Christian Cabrol, pionnier de la greffe du cœur, est mort

Publié le par Laurance N'kaoua

Christian Cabrol, pionnier de la greffe du cœur, est mort

A jamais associé à la première greffe du cœur en Europe. L’éminent chirurgien s’est éteint vendredi à l’âge de quatre-vingt-onze ans.

Le professeur Christian Cabrol en juin 2001 - AFP/ Pierre-Franck Colombier

Le professeur Christian Cabrol en juin 2001 - AFP/ Pierre-Franck Colombier

Christian Cabrol s'en est allé. Mais son nom restera. A jamais associé à la première greffe du coeur en Europe. L'éminent chirurgien s'est éteint vendredi à l'âge de quatre-vingt-onze ans.

Clin d'oeil du destin, ce ponte de la médecine moderne est décédé à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, là où il avait réalisé, un jour de printemps en 1968, la première transplantation cardiaque en France. Une performance, quatre mois seulement après la première greffe réussie au monde par le professeur sud-africain Christiaan Barnard au Cap.

53 heures de survie

C'était il y a près d'un demi-siècle. Et à l'époque, ce grand gaillard, volubile, s'était heurté à l'hostilité de ses pairs. Le patient, Clovis Roblain, âgé de soixante-six ans, n'avait survécu que 53 heures. "Certains pensaient qu'il fallait être un peu fou", avait confié Christian Cabrol à la presse. Car en ce temps là, les greffes n'amélioraient guère la survie des malades. Qu'importe. La prouesse médicale était là.

Dix ans plus tard, l'apparition des ciclosporines, puissants médicaments antirejet, font reculer la mort. Ainsi, en 1982, quatorze ans après son exploit, Christian Cabrol réalise la première transplantation cardio-pulmonaire, puis, en 1986, la première implantation d'un coeur artificiel. L'engin, baptisé Jarvik 7 est conçu pour les patients en attente de greffe.

Avec son équipe soudée, cet homme chaleureux, un brin vouté, cheveux de neige et large sourire, sera à l'origine de 1.500 greffes. "Il était extrêmement humain et proche de ses patients", a raconté à l'AFP son ex-collaborateur, Iradj Gandjbakhch à propos du médecin qui a notamment sauvé la vie à l'actrice Mireille Darc en 1980.

Christian Cabrol a opéré jusqu'à l'âge de 65 ans, formant une cinquantaine d'élèves. "Au début, la chirurgie cardiaque en France c'était un peu le départ pour la Lune. Mais grâce à sa ténacité, il a créée une dynamique, une école. Il avait une grande capacité à entraîner les hommes. Et il était toujours présent. Quand on opérait, fatigués, au milieu de la nuit, le téléphone sonnait. C'était lui. Sa phrase était toujours la même : il disait 'Vous en êtes où les petits gars ?' Et nous répondions, tout va bien, Monsieur", raconte le professeur Alain Pavie, qui fut son élève et le patron de l'Institut de cardiologie de la Pitié-Salpêtrière.

"Des parents paysans"

Enfant, Christian Cabrol, né à Chézy-sur-Marne, dans l'Aisne travaille parfois la terre aux côtés de ses parents, paysans. Mais son grand-père, médecin de campagne, le persuade de devenir chirurgien. Après les maristes, le jeune garçon deviendra interne des hôpitaux de Paris dans le service du professeur Gaston Cordier, spécialisé en chirurgie thoracique, qui le prend sous son aile.

L'étudiant en médecine se passionne pour l'anatomie et présente, sous la houlette de Gaston Cordier, un mémoire sur le "poumon". Après quatre ans de recherches, celui qui deviendra professeur d'anatomie en 1955 publiera deux livres qui feront référence. Avant de traverser l'Atlantique pour apprendre à Minneapolis, les gestes de la chirurgie à coeur ouvert auprès de Walton Lillehei, pionnier mondial et roi du coeur. A l'époque, dans les années 1950, les Etats-Unis sont à la pointe du progrès médical : le recours à la Pénicilline, aux transfusions sanguines, aux anesthésies y sont légions...

"Grand comédien"

On le dit déterminé, capable de déplacer des montagnes. Il le fera. A Paris, il créera dès 1989, Adicare, Association pour le développement et l'innovation en cardiologie. Le "professeur Cabrol", qui a épousé en secondes noces l'actrice Bérangère Dautin en 1998, mènera aussi un combat sans relâche pour les dons d'organes, présidant notamment France-Transplant. "Il avait des colères légendaires. Mais elles n'étaient qu'un moyen de fédérer ses équipes pour que nous restions très professionnels. C'était un grand comédien !", poursuit le professeur Alain Pavie. Homme de convictions, Christian Cabrol ira jusqu'à la politique.

Encarté au RPR puis à l'UMP, ce proche de Jacques Chirac, grand amateur de voile, sera élu conseiller de Paris puis député européen. Il sera même adjoint au maire, sous Jean Tiberi, entre 1995 et 2001. Il laisse derrière lui l'Institut de cardiologie, créé en 2001, pour regrouper in situ et de manière inédite tous les professionnels de la santé impliqués dans les maladies cardio-vasculaires. Car l'homme qui a tant fait avancer la médecine avait fait sienne la devise militaire du Maréchal Leclerc : "Croire, vouloir et continuer."

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