Il y a 30 ans, le procès de Klaus Barbie

Publié le par Baudouin Eschapasse

Il y a 30 ans, le procès de Klaus Barbie

Le 11 mai 1987 s'ouvrait le procès de l'ancien chef de la Gestapo. Plusieurs expositions reviennent, à Paris et à Lyon, sur cet événement.

N'exprimant ni remords ni regrets, Klaus Barbie refusera même de faire face aux victimes venues témoigner. Il sera néanmoins extrait de sa cellule, à la demande du président de la cour d'assises, à plusieurs reprises. © Mémorial de la Shoah / journal le Progrès de Lyon

N'exprimant ni remords ni regrets, Klaus Barbie refusera même de faire face aux victimes venues témoigner. Il sera néanmoins extrait de sa cellule, à la demande du président de la cour d'assises, à plusieurs reprises. © Mémorial de la Shoah / journal le Progrès de Lyon

Sa cavale aura duré près de quarante ans. Klaus Barbie, ancien SS et zélé gestapiste ayant sévi à Amsterdam, Dijon puis Lyon, était parvenu à fuir en Amérique latine après la guerre. Surnommé « le boucher de Lyon » en raison des nombreuses atrocités qu'il a commises pendant son séjour dans la préfecture du Rhône de février 1943 à septembre 1944, il aura échappé pendant quatre décennies à toute poursuite judiciaire.

Tranquillement installé au Pérou, puis en Bolivie, il travaille pendant plusieurs décennies pour les services secrets du pays (ses méthodes d'interrogatoire sont utilisées par la dictature contre les opposants). En 1971, le parquet de Munich rend un non-lieu en sa faveur. L'ancien dignitaire nazi, bien que repéré par les services secrets américains, allemands et français, croit alors éviter d'avoir à répondre de ses actes. D'autant que les protections dont il bénéficie au plus haut niveau de l'État bolivien empêchent son extradition vers la France.

Une longue traque

Retrouvé par les époux Klarsfeld, qui envisagent un moment de l'enlever comme les services secrets israéliens l'avaient fait avec Adolf Eichmann en mai 1960, l'homme est interviewé par le journaliste Ladislas de Hoyos, le 3 février 1972. Celui qui se présente alors sous l'identité d'emprunt Klaus Altmann se trahit lui-même pendant l'entretien en répondant à une question, posée par le reporter en français. Alors qu'il prétend ne pas parler la langue de Molière, il répond pourtant sans hésiter à Ladislas de Hoyos lorsque ce dernier lui demande s'il a vécu à Lyon. « Il s'est coupé à ce moment-là », confie Christian Van Ryswick, le cameraman qui réalise l'enregistrement pour la deuxième chaîne publique.

Il faudra cependant attendre la chute du dictateur bolivien Hugo Banzer et la démocratisation du régime bolivien pour que les autorités l'arrêtent et acceptent de le livrer à la justice française. En détention, Klaus Altmann reconnaît vite être Barbie, avoir participé à l'arrestation de résistants, notamment celle de Jean Moulin. Mais il nie être responsable de la déportation de juifs. Ses dénégations seront balayées par des dizaines de témoignages et de documents prouvant son implication active dans la Shoah.

Un procès historique

Extradé le 5 février 1983, Klaus Barbie sera jugé par la cour d'assises du Rhône, à Lyon, du 11 mai au 4 juillet 1987. Ce sera le premier procès pour crime contre l'humanité en France. Et, pour la première fois aussi, en vertu d'une loi voulue par Robert Badinter, alors garde des Sceaux, ce procès d'assises est filmé. Plusieurs expositions retracent aujourd'hui le déroulement de ce procès au cours duquel 107 témoins et 42 avocats ont pris la parole. Le mémorial de la Shoah expose à Paris de très nombreux documents, souvent inédits, évoquant à la fois l'enquête qui conduisit à son interpellation et sa condamnation, dont une partie des archives de Serge et Beate Klarsfeld. On y découvre des notes des services secrets qui témoignent que l'identité de Klaus Barbie et son lieu de résidence étaient connus depuis près de vingt ans au moment où il fut enfin arrêté. On y apprend aussi qu'il fut interrogé par des fonctionnaires d'État français au début des années 60 !

« De larges extraits des audiences et des journaux télévisés de l'époque rendent compte de l'onde de choc provoquée en France et à l'étranger et mettent en lumière le réveil de la mémoire juive et résistante après le procès », explique Dominique Missika, commissaire de cette exposition. Les témoignages des survivants et témoins de l'époque sont bouleversants. Notamment les prises de parole de Fortunée Benguigui et Ita-Rose Halaunbrenner, qui perdirent chacune trois enfants dans la rafle d'Izieu qu'organisa Klaus Barbie.

Scellé n°4 contenant le télégramme d'Izieu, retrouvé dans les archives et examiné à l'audience du procès Barbie le 15 mai 1987.  © Mémorial de la Shoah

Scellé n°4 contenant le télégramme d'Izieu, retrouvé dans les archives et examiné à l'audience du procès Barbie le 15 mai 1987. © Mémorial de la Shoah

Au cœur de cette exposition remarquable figure la pièce maîtresse de l'accusation : un télégramme envoyé par Klaus Barbie où il rend compte de l'arrestation des 44 enfants d'Izieu. Ce document atteste que le responsable de la Gestapo joua un rôle-clé dans la déportation de ces enfants de 2 à 14 ans d'abord à Drancy puis à Auschwitz. Il indique qu'il savait pertinemment le sort qui les attendait.

« C'était la guerre, la guerre est finie »

Klaus Barbie fut condamné, le 4 juillet 1987, à la réclusion à perpétuité pour la rafle de l'Union générale des israélites de France (UGIF) le 9 février 1943, rue Sainte-Catherine à Lyon, la déportation des enfants de la colonie d'Izieu, dans l'Ain, avec cinq adultes le 6 avril 1944, la déportation d'environ 650 personnes par le dernier train qui quitta Lyon le 11 août 1944 sous escorte allemande. Au président de la cour d'assises qui, avant de prononcer le verdict, lui demandait ce qu'il avait à déclarer pour sa défense, Barbie avait eu ses mots : « C'était la guerre, la guerre est finie ». Jusqu'au dernier jour, il n'aura exprimé aucun remord. Il est mort trois ans plus tard, en détention.

À Lyon, plusieurs expositions sont organisées cet été. Dans le palais de justice de la ville, où eurent lieu les 37 journées d'audiences précédant le prononcé du jugement, se tiendront, le 3 juillet, des lectures et projections d'extraits du procès. Les noms des victimes de Klaus Barbie seront récités. La prison Montluc, là même où, pendant l'Occupation, furent torturés sur son ordre résistants et juifs, se tiendra une autre exposition à partir du 14 septembre. Les archives du Rhône et de la métropole, où sont conservés les documents du procès de 1987 et ceux de Montluc, ouvriront également au public pour exposer certaines pièces à conviction. Enfin, le Centre d'histoire de la Résistance et de la Déportation organisera, pendant l'été et l'automne, plusieurs conférences sur ce procès. « Un procès ordinaire pour un crime qui ne l'était pas », insiste Dominique Missika.

Mémorial de la Shoah, 17 rue Geoffroy-l'Asnier 75 004 Paris. Exposition jusqu'au 15 octobre 2017. Entrée gratuite. 

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