"Il faisait froid dans le dos" : témoignage du gendarme isérois qui avait ramené Klaus Barbie à Lyon pour son procès

Publié le par Jacky Page, France Bleu Isère et France Bleu

"Il faisait froid dans le dos" : témoignage du gendarme isérois qui avait ramené Klaus Barbie à Lyon pour son procès

Au mémorial d'Izieu, une journée de rencontres et d'échanges ce dimanche 14 mai marque les 30 ans du procès de Klaus Barbie. Un procès rendu possible par l’extradition décidée par la Bolivie où l’ancien chef de la Gestapo de Lyon s’était réfugié. Un gendarme isérois l’avait ramené à Lyon.

 Dans l'avion qui l'amenait en France pour y répondre de ses crimes, Klaus Barbie a le plus souvent dormi, sous la garde du gendarme Charles Reverchon. - .

Dans l'avion qui l'amenait en France pour y répondre de ses crimes, Klaus Barbie a le plus souvent dormi, sous la garde du gendarme Charles Reverchon. - .

Le premier procès en France pour crime contre l'humanité s’était ouvert le 11 mai 1987 devant la cour d'assises du Rhône. Avec pour accusé l'ancien chef de la Gestapo à Lyon, le tortionnaire de Jean Moulin, entre autres. Quatre ans plus tôt, c'est en Guyane, à Cayenne, que Klaus Barbie avait été débarqué d'un avion de l'armée bolivienne. Et c'est sous la garde d'un jeune gendarme originaire de Saint-Jean-de-Bournay, que le prisonnier avait été transféré en métropole à bord d'un DC8.

Aujourd'hui retraité de la gendarmerie, le major Charles Reverchon n'est pas près d'oublier l’aube de ce 6 février 1983. Il était en poste depuis moins d’un an au peloton mobile de Cayenne, et au milieu de la nuit, on l’avait juste informé qu’il était investi d’une mission « secret défense », le transfèrement d’une personne en métropole. C’est en arrivant à l’aéroport de Cayenne-Rochambeau qu’il a enfin compris, en entendant le préfet prononcer le nom de Klaus Barbie.

"Un regard qui faisait froid dans le dos"

En montant dans l’avion militaire bolivien qui venait de se poser, Charles Reverchon s’est trouvé face à un vieil homme qui lui a demandé « Allemagne ? ». Quand il lui a répondu « non, Cayenne, France », Barbie a semblé se sentir mal. Le gendarme l’a soutenu. L’ancien responsable nazi comprenait ce qui l’attendait. Mais même abasourdi, Klaus Barbie conservait un côté inquiétant, « ce regard perçant qui faisait froid dans le dos ».

Ne restait plus qu’à lui passer les menottes et l’accompagner jusqu’à bord d'un DC8 pour le voyage jusqu’en métropole. Pendant le trajet, Klaus Barbie est resté silencieux, dormant le plus souvent. Face à un vieillard et dans un avion, le gendarme ne s’attendait guère à une évasion, mais une tentative de suicide restait toujours possible. « Quand il allait aux toilettes au fond de l’avion, on laissait la porte entrouverte pour éviter ce genre de problème ».

Aujoud'hui retraité de la gendarmerie avec le grade de major, Charles Reverchon n'est pas près d'oublier sa mission avec Klaus Barbie. © Radio France - Jacky Page

Aujoud'hui retraité de la gendarmerie avec le grade de major, Charles Reverchon n'est pas près d'oublier sa mission avec Klaus Barbie. © Radio France - Jacky Page

Tu aurais dû l’estourbir"

Le voyage aérien étant achevé, le périple n’était pas terminé. Il fallait encore en voiture amener le prisonnier jusqu’à Lyon, plus exactement à la prison de Montluc, là-même où les nazis avaient détenu tant de leurs victimes. La mission de Charles Reverchon avait pris fin dans le bureau d’un magistrat, en présence de l’avocat de Klaus Barbie, Maître Jacques Vergès, qui s’était empressé de demander à son client s’il avait été bien traité depuis son extradition.

Klaus Barbie s’était alors tourné vers le gendarme qui se tenait derrière lui et avait répondu « impeccable ». A Saint-Jean-de-Bournay, Charles Reverchon est resté celui qui a ramené Barbie en France. Même si sa grand-mère aurait préféré une autre issue. « Tu aurais dû l’estourbir », lui avait-elle dit dans son patois. Le jeune gendarme n’y avait pas pensé un seul instant. « On a quelqu’un à ramener, la mission prime ».

Jugé à Lyon, Klaus Barbie avait été condamné le 4 juillet 1987 à la réclusion criminelle à perpétuité. Il était mort des suites d'un cancer le 25 septembre 1991.

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