« L’attentat contre Heydrich a montré que les Tchèques n’étaient pas les alliés des nazis »

Publié le par Alžběta Ruschková

« L’attentat contre Heydrich a montré que les Tchèques n’étaient pas les alliés des nazis »

Il y a 75 ans de cela, la résistance tchécoslovaque réalisait une des opérations les plus marquantes de la résistance à l’occupant allemand, l’opération Anthropoid. Deux de ses membres, Jan Kubiš et Jozef Gabčík, parvenaient en effet à assassiner le haut dignitaire nazi Reinhard Heydrich, l’un des principaux organisateurs de la « solution finale ». La République tchèque commémore ces jours-ci ces événements qui ont permis de montrer au monde entier que les Tchécoslovaques étaient loin d’être passifs face à la barbarie nazie. 

La reconstitution historique de l'attentat, photo: ČTK

La reconstitution historique de l'attentat, photo: ČTK

Le 25 mai 1942, à 10h 35, deux parachutistes envoyés depuis le siège de la résistance tchécoslovaque à Londres attaquent, au détour d’un virage, dans le quartier de Libeň, à Prague, la Mercedes du Protecteur de Bohême-Moravie, Reinhard Heydrich. La mitraillette de Gabčík s’étant enrayée, Kubiš balance une bombe sous les roues de la décapotable allemande. Le numéro deux de la Waffen-SS et un des hommes les plus puissants du Troisième Reich, Reinhard Heydrich, est gravement touché et il meurt des suites de ses blessures le 4 juin 1942.

Ce samedi, exactement 75 ans se sont écoulés depuis cet acte exceptionnel de la résistance tchécoslovaque. Les Pragois ont commémoré l’attentat tout près de l’endroit où il avait été perpétré, avec une reconstitution historique :

« Chers visiteurs, mesdames, messieurs, chers enfants. Soyez les bienvenus en 1942. Je m’appelle Jiří Padevět et j’ai l’honneur de commémorer avec vous ce samedi un événement parmi les plus importants de l’histoire tchèque moderne. Vous pouvez voir le kiosquier Karel Douša vendre des cigarettes, des journaux et des magazines aux passants. Dans quelques instants, il deviendra témoin de l’attentat. Pour l’instant, il ne sait rien. Remarquez également ces deux jeunes hommes dont l’acte va changer l’histoire tchèque à jamais. Le Morave Jan Kubiš et le Slovaque Jozef Gabčík, arrivés sur place à vélo depuis l’appartement de leurs sympathisants, attendent l’arrivée du protecteur de Bohême-Moravie. »

La crypte de l'église orthodoxe Saints-Cyrille-et-Méthode, photo: Ondřej Tomšů

La crypte de l'église orthodoxe Saints-Cyrille-et-Méthode, photo: Ondřej Tomšů

Les deux auteurs de l’attentat réussissent à se sauver. Recherchés pendant quinze jours par la Gestapo et finalement trahis par un autre membre de la résistance, ils sont finalement tués, avec plusieurs de leurs collègues ayant participé aux préparatifs de l’attentat, dans l’église orthodoxe Saints-Cyrille-et-Méthode, où ils avaient trouvé refuge, après un combat long de près de six heures avec quelque sept cents soldats allemands. Historien au sein de l’Académie tchèque des Sciences, Vojtěch Kyncl explique l’importance de ce sacrifice :

« La résistance tchécoslovaque avait besoin de prouver que les Tchèques n’avaient pas été brisés par l’année 1938 et par l’occupation de la Tchécoslovaquie. Le plus grand mérite de cet attentat est qu’il a permis de montrer au monde entier que les Tchèques n’étaient pas les alliés des nazis et qu’ils voulaient, tout au contraire, regagner leur liberté perdue. »

Lidice, photo: ČT24

Lidice, photo: ČT24

70 ans depuis la reconstruction de Lidice

En représailles de l’assassinat, la Gestapo arrête et exécute des centaines de personnes, souvent des familles entières, soupçonnées d’avoir apporté leur soutien aux parachutistes. Le symbole de cette vendetta devient alors le massacre des deux villages, Lidice et Ležáky, rasés par les nazis les 10 et 24 juin 1942. Les Allemands pensaient que les deux communes avaient caché des membres de la résistance. Les maisons y ont été complètement détruites, la majorité de la population locale tuée ou envoyée dans des camps de concentration.

Située à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Prague, la commune de Lidice a été reconstruite après la guerre, à l’ouest de son emplacement initial, lequel a laissé la place à un mémorial. La construction du nouveau village a débuté en 1947. Historien militaire, le colonel Eduard Stehlík est revenu sur cette épisode :

« Les maisons ont été construites assez rapidement. Il a été décidé que chaque femme et chaque orphelin qui avaient survécu et qui souhaitaient revenir à Lidice, y recevraient une maison neuve. »

Miloš Zeman à Lidice, photo: ČTK

Miloš Zeman à Lidice, photo: ČTK

Ce samedi, le village, qui compte aujourd’hui 565 habitants, a célébré le 70e anniversaire de sa renaissance, en présence notamment du président de la République, Miloš Zeman, ainsi que de l’ambassadrice du Royaume-Uni à Prague, Jan Thompson, et du chargé d’affaires de l’ambassade américaine, Kelly Adams-Smith.

Dans les journées et semaines à venir, d’autres actions commémorant l’attentat contre Heydrich et les événements qui l’ont suivi seront organisées un peu partout en République tchèque. Actuellement, une exposition sur l’opération Anthropoid est à voir, jusqu’au 15 juin, dans le parc de Klárov, au cœur de Prague.

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