75 ans de commémorations du raid du 19 août 1942 sur Dieppe

Publié le par Anne-Sophie Groué

75 ans de commémorations du raid du 19 août 1942 sur Dieppe

75e anniversaire du 19 août. Toute la semaine, votre quotidien vibre au rythme des commémorations de l’opération Jubilee. Aujourd’hui, l’interprétation du raid et l’évolution de ses commémorations.
 

Parmi les autorités se recueillant devant le monument, le 19 août 1992, le maire Christian Cuvilliez (à g.)

Parmi les autorités se recueillant devant le monument, le 19 août 1992, le maire Christian Cuvilliez (à g.)

Présent aux commémorations du 19 août 1942 « depuis 1971 », il en est l’une des mémoires, pour la Ville de Dieppe. Christian Cuvilliez, ancien député-maire, avoue, comme quasiment tous les Dieppois, ne jamais avoir eu vent du raid du 19 août avant de s’installer dans la ville aux quatre ports : « Fécampois d’origine, j’ai voyagé un peu en Normandie mais nulle part je n’ai vu trace de cet événement douloureux. Ce n’est qu’après que j’ai compris le syndrome dieppois par rapport au 19 août....»

Ancien prof d’Histoire, intellectuel, il a, depuis, eu le temps de théoriser le raid et ses conséquences : « Les Canadiens sous l’autorité des Britanniques, qui aspiraient à un état indépendant, ont revendiqué le sacrifice comme un élément de singularité nationale, dans lequel les oppositions entre francophones et anglophones avaient disparu au profit de l’unité du peuple dans la bataille. Dieppe est, en cela, un point d’appui très fort. »

« Des liens d’une autre nature »

Le « versant dieppois est plus complexe à appréhender (...). Hitler et Goebbels ont voulu faire du raid une opération de propagande sur leur capacité à résister aux attaques alliées, avec des défenses allemandes soi-disant imprenables. Ils ont en outre rendu un hommage appuyé à la population dieppoise qui n’avait, d’après eux, pas collaboré avec l’envahisseur. En fait, la première vague de résistance avait été décimée avant août 1942. La résistance était, alors, passive. Si on se présentait à sa fenêtre, le 19 août, on risquait d’être mitraillé. Puis des habitants ont été réquisitionnés pour ramasser les cadavres dans les rues : obligation n’est pas adhésion ». Mais aussi : « L’argument fallacieux de la collaboration de la ville avec l’ennemi a été utilisé à toutes les sauces : Hitler a proposé une médaille au maire de l’époque, Levasseur, qui a préféré demander que les prisonniers de guerre dieppois soient libérés. » Ce qui fut fait, en deux convois largement commentés qui nourrissent toujours une lourde ambiguïté. « Moi, je n’ai jamais participé à aucune des commémorations de retour des prisonniers dieppois. » Les commémorations dieppoises du 19 août ont eu, depuis, en arrière-plan, « la nécessité d’effacer l’opprobre, de rétablir la vérité et de combattre l’idée que Dieppe avait été une ville collaborationniste. Célébrer le raid perpétue l’idée d’une guerre utile à la victoire, en dégageant dans l’échec les erreurs à ne pas reproduire ».

Plus concrètement, c’est Christian Cuvilliez qui a insufflé un tournant dans les commémorations. « Dans la foulée d’Irénée Bourgois, mon prédécesseur, j’ai voulu donner à l’événement un environnement culturel pour marquer les liens avec le Canada, plus généralement. » D’où, par exemple, la stèle rappelant les liens depuis les grands voyages de découverte. « Il fallait faire en sorte de dépasser les commémorations militaires et le sacrifice pour convoquer des liens d’une autre nature : on a créé le festival de cerf-volant et on est allés le créer au Canada ; on a eu une démarche volontariste de jumelage entre l’hôpital de Dieppe et celui de Laval au Québec pour un échange d’étudiants infirmiers ; Alain Buriot, ancien président de l’association Jubilee, a créé des liens directs avec les familles canadiennes en organisant des hébergements chez les Dieppois ; on a invité une compagnie qui peut s’apparenter à nos Polletais, les Blés d’or ; on a fait venir des sculpteurs sur bois pour le 50e anniversaire ; le maire de la ville rebaptisée « Dieppe » a souvent été reçu ici dans les conditions d’un jumelage... »

Lors de ses trois séjours officiels au Canada - une fois comme maire, deux fois comme député membre du groupe France-Canada - Christian Cuvilliez a toujours été particulièrement bien accueilli, en tant que maire de Dieppe. « Les gens levaient les bras... Venir de Dieppe, ça ouvre des portes. À l’hôpital Sainte-Anne construit pour les vétérans du raid, ils avaient pavoisé toute la façade, les couloirs, les pièces, aux couleurs de la France et de Dieppe pour nous recevoir : un moment très fort. »

75 ans de commémorations

Dans l’édition de Paris-Normandie du 20 août 1982, le compte rendu des cérémonies du 40e anniversaire du raid indique, sous la plume d’Élizabeth Coquart : « Dieppe en rouge et blanc. Dieppe aux couleurs du Canada pour honorer en ce 40e anniversaire du raid de 42, les vétérans. Ils étaient venus très nombreux, Canadiens et Britanniques, pour participer à ces commémorations à la fois émouvantes et grandioses. » À 17 h 30, après la formation du cortège et le passage aux différents monuments, des parachutistes avaient été largués sur la plage...

Dix ans plus tard, en 1992, votre quotidien rend compte du 50e anniversaire du raid sous la plume de Franck Boitelle qui rapporte qu’une « véritable foule, de probablement plus de dix mille personnes sur le front de mer pour la seule prise d’arme, est venue témoigner de son admiration, de sa reconnaissance envers des vétérans émus, parfois jusqu’aux larmes ».

Encore un bond de dix ans dans le temps : en 2002, les cérémonies, toujours remarquables et émouvantes, se déroulent alors que le Mémorial du 19 août 1942 a ouvert ses portes tout récemment, en juin 2002. À l’époque, trois cents vétérans sont encore en vie. Leur doyen, Bruce Carnali, 91 ans, prit la parole lors d’une manifestation au cimetière des Vertus, le 19 août. « Les jeunes générations comprirent ce que respect veut dire », commente un compte rendu en ligne.

Il y a cinq ans, enfin, en 2012, le 70e anniversaire du raid. Dans une brume de mer providentielle après une période de canicule. Jacques Nadeau, disparu en février, avait reçu la médaille de la Ville cette année-là : il manquera à beaucoup, cette année. En 2012, trois plaques avaient été dévoilées à Dieppe, Puys et Sainte-Marguerite-sur-Mer.

Pour en savoir plus, ne pas manquer l’expo « 75 ans de commémorations à Dieppe » au service Communication de la Ville, rue des Maillots, du lundi au vendredi (de 8 h 30 à 12 h et de 13 h 30 à 17 h 30).

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