Aktion Reinhard

Publié le par Roger Cousin

Aktion Reinhard (orthographié aussi Aktion Reinhardt) est un nom de code qui désigne l'extermination systématique des Juifs, des Roms, des Sintis et des Yéniches du Gouvernement général en Pologne pendant la période du Troisième Reich

Odilo Globocnik

Odilo Globocnik

C'est dans le cadre de l'Action Reinhard qu'ont été exterminés plus de deux millions de juifs entre juillet 1942 et octobre 1943 ainsi que près de 50 000 Roms des cinq districts du Gouvernement général (Varsovie, Lublin, Radom, Cracovie et en Galicie) dans les trois camps d'extermination de Belzec, Sobibor et Treblinka. La date à laquelle l'ordre d'exterminer tous les juifs d'Europe a été donné ne peut pas être précisément attestée puisqu'il ne subsiste aucune trace écrite. Il n'est d'ailleurs pas certain qu'un tel ordre ait été écrit par Adolf Hitler. Quelques indications laissent cependant penser que la décision a été prise en même temps que celle de l'assaut sur l'Union soviétique le 22 juin 1941.

C'est en effet à cette date que les groupes d'action spéciaux de l'Office central de la sécurité du Reich ont commencé à assassiner tous les juifs. On parle donc d'un génocide. Selon les indications de son chef Odilo Globocnik, l' Aktion Reinhard aurait couvert quatre domaines : l'évacuation des juifs, l'exploitation de la main-d'oeuvre, la valorisation du matériel, la collecte des valeurs et biens immobiliers dissimulés. Il s'est en réalité agi de l'extermination complète et immédiate des juifs du Gouvernement général de Pologne. Pour exterminer plus de deux millions de juifs dans le Gouvernement général de Pologne, les nazis ont en réalité eu recours à un nombre d'hommes assez peu important : le groupe d'intervention (Einsatzstab) Reinhard à Lublin placé sous la direction de Hermann Höfle et 92 soit-disant experts allemands du programme d'euthanasie.

Les plus connus sont Christian WirthFranz Stangl, Irmfried Eberl et Kurt Hubert Franz. Quelques-uns étaient originaires d' Autriche. Environ 1 000 volontaires ukrainiens et lituaniens (les Trawnikis) y ont également participé. Certains Trawniki étaient au camp de Trawniki. On trouvait aussi des policiers, des soldats de la Wehrmacht et de la SS, des cheminots ainsi que des agents de l'administration en charge de la déportation. Le personnel allemand du camp était composé de 92 hommes (des recherches récentes parlent plutôt d'environ une centaine) qui ont été mutés à cet effet par la chancellerie d'Hitler. Les hommes venaient principalement du Programme Aktion T4 qui avait en charge l'euthanasie. Les camps ont été principalement construits par les ouvriers employés lors du Programme T4.

Les inspections des camps d'extermination étaient également souvent menées par des fonctionnaires du Programme T4. Les requêtes et demandes de congé des équipes des camps étaient adressées au service T4 à Berlin. Une fois par semaine, un courrier de T4 en provenance de Berlin livrait les salaires et les lettres au service de Wirth et dans les camps. T4 livrait également des suppléments de nourriture et quelques extras (comme par exemple de grandes quantités d'eau-de-vie qui permettaient de mieux "supporter" le travail meurtrier). Une grande partie des hommes étaient des alcooliques, abondamment alimentés en alcool par le personnel de garde. Les hommes rendaient personnellement compte à Berlin, ponctuellement à Globocnik. Ils étaient nommés et promus dans la SS. Ils devaient signer dans le bureau de Hermann Höfle un engagement de respect du secret. Ils devaient également prendre l'engagement de se taire à la fin de l'Aktion Reinhard; ils n'avaient pas le droit de photographier et ne devaient pas se laisser corrompre.

Quelques témoignages ont permis d'établir que ces consignes n'étaient pas toujours respectées. Dans l'engagement ne figure aucune mention des peines encourues en cas de non-respect. La participation à l'Aktion Reinhard était "'volontaire". Franz Stangl, commandant de Sobibor et de Treblinka, a expliqué qu'il aurait pu choisir d'aller plutôt à Lublin. Comme il n'avait aucune idée de ce qui l'attendait, il avait accepté de rejoindre Sobibor. La date à laquelle Odilo Globocnik, chef de l'Aktion Reinhard a reçu de Heinrich Himmler, Reichsführer SS, l'ordre d'extermination des juifs ne peut être établie qu'indirectement. Adolf Eichmann a déclaré à Jerusalem que Reinhard Heydrich lui avait confié deux à trois mois après l'invasion de l'Union soviétique que Hitler avait ordonné l'extermination des juifs. Heydrich aurait ainsi ordonné à Eichmann : "Rejoignez Globocnik. Le Reichsführer lui a donné des instructions explicites. Allez constater où il en est de sa démarche“.

A Lublin, Eichmann aurait été conduit à un camp où Christian Wirth lui aurait expliqué les dispositifs mis en place pour gazer les juifs (Wirth était le premier commandant du camp de Belzec; il sera plus tard l'inspecteur de tous les camps de l'Aktion Reinhard. Auparavant il était chargé du programme d'euthanasie). Ainsi Globocnik aurait été dés l'été 1941 chargé par Himmler de l'extermination des juifs. En faveur de cette thèse plaide aussi le fait que, dés la fin de l'été 1941, Wirth a été muté dans un institut d'euthanasie dans le district de Lublin. Quelques semaines après sont arrivés d'autres experts inemployés du programme d'euthanasie interrompu en août par Hitler.

La construction du premier camp de Belzec a commencé deux mois après. Au début, ils n'ont pas su précisément comment mettre techniquement et organisationnellement en oeuvre l'extermination des juifs. Les expériences tirées du programme d'euthanasie n'ont pu être que partiellement utilisées car l'ampleur de l'action Reinhard était beaucoup plus grande. Le mois de juillet 1942 est retenu par les historiens comme celui du début de la mission de Globocnik. A l'Aktion Reinhard est également rattachée l'Aktion Erntefest qui n'a cependant pas été menée par les mêmes personnes. Début novembre 1943 dans le district de Lublin presque tous les juifs encore vivants ont été tués dans les camps en l'espace de trois jours. Le nombre de juifs tués s'élève au minimum à 1,7 millions. Odilo Globocnik a déclaré en mai 1945, alors qu'il était en fuite sur le Wörthersee et qu'il se cachait chez une connaissance antérieure, que deux millions de juifs avaient été liquidés.

Depuis Trieste, le 4 novembre 1943, Globocnik a rendu compte à Himmler qu'il avait terminé le 19 octobre 1943 l'Aktion Reinhard menée dans le Gouvernement général de Pologne et qu'il avait fermé tous les camps. Il a également envoyé un rapport conclusif de synthèse. Dans sa lettre de réponse Himmler a remercié Globocnik et lui a exprimé sa reconnaissance pour les services rendus au peuple allemand. De fait l'Aktion Reinhard a rapporté d'énormes revenus au Troisième Reich. Dés l'été 1942 près de 50 000 000 Reichsmarks en billets, devises, pièces et bijoux et aussi environ 1 000 wagons de textiles, dont 300 000 vêtements neufs avaient été collectés. Ces comptes sont à coup sûr sous-évalués. Il ne comprennent pas en effet les biens, en particulier immobiliers, qui ont été volés aux personnes déportées avant leur déportation. Globocnik avait ordonné la constitution d'un fichier central pour recenser les biens juifs volés. Mais les gardes prenaient tout ce dont ils pouvaient avoir besoin.

Un décompte final du 5 janvier 1944 a donné les valeurs suivantes:

Argent collecté en RM 73 852 080,74
Métaux précieux 8 973 651,60
Devises en billets 4 521 224,13
Devises en pièces d'or 1 736 554,12
Bijoux et valeurs diverses 43 662 450,00
Textiles 46 000 000,00

Total     178 745 960,59 RM
Odilo Globocnik est véritablement celui qui a conduit l'Aktion Reinhard. C'est lui qui a imposé aux intérêts économiques d'autres secteurs du Reich et aussi à la Wehrmacht l'assassinat de juifs qui travaillaient dans des entreprises pourtant indispensables à l'effort de guerre. L' Aktion Reinhard est le point culminant de la politique nazie d'extermination des juifs. Dans les camps de l'Aktion Reinhard ont été exterminés davantage d'êtres humains qu'à Auschwitz. Il n'y avait aucune sélection. Ces camps étaient organisés comme des usines de morts ; c'est pourquoi peu d'éxecutants étaient nécessaires.

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