La Grande Guerre vue de Roubaix - Paul Destombes lance un plaidoyer contre les têtes couronnées

Publié le par Julien Gilman

La Grande Guerre vue de Roubaix - Paul Destombes lance un plaidoyer contre les têtes couronnées

Chaque semaine, nous suivons à travers son journal l’architecte Paul Destombes, durant la Grande Guerre, à Roubaix.

Le Kaiser Guillaume II en compagnie de l’un de ses fils et de son petit-fils. Paul Destombes compare le sort enviable des enfants de l’empereur à celui des jeunes soldats envoyés au front.

Le Kaiser Guillaume II en compagnie de l’un de ses fils et de son petit-fils. Paul Destombes compare le sort enviable des enfants de l’empereur à celui des jeunes soldats envoyés au front.

La République, c’est la paix. Voilà ce qu’écrit en substance Paul Destombes au début du mois de juin 1917 et ce que lui inspire l’enthousiasme déclinant des soldats allemands pour le Kaiser. «  Le diapason a beaucoup baissé et il devient vraisemblable que, l’exemple de la Russie aidant, toutes les nations d’Europe vont se faire républicaines avant dix ans  », prophétise-t-il. Paul Destombes, comme tous ses contemporains, ne voit pas venir les bolcheviks et la Révolution d’Octobre, mais il anticipe la chute des empires allemand et austro-hongrois.

« D’homme à homme, quelle raison ai-je de vouloir la mort d’un citoyen allemand ? »

Pour le Roubaisien, qui cite les Éléments d’instruction civiques d’Alphonse Aulard, la guerre est affaire de monarques qui poussent les peuples à se battre entre eux. «  D’homme à homme, quelle raison ai-je de vouloir la mort d’un citoyen allemand ? s’interroge Paul Destombes. Pourquoi dès lors, un monsieur couronné, un vieillard comme François-Joseph (l’empereur d’Autriche, NDLR), ou un malade, un impulsif comme Guillaume (qui règne sur l’Allemagne, NDLR), met-il dans la main de cet Allemand qui n’a pas non plus la moindre raison «raisonnable» de me haïr, et de me supprimer, l’arme homicide ?  »

« Les pauvres enfants »

L’architecte, plusieurs fois grand-père, est également choqué par la jeunesse des nouvelles recrues allemandes. «  Les pauvres enfants, ils ne paraissent pas voir plus de seize à dix-sept ans ! Ils ont été enlevés à l’école et à leur mère pour aller se faire tuer dans quelque tranchée d’Artois ou d’Ypres !  » se désole-t-il. Surtout, il compare ce sort funeste à celui des enfants de Guillaume II. Paul Destombes évoque ainsi «  ces petits qui sont envoyés pour faire la récolte des lauriers du Kaiser, qui n’y trouveront qu’une mort obscure, tandis que les cinq fils de l’empereur, tenus bien soigneusement à l’abri du moindre éclat d’obus, méditent une rentrée triomphale à Berlin  ». Le Roubaisien a également cinq fils, tous mobilisés, dont l’un, Lucien, est décédé en juin 1915.

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