L'ancien dictateur panaméen Manuel Noriega est mort

Publié le par Ici Radio-Canada

L'ancien dictateur panaméen Manuel Noriega est mort

L'ancien dictateur panaméen Manuel Noriega, condamné à de multiples peines de prison pour homicide, trafic de drogue et blanchiment d'argent, est mort à l'âge de 83 ans, a annoncé mardi le président de ce pays d'Amérique centrale, Juan Carlos Varela.

L'ancien homme fort du Panama Manuel Noriega le 15 décembre 2011. Photo : Reuters/Archives

L'ancien homme fort du Panama Manuel Noriega le 15 décembre 2011. Photo : Reuters/Archives

Opéré pour une tumeur au cerveau en mars dernier, il a sombré dans le coma à la suite d'une grave hémorragie qui a nécessité une seconde intervention chirurgicale. De source gouvernementale panaméenne, on précise que son décès a été enregistré lundi soir vers 23 h (heure locale).

Sur Twitter, le président Varela ajoute que sa mort clôt un chapitre de l'histoire du Panama, que Manuel Noriega a dirigé de 1983 à 1989 avant d'être renversé par l'armée américaine.

Né le 11 février 1934 dans le quartier difficile de San Felipe, élevé par un ami de la famille, ce militaire de carrière a gravi les échelons du pouvoir au sein du régime d'Omar Torrijos. Le putschiste de 1968 le qualifiait de « semi-bandit », mais il lui avait confié la direction du renseignement militaire, puis de la police politique.

Surnommé « Cara de piña » [Tête d'ananas] en raison des cicatrices d'acné dont son visage était grêlé, Noriega avait opéré pour le compte de la CIA dès les années 1970, tout en s'associant avec les narcotrafiquants colombiens, dont Pablo Escobar, pour acheminer de la cocaïne vers les États-Unis.

La chute

Entre 1970 et 1987, son nom va apparaître dans pas moins de 80 affaires différentes suivies par les agents de la DEA, l'agence fédérale américaine de répression des narcotrafiquants. Mais il se sert des protections qu'il a su mettre en place et de son rôle aux avant-postes de la lutte contre les mouvements d'inspiration communiste d'Amérique centrale pour se maintenir.

Le vent tourne quand il se rapproche du Cubain Fidel Castro et du Libyen Mouammar Kadhafi. En février 1988, la justice des États-Unis l'inculpe pour trafic de cocaïne et blanchiment d'argent.

En décembre 1989, le président américain George H. Bush ordonne l'invasion du Panama. L'opération Juste Cause à laquelle participent 28 000 soldats met fin en quelques jours à son régime brutal, gangrené par le trafic de drogue.

Noriega, un temps réfugié à la nonciature catholique, finit par se livrer en janvier 1990. Il passe le restant de ses jours en détention entre les États-Unis, la France et le Panama pour des crimes associant meurtre, trafic de drogue, blanchiment d'argent et extorsion de fonds.

Condamné une première fois par la justice américaine en 1992 à 40 ans de prison, il est ensuite jugé et condamné en France pour blanchiment d'argent en 2010, puis transféré à la fin de l'année suivante au Panama, où il purge une peine pour meurtre. La justice lui accorde le droit de sortir temporairement de prison pour se faire opérer.

Le premier narco-État

Dans un rapport publié en décembre 1988, une commission sénatoriale aux États-Unis estimait que Noriega avait créé « le premier narco-État des Amériques » au vu et au su des responsables américains et le qualifiait de « meilleur exemple dans la politique étrangère récente des États-Unis de la manière dont un dirigeant étranger peut manipuler les États-Unis au détriment de nos propres intérêts ».

Selon ce rapport établi par la sous-commission des Affaires étrangères chargée du terrorisme et des narcotiques, « l'incapacité à agir de responsables américains était largement le produit des relations que des responsables panaméens avaient nouées avec les agences fédérales du renseignement et du maintien de l'ordre ».

Le rapport soulignait par exemple comment Noriega avait manipulé les agents de la DEA en leur donnant des informations conduisant à des saisies et à des arrestations tout en préservant ses propres activités en lien avec les narcotrafiquants colombiens du cartel de Medellín.

« En conséquence de quoi, la DEA se focalisait sur cette coopération et ignorait l'implication évidente de Noriega avec le cartel de Medellín », ajoutaient les sénateurs. Ils évoquaient aussi l'aide apportée par le général Noriega aux Contras nicaraguayens, soutenus par l'administration de Ronald Reagan contre le pouvoir sandiniste.

À la suite de sa capture, l'ex-dictateur a tenté de convaincre qu'il avait travaillé de mèche avec les États-Unis. Dans un mémoire rédigé en prison, il attribuait son renversement à son refus de s'aligner sur Washington dans les conflits liés à la guerre froide en Amérique centrale et se présentait en héros nationaliste.

À la tête du pays, Noriega a orchestré la disparition de dizaines d'opposants. Plusieurs corps ont été par la suite exhumés dans l'ancienne base militaire de Tocumen, entravés et portant des marques de torture.

En 2015, il a demandé à ses compatriotes de lui accorder leur pardon.

« Nous devrons nous souvenir de cette ère comme d'une chose qui ne devra jamais se reproduire au Panama », a déclaré à la télévision Aurelio Barria, qui a été une des figures de la Cruzada Civilista, un mouvement de lutte contre la dictature.

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