Mort de Simone Veil : dépor­tée, elle avait échappé à la mort grâce à sa beauté

Publié le par Geneviève Cloup

Mort de Simone Veil : dépor­tée, elle avait échappé à la mort grâce à sa beauté

« Vous êtes trop jolie pour mourir » lui dit une kapo. Simone Veil vient de mourir à l'âge de 89 ans. Dépor­tée dans les camps à Ausch­witz à l'âge de 16 ans, elle échap­pera au pire grâce à sa beauté. Une jeune fille du même âge, Marce­line Rozen­berg (qui devien­dra la cinéaste Marce­line Lori­dan-Ivens) déte­nue elle aussi dans le même baraque­ment a raconté un jour leur quoti­dien. Et l'incroyable histoire de Simone

Mort de Simone Veil : dépor­tée, elle avait échappé à la mort grâce à sa beauté

L'ancienne ministre Simone Veil, qui avait porté la loi léga­­li­­sant l'avor­­te­­ment en 1974, est morte vendredi matin, a annoncé à l'AFP son fils Jean Veil.« Ma mère est morte ce matin à son domi­­cile. Elle allait avoir 90 ans le 13 juillet », a indiqué l'avocat. 

La cinéaste Marce­line Lori­dan-Ivens qui fut égale­ment dépor­tée à Auschw­tiz avait raconté dans Paris-Match la nais­sance de leur amitié au cœur de l'enfer.

Fille de parents juifs polo­nais, Marce­line qui se nomme alors Rozen­berg, 15 ans, est dépor­tée avec son père une nuit de l’hi­ver 1944. Trans­fé­rés d'abord à Drancy, on les entasse un matin par groupes de soixante dans des wagons à bestiaux. Desti­na­tion : le « camp de travail » d’Au­sch­witz-Birke­nau. Là, en rang par cinq, on leur tatoue un numéro sur l'avant-bras et sont conduits dans des baraques ­sinistres -Simone Veil portera le numéro 78651, elle le fera graver sur son épée d’aca­dé­mi­cienne.

C'est alors que la jeune Marce­line rencontre une autre jeune Française : Simone. « Avec sa mère et sa sœur, elle se trouve sur une des planches du baraque­ment, juste en face de moi, se souvient-elle dans le maga­zine il y a quelques années. Elle a 16 ans et demi et je la trouve très belle. Il émane des trois une sorte de force qui m’at­tire et m’im­pres­sionne. »

Tous les jours, dès quatre heures du matin, elles sont comp­tées, puis on les astreint à des corvées humi­liantes et inutiles : porter des pierres à 500 mètres de là en courant, pour les rame­ner à l’en­droit initial. Habillées de loques, affa­mées, la morsure de l'hiver les terrasse. Mais Marce­line et Simone sont jeunes. Et rebelles. Un jour elle décide de se planquer pour échap­per aux corvées. Alors qu'il faut, comme chaque matin après l'appel, entas­ser les paillasses et les recou­vrir d’une couver­ture, elles se glissent entre deux mate­las et se cachent. C'est risqué. Si elles sont décou­vertes, elles risquent d'être exécu­tées sur le champ. Mais dans le noir, les deux jeunes filles se tiennent chaud. Et ne seront pas décou­vertes. 

Peu après elles sont trans­fé­rées du bloc A au bloc B. Ensemble -une chance. Douze heures par jour, elles creusent des tran­chées et cassent des cailloux. Pour tenir, elles échangent discrè­te­ment des bribes d'histoires, des bribes de souve­nirs, elles convoquent la vie « Pour oublier que, tôt ou tard, on passera au gaz » lâche Marce­line. Car elles savent. Il leur arrive de fredon­ner un air. Leur jeunesse les tient debout. « Ce n’est bien sûr pas de la joie, mais tout ce qui fait du bien est bon à prendre ! Il faut tenir le plus long­temps possible. » résume Marce­line.

Et puis Simone est trans­fé­rée dans un autre camp, moins dur, après qu’une kapo (ces dépor­tés enrô­lés pour faire régner l’ordre) polo­naise, une ancienne pros­ti­tuée, lui eut dit : « Toi, tu es trop jolie pour mourir ». Ce trans­fert va lui éviter une mort certaine, mais ne suffira pas à sauver celle de sa mère adorée qui s'effon­drera quelques semaines plus tard d’épui­se­ment. Marce­line et Simone se perdent alors de vue. La première sera libé­rée avec sa sœur le 18 janvier 1945, la seconde en mai. Mais les jeunes femmes ne se retrou­ve­ront qu'en 1956, par hasard. « Nous revoir vivantes fut un immense bonheur, a confié Marce­line Lori­dan-Ivens. Je la consi­dère comme une sœur. Les souve­nirs qui nous lient sont ­tel­le­ment puis­sants, la bles­sure telle­ment profonde que je sais qu’on s’ai­mera toujours. » Toujours.

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