin 1946, voient la réélection de Georges Bidault dans la Loire. Sur 389 558 électeurs inscrits et 307 075 suffrages exprimés, le MRP a trois élus avec 101 882 voix, devançant le parti communiste qui a deux élus avec 85 292 voix. Une liste des républicains indépendants rassemble 44 599 suffrages et permet l'élection d'Antoine Pinay, maire de Saint-Chamond. Le Rassemblement des gauches républicaines avec Eugène Claudius-Petit regroupe 32 648 suffrages et emporte le dernier siège. Le succès du MRP à ces élections amène Georges Bidault à constituer le nouveau gouvernement où il conserve le portefeuille des affaires étrangères. Il est élu président du dernier gouvernement provisoire de la République française par 389 voix sur 545 votants. Il présente son cabinet le 26 juin à l'Assemblée, dont il obtient un vote de confiance massif : 516 voix contre 2. Il intervient personnellement dans l'élaboration du compromis constitutionnel qui aboutit au référendum du 13 octobre 1946 fondant la IVe République.

Les élections pour la première Assemblée nationale législative ont lieu le 10 novembre. Dans la Loire, pour huit sièges à pourvoir cinq listes s'affrontent. Sur 389 083 électeurs inscrits et 287 320 votants, le MRP, avec 90 683 voix, arrive encore en tête et emporte trois sièges. Le parti communiste, avec 85 143 voix, est en deuxième position et a aussi trois sièges. Les deux derniers vont aux Républicains indépendants d'Antoine Pinay avec 49 134 voix et à l'UDSR, Eugène Claudius-Petit, qui obtient 38 570 voix à la tête d'une liste du Rassemblement des gauches républicaines.

Georges Bidault remet la démission du gouvernement provisoire le 28 novembre. La constitution du nouveau gouvernement est difficile en raison des exigences inconciliables des communistes et du MRP : "Thorez sans Bidault" ou "Bidault sans Thorez". Le 7 décembre, Georges Bidault n'obtient que 240 voix sur les 310 exigées. Un gouvernement socialiste homogène est constitué le 16 décembre pour permettre la mise en place des institutions de la IVe République. En cette fin d'année 1946, il a épousé Suzanne Borel, diplomate, première femme à avoir été conseiller d'ambassade, qu'il a rencontrée dans la Résistance et qui est devenue, à l'automne 1944, directrice adjointe de son cabinet.

Le 22 janvier 1947, Georges Bidault revient aux affaires étrangères dans le gouvernement de Paul Ramadier. L'entrée progressive dans la guerre froide modifie la politique française. A la conférence de Moscou, qui s'achève le 24 avril, l'obstination de Staline à s'opposer au rattachement de la Sarre au marché français l'amène à rejoindre les Etats-Unis et l'Angleterre qui pressent la France de rejoindre le "monde libre" en voie de rassemblement. Le 4 mars, il a été l'un des signataires du traité franco-britannique de Dunkerque. Il approuve la proposition du plan Marshall en juin et prend l'initiative de la création d'une commission économique européenne. Il conserve la responsabilité de la politique extérieure dans le gouvernement de Robert Schuman du 24 novembre 1947 au 19 juillet 1948. Le "Coup de Prague" en février, le blocus de Berlin, l'été, donnent à la guerre froide toute son ampleur. Georges Bidault mène une politique de résistance déterminée au communisme.

En tant que ministre des affaires étrangères, il présente à l'Assemblée de nombreux projets de loi tendant à la ratification de traités et d'accords internationaux. Il intervient également au cours des débats à de multiples reprises dans des discours construits et passionnés où les formules sibyllines ne manquent pas. Quelques une sont devenues célèbres : "C'est dans la nuit que je vois le plus clair" ou "les tuiles remontent sur le toit". Le 17 mars 1948, au nom de la France, il signe le Traité de Bruxelles, qui réunit la France, la Grande-Bretagne et les pays du Bénélux.

Le 26 juillet, avec la constitution du gouvernement André Marie, Georges Bidault quitte le Quai d'Orsay. Il ne le retrouve pas dans le gouvernement d'Henri Queuille qui durera du 11 septembre au 6 octobre 1949 et où les affaires étrangères sont attribuées à Robert Schuman. En septembre 1948, le député de la Loire préside la délégation française à l'UNESCO. Puis, en mai 1948, le Congrès du MRP, réuni à Strasbourg, le porte à la présidence du parti en remplacement de Maurice Schumann. Lors de l'Assemblée européenne de Strasbourg, en septembre, il figure au nombre des membres de la délégation française et est élu président de la Commission de politique générale. A l'issue d'une crise gouvernementale qui dure trois semaines, le 28 octobre 1949, Georges Bidault devient président du Conseil. Il est investi par 367 voix contre 208. L'entrée de la France dans le pacte Atlantique a lieu en novembre, le traité ayant été signé en avril.

En février 1950, la SFIO, pour la première fois depuis 1945, quitte le gouvernement. Elle pratique ensuite le soutien à éclipses. Malgré sa fragilité, le gouvernement fait voter l'importante loi du 11 février 1950 sur la fixation des salaires par les conventions collectives. Le Président du Conseil soutient particulièrement l'effort de guerre en Indochine. Le 16 avril 1950, il propose la création d'un "Haut Conseil de 1'Atlantique pour la paix", idée repoussée par les Etats-Unis qui s'en tiennent aux structures du pacte Atlantique. Le 24 juin 1950, son gouvernement est renversé par 322 voix contre 230, sur une proposition de loi relative aux fonctionnaires. Il est vice-président du Conseil dans l'éphémère deuxième cabinet Queuille, constitué le 2 juillet, mais qui ne dure pas au-delà du 4. S'il ne fait pas partie de l'équipe constituée par René Pleven du 12 juillet 1950 au 28 février 1951, il redevient vice-président du Conseil, le 10 mars 1951, dans le troisième gouvernement Queuille, qui prépare les élections législatives de juin 1951.

Le 17 juin, dans la Loire, pour huit sièges à pourvoir, cinq listes s'affrontent. Des apparentements sont conclus entre le MRP, les Indépendants et paysans, l'UDSR, la SFIO, les radicaux et une liste du Rassemblement des groupes républicains et indépendants français. Mais les listes apparentées n'obtiennent que 48,8 % des voix, et les sièges sont donc attribués à la proportionnelle. Sur 292 398 suffrages exprimés, la liste d'Union présentée par le MRP, les Indépendants et l'UDSR en regroupe 91 328, soit 31,2 % du total, et emporte trois sièges qui vont à Georges Bidault, Antoine Pinay et Eugène Claudius-Petit. Le parti communiste, avec 81 499 suffrages, le Rassemblement du peuple français, avec 66 234 suffrages ont chacun deux sièges. Le dernier siège échoit, avec 26 656 suffrages, à la liste du Rassemblement des groupes républicains et indépendants français.

Henri Queuille démissionne le 10 juillet. Le 11 août, René Pleven constitue un nouveau gouvernement où Georges Bidault occupe le poste de vice-président, ministre de la défense nationale. A ce titre, il participe en septembre à la réunion du Conseil Atlantique à Ottawa et prononce à l'Assemblée nationale, le 29 décembre, un important discours sur la politique militaire du gouvernement français. Le 7 janvier 1952, le gouvernement Pleven tombe. Georges Bidault refuse alors de former le nouveau gouvernement mais le 20 janvier, il reprend, dans celui constitué par Edgar Faure, le portefeuille de la défense nationale et la vice-présidence du Conseil. Le 12 février, il défend, devant l'Assemblée nationale, le projet de la Communauté européenne de défense. Mais le 29 février le gouvernement démissionne. Il ne figure pas dans l'équipe d'Antoine Pinay. En mai, au Congrès de Bordeaux, il quitte la Présidence du MRP, dont il devient Président d'honneur. La même année, il accède à la présidence à la fois du Comité d'action de la Résistance et des Amis de la République française.

Il retrouve le portefeuille des affaires étrangères le 8 janvier 1953 dans le gouvernement de René Mayer. La querelle de la CED domine la vie politique. Georges Bidault défend le projet, mais de manière moins engagée que Robert Schuman, le précédent ministre des affaires étrangères. Il négocie des "protocoles additionnels" qui limitent la portée supranationale du traité. Le 21 mai, le gouvernement est cependant renversé. La crise est longue. Le 10 juin, après Paul Reynaud et Pierre Mendès France, Vincent Auriol appelle Georges Bidault. Mais il n'est pas investi, obtenant une voix de moins que la majorité constitutionnelle. Le 27 juin, Joseph Laniel résout la crise et demande à Georges Bidault de conserver le quai d'Orsay. Il a aussi la responsabilité des affaires d'Afrique du Nord et joue en août 1953 un rôle important dans la déposition du Sultan du Maroc. Il participe aux conférences internationales des Bermudes et de Berlin et aux réunions de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord. Le 17 décembre 1953, il est candidat aux deux premiers tours de l'élection à la présidence de la République, et se retire ensuite.

Les premiers mois de l'année 1954 sont dominés par les difficultés indochinoises. A la conférence des Bermudes, en décembre 1953, Georges Bidault accepte le projet d'une conférence à cinq pour les problèmes asiatiques. Elle se tient à Genève à partir du 26 avril. Le 7 mai, la chute de Diên-Biên-Phû précipite les événements. Georges Bidault tente d'obtenir une intervention militaire anglo-saxonne en expliquant que la lutte contre le communisme international se trouve engagée en Indochine. Mais les réticences anglaises entraînent le refus américain. Il n'a plus dans son jeu, selon sa propre formule : que "le deux de trèfle et le trois de carreau" . Il continue la négociation, mais n'est plus considéré par le Kremlin comme un interlocuteur valable. Le 12 juin, le gouvernement est mis en minorité à l'Assemblée après un réquisitoire sévère de Pierre Mendès France. Le 19 juin, ce dernier constitue un gouvernement qui doit essuyer la critique passionnée de Georges Bidault.

Une autre période commence dans la vie politique de l'ancien président du CNR. Il se fait désormais l'adversaire de ceux qui mènent la "politique des abandons". Cette évolution contribue à diminuer son audience au sein du MRP mais le rapproche de la droite. Le 23 juillet, dans le débat sur la ratification des accords de Genève, il exprime ses doutes sur la validité des garanties obtenues par Pierre Mendès France. "Un succès de la négociation, conclut-il, n'est pas nécessairement une victoire du droit". En décembre 1954, "l'affaire des fuites" l'oppose vivement à François Mitterrand, alors ministre de l'intérieur. Le 5 février 1955, il vote contre la confiance au gouvernement de Pierre Mendès France. Il est, aussi, au nombre des adversaires les plus actifs de la politique nord-africaine du gouvernement Edgar Faure, qui a été constitué le 23 février. Il en appelle à un "acte de volonté " de la nation.

Aux élections législatives du 2 janvier 1956, Georges Bidault mène une liste républicaine d'Action sociale et rurale pour la défense des libertés, présentée par le MRP et un Groupement national des républicains démocrates. Dans sa profession de foi, il affirme : "En quatre ans, les combinaisons politiques ont toujours refusé la direction du gouvernement à un des nôtres. Les mêmes combinaisons ont abouti davantage à une périlleuse politique d'abandon qu'à une fraternelle promotion des peuples de l'Union française". Les apparentements, dans cette circonscription de la Loire, ne jouent pas plus qu'en 1951. Les huit sièges à pourvoir pour douze listes en présence sont répartis à la proportionnelle. Sur 407 307 électeurs inscrits et 328 899 suffrages exprimés, le parti communiste avec 76 806 suffrages, soit 23,4 % du total, emporte deux sièges, comme une liste d'Union des gauches, regroupant la S.F.I.O. et les radicaux avec 54176 suffrages, et une liste des Indépendants et paysans, avec 65 234 suffrages. Les deux derniers sièges vont respectivement à une liste poujadiste, avec 28 674 suffrages et à la liste de Georges Bidault qui ne rassemble que 28 063 suffrages, soit 8,5 % du total, résultat qui atteste l'affaiblissement électoral du MRP.

Une fois son élection validée, le 20 janvier, il est nommé membre de la Commission des affaires étrangères. Ses interventions portent essentiellement sur la politique algérienne. Le 20 mars 1957, il déclare devant les députés : "L'Algérie, après tout ce que nous avons perdu depuis 1954, Indochine, Indes, Maroc, Tunisie, même si, comme nous devons le croire absolument tout n'est pas compromis là où nous gardons des cartes, à la condition que nous voulions les jouer, l'Algérie c'est le dernier cran. Après, si nous perdions, il faudrait refaire nos manuels d'histoire une fois de plus, réhabiliter Louis XV, il faudrait abandonner des marchés, et, ce qui serait encore plus grave que le marasme économique, il faudrait renoncer à cette mission dont nous sommes justement fiers et qui ne trouverait plus nulle part où s'exercer sous nos couleurs". Dans le même débat sur la loi cadre, proposée par le gouvernement Bourgès-Maunoury, il fait écarter toute formule qui aboutirait "à la constitution d'un exécutif algérien". A l'Assemblée, à plusieurs reprises, il est amené à s'opposer directement à Pierre Mendès France. Le 2 février 1958, avec Jacques Soustelle, Roger Duchet, André Morice, il fonde l'Union pour le salut et le renouveau de l'Algérie, dont il devient le vice-président. Ce mouvement en appelle à "un gouvernement de salut public".

Après la chute du gouvernement Félix Gaillard, le 15 avril, s'ouvre la crise qui va provoquer celle de la IVe République. Le 21 avril, René Coty appelle Georges Bidault pour former un nouveau gouvernement. Dans une déclaration liminaire, il indique qu'il ne faut faire aucune concession à l'esprit d'abandon et que le gouvernement doit être composé autour des quatre leaders de l'Algérie française et d'Antoine Pinay. Mais la réunion du groupe parlementaire MRP ne dégage pas une majorité pour soutenir l'ancien Président du parti. Georges Bidault renonce le 22 avril et il ne soutient pas l'investiture de Pierre Pflimlin. Le 16 mai, il affirme devant l'Assemblée nationale : "Il n'est pas seulement déraisonnable, il est historiquement et moralement intolérable d'élever le reproche d'être ennemi de la République à l'homme qui l'a restaurée (...). Pour restaurer l'unité française, pour rétablir l'autorité de la République, un gouvernement de salut public et d'union nationale, dont ne serait exclu aucun citoyen fidèle à la patrie, est, à mes yeux, le seul moyen d'accomplir cette tâche". Il rend visite au général de Gaulle à Colombey et il est l'un de ceux qui l'engagent le plus vivement à revenir au pouvoir.

 

Le 1er juin 1958, il vote la confiance sur le programme et sur la politique du général de Gaulle et le 2, il vote les pleins pouvoirs et la révision constitutionnelle. A la fin du mois, Georges Bidault se sépare du MRP et fonde un nouveau mouvement, la Démocratie chrétienne de France où il est suivi par Jean Letourneau, Alfred Coste-Floret et Jean-Marie Louvel. Lors des élections du 23 novembre, la Démocratie chrétienne de France et le MRP auront des candidats séparés.


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