Panama. Mort d’“un des derniers hommes forts d’Amérique latine”, l’ex-dictateur Noriega

Publié le par Gérard Maïder

Panama. Mort d’“un des derniers hommes forts d’Amérique latine”, l’ex-dictateur Noriega

Au soir du 29 mai, l’ex-commandant en chef Manuel Antonio Noriega est mort à l’âge de 83 ans. Le décès de cet ancien dictateur, renversé par les États-Unis, ferme un chapitre de l’histoire panaméenne.

Le général Manuel Antonio Noriega lors d’un discours le 20 mai 1988 à Panamá. Angel Murillo / AFP

Le général Manuel Antonio Noriega lors d’un discours le 20 mai 1988 à Panamá. Angel Murillo / AFP

“Il n’a jamais eu le titre de président du Panama mais, entre 1983 et 1989, durant son gouvernement militaire, peu de choses se faisaient dans le pays sans l’approbation de Manuel Antonio Noriega, un des derniers hommes forts de l’Amérique latine du XXe siècle”, relève BBC Mundo. Mort à 83 ans, le 29 mai, des suites d’une opération pour traiter une tumeur cérébrale, l’ex-dictateur était poursuivi pour ses crimes depuis 1989.

Emprisonné au Panama en 2011, l’ex-chef militaire purgeait dans son pays natal une peine de plus de soixante ans pour assassinat d’opposants et disparitions sous son gouvernement. Le président panaméen, Juan Carlos Varela, s’est exprimé le 30 mai sur Twitter, déclarant que sa mort “clôt un chapitre de notre histoire”.

Un despote qui a plongé le pays dans le chaos

L’homme surnommé “cara de piña” [“tête d’ananas”], à cause des cicatrices sur son visage laissées par la variole, était “un des despotes les plus craints” du continent, affirme le site Univisión.

Ce militaire de carrière, qui voulait à l’origine être médecin, est arrivé au sommet du pouvoir grâce à sa rencontre avec le général Omar Torrijos au début des années 1960. “Sa loyauté envers le général Omar Torrijos après le coup d’État militaire de 1968 a été récompensée avec sa nomination à la tête du dispositif de renseignement militaire, G2, ce qui, de fait, l’a propulsé deuxième homme puissant du Panama”, décrypte BBC Mundo. Après la mort “étrange” de Torrijos dans un accident aérien en 1981, Noriega s’est hissé au grade de général puis finalement de commandant en chef du pays.

“Durant les trois années suivantes, il a plongé le Panama dans le chaos, un chaos qui s’est achevé avec une énorme invasion militaire américaine [en décembre 1989], l’arrestation de Noriega et son extradition vers les États-Unis”, résume le site Univisión.

Un allié devenu ennemi

À cette période, des milliers de troupes américaines étaient basées au large du canal du Panama pour protéger le commerce entre les États-Unis et l’Asie. Des bases militaires que le dictateur voulait voir fermer en vertu du traité Torrijos-Carter de 1977, qui donnait le contrôle du canal au Panama. Le 20 décembre 1989 “a été la seule fois où Washington a envoyé des troupes pour destituer et emprisonner un dirigeant en Amérique latine”, rappelle Univisión. Dans les années 1980, Noriega avec sa “démagogie antiaméricaine”, était devenu “une véritable épine dans le pied de la politique extérieure des États-Unis”, se souvient le média en ligne.

Pourtant, le dictateur est un ancien allié des États-Unis. En pleine guerre froide, il transmettait des informations aux Américains sur Cuba et les Soviétiques. C’est donc son ancien allié qui l’a jugé à Miami pour trafic de drogue, blanchiment d’argent et liens avec le crime organisé. Il est condamné en 1992 à quarante ans de prison, une peine réduite plus tard à dix-sept ans pour bonne conduite.

En 2010, il est extradé vers la France, où il avait été condamné par contumace à dix ans de prison pour blanchiment d’argent en 1999.

En 2011, il est finalement extradé au Panama pour être incarcéré. Il a été “reçu avec un mélange de curiosité et d’appréhension et a été confronté à une longue liste d’accusations portant sur les atteintes aux droits de l’homme commises sous sa présidence”, raconte BBC Mundo.

Pour le site Univisión, “l’Amérique latine a connu bon nombre de dictateurs militaires, mais le général panaméen Manuel Antonio Noriega, qui est mort lundi à 83 ans, a été unique”. Il résume le personnage ainsi :

    "Ce chef qui aimait brandir une machette lors de ses discours et qui, quelques fois, a donné des informations à la CIA [agence de renseignement américaine], a été complice des trafiquants colombiens de cocaïne, mais il a aussi été un appui à la gauche révolutionnaire d’Amérique centrale. Aucun autre leader de cet hémisphère n’a mélangé autant d’éléments apparemment aussi contradictoires dans sa quête de pouvoir.

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