Allemagne: Helmut Kohl, père d'un pays quitte à délaisser une famille

Publié le par Stefanie Schüler

Allemagne: Helmut Kohl, père d'un pays quitte à délaisser une famille

Chancelier de 1982 à 1998, Helmut Kohl a fait preuve d'une longévité politique jusqu'à présent inégalée dans l'histoire allemande. Ses 16 ans au pouvoir ont marqué toute une génération, qui a grandi pendant ses quatre mandats successifs. Mais le père d'une nation n'est pas toujours un bon père pour ses propres enfants. C'est tout le paradoxe Helmut Kohl: il a unifié son pays, mais pas sa famille.

L'union des jeunes du parti CDU de la chancelière Merkel rend hommage à sa figure tutélaire, Helmut Kohl. Ludwigshafen, le 17 juin 2017.

L'union des jeunes du parti CDU de la chancelière Merkel rend hommage à sa figure tutélaire, Helmut Kohl. Ludwigshafen, le 17 juin 2017.

Tous les Allemands se souviennent des photos de vacances d'été de cette famille : deux petits garçons en maillot de bain, une femme blonde souriante, et Helmut Kohl, en sandale au bord du lac de Wolfgang, en Autriche. Une idylle savamment mise en scène.

Depuis la publication des livres autobiographiques de l'un des deux fils de l'ex-chancelier, l'opinion publique sait que l'image ne correspondait pas à la réalité. « La famille de mon père était son parti et sa vie la politique », y écrit Walter Kohl, décrivant un homme dévoué d'abord à sa carrière.

Holger Bappert ne dit pas autre chose. Son père jouait au football avec Helmut Kohl au collège. « Mon père est de 1932, Helmut Kohl de 1930. C'était déjà un leader. Il était très dominant, sur le terrain de foot comme à l'école. Il avait envie d'aller loin. D'après mon père, c'était un bon footballeur », explique-t-il.

Là, c'est le père de la réunification qui est mort

Pendant qu'Helmut Kohl gravit les échelons de la vie politique pour se hisser au sommet, c'est donc un père et un mari absent, confirme Holger Bappert, qui était à la même école que les deux fils Kohl, Walter et Peter. Il « n'a pas eu assez de temps pour sa famille au sein de laquelle il y avait beaucoup de tensions ».

« De plus, ajoute Holger Bappert, la première épouse d'Helmut Kohl a déclaré une grave maladie, une allergie à la lumière. Elle a fini par se suicider. Par la suite, la famille s'est totalement délitée. Je me suis toujours dit que c'était peut-être le prix à payer pour avoir du succès en politique. »

Contraste saisissant dans un pays où chaque Allemand semble avoir gardé un souvenir personnel avec l'ex-chancelier. Accompagné de sa femme et de leurs deux enfants, le pasteur Benjamin Schumacher, 35 ans, a par exemple tenu à se rendre devant la maison d'Helmut Kohl après l'annonce de son décès.

Pourtant, le jeune pasteur ne s'intéresse « pas trop à la politique ». Mais là, c'est le père de la réunification qui est mort. Et c'est en écoutant les hommages que Benjamin a réalisé. « Il était omniprésent, se remémore-t-il. Je suis né en 1982. Durant les 16 premières années de ma vie, il était là tout le temps. »

Un homme dévoué à la paix et à la démocratie

En 1989, au moment de la chute du mur de Berlin, Benjamin Schumacher n'avait que 7 ans. Le chancelier, « je le connaissais surtout à travers les parodies à la radio qui imitaient sa voix. On les enregistrait sur des cassettes pour les écouter en boucle.  » Mais il se souvient parfaitement du 9 novembre :

« Mes parents nous ont réveillés en plein milieu de la nuit. Il y avait du champagne et on avait le droit de regarder la télé. Je me souviens de ce moment comme-ci c'était hier. Toute notre famille réunie dans le salon et ce sentiment que quelque chose d'exceptionnel était en train de se passer. »

Helmut Kohl, né en 1930 à Ludwigsburg, a été dans sa jeunesse profondément marqué par les ravages de la Seconde Guerre mondiale. Par la suite, il a donc consacré sa vie à s'engager pour la stabilité de la démocratie en Allemagne, au cœur d'une Europe en paix.

« Vous avez devant vous un homme triste »

Le pasteur Schumacher gardera de l'ex-chancelier cette idée solidement ancrée, à savoir que « l'idée de l'Europe est avant tout une idée de la paix ». « On l'oublie parfois devant les aspects économiques. C'est pourtant ce que je m'efforce à faire, moi aussi : maintenir l'idée de la paix. »

« En tant que pasteur, je consacre mon énergie à ce que les gens puissent vivre ensemble en paix. Lui, il a essayé d'y arriver par la politique. Moi, je tente d'y arriver par l'esprit. Je découvre donc que nous avons quelques ressemblances, Helmut et moi », conclut Benjamin, à l'image d'une génération marquée à vie.

Walter Kohl, lui, a appris le décès de son père comme tout le monde, au volant de sa voiture à la radio. Luttant contre les larmes, le fils aîné de l'ex-chancelier a regretté qu'Helmut Kohl ait rompu depuis des années toute relation avec ses fils et ses petits-enfants. « Vous avez devant vous un homme triste », a-t-il déclaré.

"Je suis née en Prusse orientale. En tant qu'enfant, j'ai vécu la fuite et les expulsions. Nous sommes arrivés ici en tant que réfugiés. Ce n'était pas facile, tout comme la reconstruction. Je n'ai donc pas exactement le même âge qu'Helmut Kohl, mais nous partagions un même vécu générationnel. Quand il a commencé à inviter les chefs d'Etat ici, chez lui, j'ai trouvé cela formidable. Parce que je pense que les amitiés qu'il a ainsi pu nouer, comme celle avec Gorbatchev, ont grandement contribué à la paix. Helmut Kohl a fait beaucoup pour l'Allemagne, pour l'Europe et peut-être même pour le monde entier."

Rosalinde Penn, née en 1938, a vécu pendant des décennies dans le voisinage d'Helmut Kohl

Commenter cet article