Attlee Clement

Publié le par Mémoires de Guerre

Clement Richard Attlee, 1er comte Attlee (3 janvier 1883 - 8 octobre 1967), est un homme politique britannique, chef du parti travailliste britannique de 1935 à 1955 et premier ministre du Royaume-Uni de 1945 à 1951. 

Attlee Clement
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Attlee Clement
Attlee Clement

Il fut aussi la première personne à occuper le poste de vice-premier ministre dans le gouvernement de coalition de guerre 1940-1945 dirigé par Winston Churchill, avant de conduire le parti travailliste à sa victoire électorale de 1945. Il fut le 1er travailliste à occuper le poste de premier ministre durant une législature entière, le 1er travailliste à diriger une majorité parlementaire travailliste et le 1er à diriger le parti travailliste aussi longtemps. Le gouvernement qu'il dirigea appliqua le consensus d'après-guerre, basé sur la supposition que le plein emploi serait maintenu grâce à la politique économique inspirée du keynésianisme et qu'un organisme de sécurité sociale serait créé - aspirations résumées dans le rapport Beveridge rendu public en novembre 1942. Dans le même contexte, son gouvernement entreprit la nationalisation des prestataires de services - tel le Service national de Santé - et des industries vitales pour l'économie du pays. Après une première opposition du parti conservateur à la politique fiscale keynésienne, cet accord fut respecté dans ses grandes lignes, pendant trente ans, par les acteurs en présence jusqu'à l'arrivée de Margaret Thatcher au poste de premier ministre, en 1979.

Son gouvernement fut aussi promoteur de la décolonisation d'une grande partie de l'Empire britannique en accordant l'indépendance à l'Inde, au Pakistan, à la Birmanie, à Ceylan (Sri Lanka), à la Jordanie. Le mandat britannique en Palestine prit fin avec la création de l'État d'Israël le jour du retrait britannique. Il a été particulièrement bien jugé par l'historiographie politique, étant considéré par un sondage de l'université de Leeds comme « le meilleur premier ministre britannique » du XXe siècle après 1945. Attlee est né à Putney, Londres, septième d'une fratrie de huit enfants. Son père était le notaire Henry Attlee (1841–1908), sa mère était Ellen Bravery Watson (1847–1920). Il a reçu sa première éducation à la Northaw School, une école primaire pour garçons près de Pluckley dans le Kent. Il fréquenta alors le Haileybury College et l'University College Oxford, où il décrocha en 1904 et avec distinction un diplôme en Histoire moderne. Simultanément, Attlee jouait dans l'équipe de football Fleet Town F.C. Attlee pratiqua alors le métier d'avocat et fut appelé au barreau en 1906.

De 1906 à 1909, Attlee travailla comme gérant de Haileybury House, une œuvre de bienfaisance pour les garçons issus de la classe ouvrière, établie à Stepney dans le quartier londonien de East End à l'initiative de son ancienne école. Au début, ses convictions politiques étaient conservatrices. Cependant, il fut frappé de la pauvreté et du dénuement qui frappait les enfants défavorisés. Il en conclut que la charité privée ne suffirait pas à supprimer la pauvreté, mais que, seule, la redistribution de la richesse au niveau et à l'intervention de l'État serait une mesure efficace. Cela supposait tout un processus de maturation politique. Il entra en 1908 au Parti travailliste indépendant et en devint un membre londonien actif. En 1909, il fut peu de temps secrétaire de Beatrice Webb. De 1909 à 1910, il travailla comme secrétaire au Toynbee Hall. En 1911, il décrocha un job gouvernemental en tant que "commentateur officiel", parcourant le pays pour vulgariser le National Insurance Act de David Lloyd George. Tout l'été 1911, il parcourut à bicyclette l'Essex et le Somerset, expliquant la portée de la loi à la population, lors de meetings publics.

Attlee devint enseignant à la London School of Economics in 1912, mais sollicita très vite la formation d'officier à l'armée après le déclenchement des hostilités de la Première Guerre mondiale au mois d'août 1914. Pendant la Première Guerre mondiale, Attlee se vit attribuer le grade de capitaine de l'armée britannique et combattit au sein du South Lancashire Regiment durant la désastreuse campagne de Gallipoli en Turquie. Après avoir combattu quelque temps, il contracta la dysenterie et fut envoyé en convalescence dans un hôpital de Malte. Pendant qu'il était hospitalisé, beaucoup de ses camarades de combat furent tués à la bataille de Sari Bair. Plus tard, quand il rejoignit le front, il fut informé que sa compagnie serait la dernière à tenir Gallipoli lors de l'évacuation. Il fut l'avant-dernier homme à quitter Suvla Bay, le dernier étant le général Frederick Stanley Maude. Plus tard, il participa en Irak à la campagne de Mésopotamie où, à la bataille d'El Hannah, il fut gravement blessé aux membres inférieurs par des éclats d'obus Shrapnel en assaillant une tranchée ennemie. Il fut envoyé en revalidation en Angleterre où il se consacra à l'entraînement des soldats de la classe 1917. Il y fut promu au grade de major. Il sera connu sous le nom de "Major Attlee" durant l'entre-deux-guerres, après avoir été envoyé sur le front occidental en France en juin 1918, soit aux derniers mois de la Première Guerre mondiale.

La campagne désastreuse de Gallipoli avait été conçue par Winston Churchill. Attlee pensait que c'était une stratégie audacieuse qui eût pu réussir si elle eût été mieux mise en œuvre. Il éprouva une certaine admiration pour Churchill en tant que stratège militaire, ce qui améliora sérieusement leurs relations durant les années suivantes. Sa décision de combattre pendant la guerre fut une cause de rupture entre lui et son frère aîné Tom Attlee, qui vécut une grande partie de la guerre emprisonné, comme pacifiste et objecteur de conscience. Après la guerre, il enseigna jusqu'en 1923 à la London School of Economics. Attlee rencontra Violet Millar lors d'un voyage en Italie en 1921. Fiancés quelques semaines après leur retour, ils se marièrent à la Christ Church de Hampstead le 10 janvier 1922. Ils formeront un couple solide jusqu'à ce que la mort les sépare en 1964. Ils eurent quatre enfants :

  • (Lady) Janet Helen, (1923) : elle épousa Harold Shipton à la Parish Church d'Ellesborough, en 1947 ; ils émigrèrent plus tard aux États-Unis.
  • (Lady) Felicity Ann (1925-2007) : elle épousa John Harwood à Little Hampden en 1955.
  • Martin Attlee, 2e comte Attlee (1927–91).
  • (Lady) Alison Elizabeth (°1930) : elle épousa Richard Davis à Great Missenden en 1952.​

Attlee revint à la politique locale, dans l'immédiat après-guerre, devenant, en 1919, maire de l'ancien district londonien de Stepney, un des quartiers les plus pauvres du grand Londres. Durant son maïorat, la municipalité entreprit des actions contre les propriétaires qui percevaient les loyers de taudis et refusaient toute dépense visant à loger décemment leurs locataires. La municipalité promulgua des arrêtés imposant aux propriétaires d'effectuer la réhabilitation de leur bien. Il leur envoya des auxiliaires médicaux et des inspecteurs sanitaires, réduisant ainsi le taux de mortalité infantile. Pendant son maïorat en 1920, il écrivit son premier livre, Le travailleur social, qui expose beaucoup de principes exprimés par ses convictions politiques et dessine le programme de son gouvernement quelques années plus tard. Le livre promeut l'idée que s'occuper du pauvre ne doit pas être une initiative privée. Il écrit « La charité est une chose froide, grise et dépourvue d'amour. Si le riche souhaite aider le pauvre, il doit être ravi de payer des taxes et ne pas distribuer son argent au compte-gouttes selon son caprice. »

Il écrit aussi « Dans une Société civilisée, bien qu'elle puisse être composée d'individus interdépendants, il y aura toujours quelques personnes incapables de se débrouiller à certaines époques de leur vie, et leur détresse peut avoir trois issues : soit on les abandonne à leur sort, soit ils peuvent avoir le droit d'être protégés dans le cadre d'une organisation de la Société, soit ils sont abandonnés au bon vouloir d'individus de la Société. La première solution est intolérable, quant à la troisième elle n'est possible, sans perte de dignité, qu'entre individus égaux. Un droit créé par une loi, tel une pension de vieillesse, est moins humiliant qu'une allocation consentie par un riche à un pauvre, dépendant de l'opinion qu'il a du mérite du pauvre et laissée à son appréciation. » Il soutint énergiquement la Poplar rates protest conduite par George Lansbury en 1921. Ceci le brouilla avec beaucoup de dirigeants de la section londonienne du parti travailliste, dont Herbert Morrison.

Aux élections générales de 1922, Attlee fut l'élu à la Chambre des communes pour la circonscription de Limehouse, dans le district de Stepney. À ce moment, il était un fervent admirateur de Ramsay MacDonald et l'aida dans sa course à la présidence du parti travailliste, à l'élection de 1922 : décision qu'il regrettera plus tard. Il fut engagé comme secrétaire parlementaire de Ramsay MacDonald durant une brève période. Il prit goût à la fonction ministérielle en 1924, quand il devint sous-secrétaire d'État à la guerre pendant le court gouvernement dirigé par MacDonald, qui fut aussi le premier gouvernement travailliste. Attlee était opposé à la grève générale de 1926, estimant que la grève ne doit pas être utilisée comme arme politique. Néanmoins, quand elle éclata, il n'essaya pas de la saboter. Au moment de la grève, il présidait le Comité de fourniture de courant électrique du district de Stepney. Il passa un accord avec le syndicat des travailleurs électriciens pour qu'ils n'interrompent pas l'alimentation en électricité des hôpitaux, alors qu'ils cessaient d'alimenter les usines. Une firme, Scammell and Nephew Ltd intenta une action en justice contre Attlee et les autres membres travaillistes du Comité (mais pas contre les membres conservateurs qui avaient aussi souscrit à cet accord). La Cour inculpa Attlee et ses collègues conseillers et ils furent condamnés à payer 300£ de dommages et intérêts. Plus tard, cette condamnation fut annulée en appel, mais les problèmes financiers créés par ce revers ont presque dégoûté Attlee de faire de la politique.

Clement Attlee stands outside his home in Stanmore, with his two daughters (L) Felicity 19, (R) Alison 15 and their dog Ting. 19th April 1945

Clement Attlee stands outside his home in Stanmore, with his two daughters (L) Felicity 19, (R) Alison 15 and their dog Ting. 19th April 1945

En 1927, il intègre la Commission Simon composée de sept membres venant de divers partis, Commission royale chargée d'examiner la possibilité d'accorder à l'Inde son autodétermination. En raison du temps nécessaire à consacrer à la Commission et contrairement à la promesse de MacDonald, il ne se voit pas offrir de poste ministériel au début du deuxième gouvernement travailliste. Cette participation - qu'il n'avait pas demandée - au travail de la Commission lui apporta une connaissance approfondie de l'Inde et de beaucoup de ses leaders politiques, qui lui servit plus tard, en tant que premier ministre, à décider de son avenir. En 1930, Oswald Mosley quitta le parti travailliste après le rejet de ses mesures protectionnistes visant à trouver une solution au sous-emploi de la main-d'œuvre britannique. Attlee hérita de la fonction de Chancelier du duché de Lancaster, libérée par Oswald Mosley. Il fut Maître des Postes général du Royaume-Uni au moment de la crise de 1931, durant laquelle la plupart des têtes du parti travailliste perdirent leur siège. Au cours du deuxième gouvernement travailliste, Attlee fut de plus en plus déçu par Ramsay MacDonald qu'il en vint à considérer comme vaniteux et incompétent, lui adressant plus tard des propos au vitriol dans son autobiographie.

Après la chute du deuxième gouvernement travailliste, on organisa de nouvelles élections, véritable désastre pour le parti travailliste, qui perdit plus de 200 sièges. La plupart des anciennes figures du parti perdirent leur siège, y compris Arthur Henderson, chef du parti. George Lansbury et Attlee furent parmi les quelques rescapés travaillistes issus du gouvernement défunt. En conséquence, Lansbury devint président du parti et Attlee vice-président. Attlee fonctionna comme président effectif durant neuf mois à partir de décembre 1933, après que Lansbury se fut fracturé accidentellement le fémur. En cette qualité, son profil public prit de l'importance. Durant cette période, ses problèmes financiers incitèrent Attlee à abandonner la politique, vu que son épouse était malade et qu'il ne touchait pas de supplément salarial comme chef de l'Opposition. Il fut persuadé de rester à son poste par Stafford Cripps, un riche socialiste qui consentit à lui payer un supplément de salaire. George Lansbury, pacifiste convaincu, démissionna du poste de président au congrès du parti travailliste en 1935 après que le parti eut voté en faveur des sanctions contre l'Italie pour son invasion de l'Abyssinie. Lansbury s'opposa énergiquement à cette attitude répressive. Des élections générales paraissant imminentes, le parti travailliste nomme Attlee président intérimaire, à condition qu'une élection présidentielle soit organisée après les élections générales.

Attlee mena le parti travailliste aux élections générales de 1935, qui vit le redressement partiel du parti, récupérant plus de cent sièges par rapport aux résultats désastreux de 1931. En novembre 1935, dans la course à la présidence du parti travailliste après les élections générales, Attle se présenta contre Herbert Morrison et Arthur Greenwood. Morrison partait favori pour beaucoup de membres, mais était regardé avec méfiance par beaucoup de sections, spécialement à gauche. La candidature à la présidence d'Arthur Greenwood était gênée par ses problèmes d'alcool. Attlee fut vainqueur aux deux scrutins et, par la suite, conserva la présidence, fonction qu'il occupera jusquen 1955.

Pendant les années 1920 et la plupart des années 1930, la ligne politique du parti travailliste, voulue par Attlee, consistait à s'opposer au réarmement et à encourager l'internationalisme et la sécurité collective sous l'égide de la Société des Nations. Au congrès du parti travailliste à Southport, en 1934, Attlee déclara que « Nous avons tout à fait abandonné toute idée de loyauté à la nation. Nous avons délibérément préféré un ordre mondial à la loyauté à notre propre pays. Nous disons que nous désirons voir inscrit dans les statuts quelque chose qui fasse de notre peuple des citoyens du monde plutôt que des citoyens de ce pays ». Un an plus tard, pendant un débat à propos de la défense, Attlee déclara « Il est dit dans le Livre Blanc qu'il y a un danger contre lequel nous devons nous prémunir. Nous ne pensons pas que vous pouvez nous en prémunir grâce à notre seule défense nationale. Nous pensons que vous pouvez seulement y arriver en avançant vers un monde nouveau, un monde du droit, l'abolition des armements nationaux, avec une force armée mondiale et un ordre économique mondial. On me rétorquera que cela est impossible ».

Le 21 mai 1935, Adolf Hitler fit un discours dans lequel il proclamait que le réarmement allemand n'était pas une menace pour la paix mondiale. Le lendemain, Attlee répondit lors d'un débat sur l'évaluation que le discours d'Hitler comportait des allusions défavorables à l'Union soviétique, mais que « Nous voyons ici l'opportunité d'une invitation à stopper la course aux armements...Nous ne pensons pas que notre réponse à Herr Hitler doit seulement être le réarmement. Nous vivons une période de réarmement, mais quant à nous, nous ne pouvons pas accepter cette attitude ».

En avril 1936, le Chancelier de l'Échiquier Neville Chamberlain présenta un budget qui augmentait le montant alloué aux forces armées. Attlee participa à une émission radiophonique pour s'y opposer, déclarant que le budget « n'était pas l'expression naturelle de la couleur du présent gouvernement. Il n'y avait qu'une faible augmentation attribuée aux services améliorant la vie des gens, l'éducation et la santé. Chaque chose était consacrée à promouvoir les instruments de mort. Le Chancelier regrettait amèrement de devoir dépenser autant en armements, mais disait que c'était absolument nécessaire et dû à l'attitude des autres nations. À l'entendre parler, on penserait que le gouvernement n'est pas responsable des affaires mondiales...Le gouvernement a maintenant décidé d'entrer dans la course aux armements, et les gens devront payer pour leur erreur d'avoir pensé qu'on pouvait faire confiance à une politique de paix...C'est un budget de guerre. Nous ne verrons pas à l'avenir de progrès de la législation sociale. Toutes les ressources disponibles doivent être destinées aux armements ».

Cependant, face à l'émergence de la menace de l'Allemagne nazie et à l'inefficacité de la Société des Nations, lepacifisme perdit de sa crédibilité. Vers 1937, le parti travailliste abandonna son attitude pacifiste et en arriva à promouvoir le réarmement, allant à l'encontre de la politique des concessions accordées à Hitler. En 1938, Attlee marqua son opposition aux accords de Munich qui donnait à l'Allemagne les territoires germanophones des Sudètes : « Nous avons tous ressenti du soulagement devant l'éloignement de la menace de guerre. Chacun d'entre nous a vécu dans l'anxiété pendant quelques jours; nous ne pouvons pas considérer la paix comme définitive, mais nous n'avons rien d'autre qu'une trêve pendant la guerre. Nous n'avons pas été capables de nous enfermer dans une réjouissance insouciante. Nous avons eu le sentiment de flotter au beau milieu de la tragédie. Nous en avons été humiliés. Ceci ne fut pas une victoire du bon sens et de l'humanisme. Ceci a été une victoire de la force brute...Les articles des accords n'ont pas été négociés; ce furent des articles concédés à la suite d'un ultimatum. Nous avons vu aujourd'hui un peuple brave, civilisé et démocratique trahi et abandonné face à un despotisme impitoyable. Et plus grave encore. Nous avons vu la défaite de l'idéal démocratique, qui est, selon nous, le socle de la civilisation et de l'humanisme...Les événements de ces derniers jours sont une des plus grandes défaites diplomatiques jamais infligées à notre pays et à la France. Il n'y a aucun doute que c'est une formidable victoire de Herr Hitler. Sans avoir tiré un seul coup de feu, par le simple déploiement de sa puissance militaire, il a acquis en Europe une position dominante que l'Allemagne n'a pas réussi à obtenir après quatre années de guerre. Il a inversé l'équilibre de la puissance en Europe. Il a détruit le dernier bastion de démocratie barrant ses ambitions en Europe orientale. Il s'est ouvert l'accès à la nourriture, au pétrole et aux ressources dont il a besoin pour affermir sa puissance militaire et, avec succès, il a vaincu et réduit à l'impuissance les forces qui pouvaient encore faire face au règne de la violence ».

En 1937, Attlee visita l'Espagne et rencontra les volontaires britanniques des Brigades internationales. En son honneur, on nomma une compagnie "Major Attlee Company". En avril 1939, Attlee s'opposa à l'introduction de la conscription par le gouvernement. Attlee reste chef de l'opposition quand la guerre éclate en septembre 1939. La désastreuse campagne de Norvège résulte de la (Norway Debate (en)) motion de défiance au gouvernement. Bien que Chamberlain ait survécu à ce revers, la réputation de son gouvernement était si compromise qu'il s'imposait de devoir mettre en place un gouvernement de coalition. La crise coïncida avec le congrès du parti travailliste. Même si Attlee était disposé à entrer dans le gouvernement de Chamberlain (gouvernement de crise), il n'aurait pas été capable d'occuper les deux fonctions simultanément. Par conséquent, Chamberlain démissionna et les partis travailliste et conservateur forment un gouvernement de coalition dirigé par Winston Churchill.

Dans le gouvernement de coalition de la Seconde Guerre mondiale, trois Commissions menaient la guerre. Churchill présidait le Cabinet de guerre et la Commission de Défense nationale. Attlee était son adjoint habituel dans cette Commission et prenait la parole à la Chambre des communes en l'absence de Winston Churchill. Attlee présidait la troisième Commission - la Commission du Lord Président - qui dirigeait le volet civil de la guerre. Puisque Churchill était plus attiré par le volet militaire, cette distribution des rôles convenait à Churchill et à Attlee. Seuls lui et Churchill restèrent au Cabinet de guerre depuis la formation du gouvernement d'union nationale jusqu'aux élections de 1945. Attlee fut Lord du Sceau Privé de 1941 à 1942, vice-premier ministre de 1942 à 1945, secrétaire d'etat aux Dominions de 1942 à 1943 et Lord Président du Conseil de 1943 à 1945. Attlee soutint Churchill dans la poursuite de la résistance britannique après la capitulation de la France en 1940 et prouva sa loyauté à Churchill au cours du conflit; quand le cabinet de guerre eût posé la question de négocier les accords de paix, Attlee (de même que son collègue travailliste Arthur Greenwood) vota en faveur de la poursuite de la lutte armée, donnant ainsi à Churchill la majorité requise pour continuer la guerre.

Attlee Clement

Après la fin de la guerre en Europe en mai 1945, Attlee et Churchill voulaient maintenir le gouvernement de coalition jusqu'à la défaite japonaise. Cependant, Herbert Morrison prétendit que le parti ne l'accepterait pas et le bureau national du parti se rangea à son avis. Churchill riposta en démissionnant de son poste de premier ministre de la coalition et réclama des élections immédiates. La guerre avait suscité une vague de changements en Angleterre et abouti au souhait de réformes sociales. Cette volonté s'exprima dans le rapport Beveridge. Ce rapport prétendait que la maintien du plein emploi serait le but des gouvernements d'après-guerre et le socle de l'État-Providence. Juste après la sortie de ce rapport, on en vendit des centaines de milliers de copies. Tous les grands partis s'engagèrent dans cette voie, mais Attlee et le parti travailliste furent pressentis comme les meilleurs candidats pour mener les réformes à terme.

Les travaillistes firent campagne sur le thème "Faisons face au futur" et se présentèrent comme le parti le mieux à même de reconstruire la Grande-Bretagne après la guerre, tandis que la campagne du parti conservateur était centrée sur Churchill. Grâce au statut de héros de Churchill, peu de gens s'attendaient à la victoire des travaillistes. Mais Churchill fit quelques erreurs pendant sa campagne. Entre autres, la suggestion lors d'une émission radiodiffusée, qu'un gouvernement travailliste aurait besoin "d'une certaine forme de gestapo" pour mettre en œuvre ses politiques socialistes : ce qui passa pour une déclaration de mauvais goût qui se retourna contre lui. Les résultats électoraux diffusés le 26 juillet surprirent beaucoup de gens, y compris Attlee. Le parti travailliste accédait au pouvoir en un raz-de-marée, raflant un peu moins de 50 % des votes, face aux 36 % des votes conservateurs. Le parti travailliste obtenait 393 sièges, lui donnant une majorité de 146 sièges. On disait que quand Attlee se présenta au roi Georges VI au palais de Buckingham pour la cérémonie du "baise-mains" Kissing Hands (en), le notoirement laconique Attlee et le notoirement taciturne Georges VI se tinrent debout, en silence, pendant quelques minutes, jusqu'à ce qu'Attlee déclarât spontanément « J'ai gagné les élections ». Le roi répliqua « Je sais. Je l'ai entendu aux Informations de six heures »

Devenu premier ministre, Attlee nomma Ernest Bevin secrétaire aux Affaires étrangères et Hugh Dalton Chancelier de l'Échiquier (bien qu'il eût beaucoup espéré autre chose). Stafford Cripps devint Président du Bureau du Commerce, Herbert Morrison devint vice-premier ministre chargé de l'application stricte du programme de nationalisation voulu par le parti travailliste, Aneurin Bevan devint ministre de la Santé et Ellen Wilkinson, seule femme du gouvernement d'Attlee, Secrétaire d'État à l'Éducation. Le gouvernement d'Attlee se présenta comme un administrateur réformateur radical. Pendant la seule session parlementaire 1945-1946, les pensions et autres revenus furent considérablement augmentés et, de 1945 à 1948, plus de 200 lois furent votées par le Parlement, avec huit projets importants passés du stade de l'élaboration à l'application en 1946.

En politique intérieure, le parti travailliste avait des buts clairement définis. Le premier secrétaire à la Santé, Aneurin Bevan lutta contre la désapprobation générale de l'establishment médical en créant le Service national britannique de Santé, système public de soins de santé offrant la gratuité au moment de recevoir les soins. Revendication refoulée qui survécut longtemps pour les services médicaux, le NHS prit en charge près de 8 500 000 de soins dentaires et distribua 5 000 000 de paires de lunettes, la première année de son fonctionnement. Les médecins tirèrent un bénéfice du nouveau système, percevant un salaire leur donnant un niveau de vie correct sans avoir recours à la pratique privée. Le NHS améliora grandement l'état de santé de la classe ouvrière, réduisant significativement le nombre de décès dus à la diphtérie, la pneumonie, la tuberculose. Malgré de fréquentes controverses au sujet de son organisation et de son financement, à ce jour les partis britanniques doivent encore exprimer leur soutien au NHS s'ils veulent rester éligibles.

Dans le domaine des soins de santé, des fonds furent alloués à la modernisation et aux plans destinés à l'amélioration de l'efficacité administrative. Des améliorations furent apportées aux infrastructures de soins afin de recruter plus d'infirmières et de réduire la pénurie de travailleurs qui entraînaient la mise hors circuit de 60 000 lits, et des efforts furent faits pour réduire le déséquilibre « entre l'excédent de lits pour fiévreux et tuberculeux et la pénurie de lits dans les maternités ». De plus, les vaccinations BCG furent décidées pour la protection des étudiants en médecine, sages-femmes, infirmières, des contacts des patients porteurs du bacille de la tuberculose, simultanément à la mise en place d'un plan de pension pour les employés du NHS récemment créé. Des réformes moins nombreuses furent aussi introduites, quelques-unes d'entre elles au bénéfice de certaines couches de la Société britannique, les arriérés mentaux, les aveugles... Pendant la période 1948-1951, le gouvernement Attlee fit passer les dépenses de santé de 6 000 000 000 à 11 000 000 000 £, une augmentation d'environ 50 %, et de 2,1 % à 3,6 % du PIB.

Le gouvernement lança la mise en oeuvre de la doctrine Beveridge par la création d'un État-Providence du berceau à la mort, et mit en place un système entièrement nouveau de sécurité sociale. Parmi les plus importants éléments de la législation, on notait la loi d'assurance nationale de 1946, pour laquelle les gens qui travaillent payaient un tarif unique d'assurance nationale. En retour les contributeurs (hommes ou femmes) étaient admissibles à une pension à montant unique, à l'indemnité pour maladie, à l'indemnité de chômage, à l'indemnité de funérailles. Divers autres éléments législatifs ajoutaient l'allocation pour enfant à charge et l'aide aux gens n'ayant pas d'autre source de revenu. La loi de 1946 sur les villes nouvelles mettait en place des sociétés pour ériger des villes nouvelles, tandis que la loi d'aménagement rural et urbain de 1947 chargeait les conseils généraux des comtés de préparer la mise en œuvre des projets et donnait des pouvoirs d'expropriation. Le gouvernement d'Attlee élargissait aussi les pouvoirs des autorités locales à réquisitionner des maisons en tout ou en parties, et facilitait l'acquisition de terrains. En 1949, les autorités locales furent autorisées de fournir aux gens en mauvaise santé un logement public à loyer subsidié. Les revenus du chômage et des indemnités de maladie ou de maternité furent détaxés en 1949.

Des règles strictes furent décidées pour contrôler l'aménagement du territoire, et des manuels de conseils publiés, insistant sur le souci primordial de sauvegarder les terres de culture. Une suite de bureaux régionaux fut mise en place avec son ministère de planification pour promouvoir une ligne de conduite rigide dans le développement des politiques régionales. Un train de subventions apparues en 1948 renforça les services sociaux fournis par les autorités locales. Les Services sociaux personnels et les services d'aide sociale furent développés en 1948, à destination individuelle ou familiale, visant particulièrement les catégories suivantes : déficients mentaux, enfants défavorisés, personnes âgées et handicapés. Le gouvernement Attlee augmenta aussi sensiblement les pensions de retraite et autres revenus de remplacement, les pensions devenant plus que jamais des revenus viagers.

Un grand programme de construction immobilière fut lancé dans le but de loger les gens dans des habitations salubres. Une note relative à l'immobilier sortie en 1946 augmentait les subventions du Trésor pour la construction de logements en Angleterre et au Pays de Galles, à l'initiative des autorités locales. Quatre maisons sur cinq construites sous le gouvernement travailliste étaient des propriétés municipales construites selon des spécifications plus nombreuses qu'avant la seconde guerre mondiale et les subsides maintinrent à un bas niveau les loyers sociaux. Toutes ces mesures produisirent un développement du logement social jusqu'à un niveau jamais atteint, les bas revenus en étant les premiers bénéficiaires. Cependant, le gouvernement Attlee ne réussit pas à atteindre tous ses objectifs, d'abord à cause des contraintes économiques, plus d'un million de nouveaux logements furent édifiés entre 1945 et 1951 (une réalisation remarquable dans de telles circonstances), qui permirent pour la première fois de loger beaucoup de familles à bas revenus dans des logements décents à un coût raisonnable.

L'extension des allocations sociales créée par le gouvernement Attlee réduisit beaucoup les inégalités sociales. L'influence des réformes gouvernementales dans les domaines de la santé et du bien-être fut telle que les indicateurs de santé s'amélioraient (cf les statistiques fournies par les prestataires de soins médicaux et dentaires en milieu scolaire et par les officiers de santé), avec le progrès constant du taux de survie chez l'enfant et une longévité accrue chez l'adulte. La diminution de la pauvreté observée à la suite des lois sociales votées sous le gouvernement Attlee, fut telle que, selon Kevin Jefferys, aux élections de 1950, « la propagande travailliste pouvait clamer que la législation sociale avait effacé la misère abjecte des années 1930 ». Nombre de réformes furent décidées pour améliorer les conditions féminine et infantile. En 1946, l'allocation familiale généralisée fournit une aide financière aux ménages en charge d'enfants. Ces avantages avaient été projetés l'année précédente par la Family Allowances Act 1945 et fut le premier projet présenté au Parlement par le gouvernement d'Attlee. Les Conservateurs reprocheront plus tard aux Travaillistes d'avoir été trop pressés de voter les allocations familiales.

Un Married Women Act (...) fut voté en 1949 "pour équilibrer, rendre inopérantes toutes les limitations quant à l'attente ou l'aliénation liée à la jouissance d'une propriété par la femme," alors que le Married Women (Maintenance) Act de 1949 avait été promulgué pour améliorer l'adéquation et la durée des avantages financiers destinés aux femmes mariées. Le Criminal Law (Amendment) Act de 1950 amenda la loi de 1885 pour en faire bénéficier les prostituées et les protéger des traitements dégradants. Le Criminal Justice Act de 1948 limita l'emprisonnement des mineurs d'âge et améliora les structures des centres de probation et de détention préventive, alors que le passage au Justices of the Peace Act de 1949 conduisit à des réformes importantes des Cours de magistrature.

En 1946, le gouvernement mit en place l'Institut National des travailleurs ménagers.....L'institut visait à hausser le service ménager au niveau de métier qualifié, par la formation et l'examen imposé à ceux qui avaient déjà les qualifications requises. A l'automne 1946, des standards agréés de formation furent instaurés, qui débouchèrent sur des centres de formation et un supplément de 9 centres au Pays de Galles, en Écosse et finalement dans toute la Grande-Bretagne. Le National Health Service Act de 1946 précisait qu'une aide domestique serait fournie aux ménages où cette aide s'impose "par la présence d'une personne malade ou grabataire, d'une future mère, d'un déficient mental, personne âgée ou enfant pas encore en âge de scolarité. En conséquence, 'L'aide à domicile' consista à fournir l'aide ménagère pour les soins aux personnes et aux futures mères, ainsi qu'aux mères d'enfants de moins de cinq ans". En 1952, 20 000 femmes avaient été engagées dans ce service.

Diverses règles furent appliquées pour améliorer le bien-être sur le lieu de travail. Le congé de maladie fut accru et des plans d'indemnités de maladie introduits en 1946 au bénéfice des agents d'administration locale, en 1948 pour diverses catégories de travailleurs manuels. La compensation au travailleur était significativement améliorée. La Fair Wages Resolution de 1946 exigea de tout entrepreneur travaillant sur un projet public d'appliquer les grilles de salaire recommandées et les contrats d'emploi prévus à la convention collective. En 1946, la taxe à l'achat d'installations pour cuisine et de vaisselle, fut supprimée, tandis que le taux en fuit réduit à l'achat de divers articles de jardinage.

Le Fire Services Act de 1947 introduisit un nouveau plan de retraite des pompiers, tandis que l'Electricity Act de 1947 apporta de meilleurs avantages aux travailleurs retraités de la production et distribution d'électricité. Un Workers' Compensation (Supplementation) Act fut voté en 1948, au profit des travailleurs atteints de certaines maladies liées à l'asbeste, apparues avant 1948. Le Merchant Shipping Act de 1948 et le Merchant Shipping (Safety Convention) Act de 1949 furent votés pour améliorer les conditions de travail des travailleurs de la mer. Le Shops Act de 1950 renforça la législation précédente stipulant que quiconque travaillant en atelier ou magasin ne peut prester plus de six heures sans un break d'au moins 20 minutes. La législation imposa aussi un break déjeuner d'au moins 45 minutes pour tout travailleur prestant dans la fourchette de 11H30 à 14H30 et 1/2 heure de break thé pour tout travailleur prestant entre 16H00 et 19H00. Le gouvernement renforça aussi la Fair Wages Resolution d'une clause imposant aux employeurs ayant obtenu des contrats publics, de reconnaître le droit de leur personnel à s'affilier aux syndicats.

Attlee sera Premier ministre du 26 juillet 1945 au 26 octobre 1951. Il cesse de diriger le parti travailliste en 1955 puis est élevé à la pairie et passe à la Chambre des Lords. Son nom est associé à la conférence de Potsdam (juillet 1945), à la création de la sécurité sociale, aux nationalisations des principales industries et services, au Plan Marshall, à la décolonisation de l'Empire indien (il confia à Louis Mountbatten en 1947 la décolonisation du territoire de l'empire des Indes, la même année Ceylan accédait au statut de dominion) à l'adhésion à l'OTAN (1949). Hostile à la construction européenne, il s'accommode cependant de la fondation du Conseil de l'Europe en 1949 mais refuse de participer à la CECA. Au Proche-Orient, le mandat britannique en Palestine fait place à la création de l'État d'Israël. Il préside le gouvernement pendant une longue période d'austérité économique. Sa majorité parlementaire est fortement réduite le 23 février 1950, où son parti obtient 46,4 % des voix et 315 députés, et il perd les élections de 1951. Sa personnalité était moins brillante que celle de ses ministres Ernest Bevin, Herbert Morrison ou Stafford Cripps, mais il dirigeait le gouvernement avec une grande fermeté.

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