Une toile de Pissarro spoliée pendant la Seconde Guerre mondiale réapparaît dans un musée à Paris

Publié le par F.H. avec AFP

Une toile de Pissarro spoliée pendant la Seconde Guerre mondiale réapparaît dans un musée à Paris

CULTURE «La cueillette des pois», toile de Pissarro spoliée en 1943, vient de réapparaître au musée Marmottan à Paris lors de l'exposition «Le premier des impressionnistes»... 

Le musée Marmottan présente l'exposition consacrée à Camille Pissarro «Le premier des impressionnistes». (Illustration) - SIPA

Le musée Marmottan présente l'exposition consacrée à Camille Pissarro «Le premier des impressionnistes». (Illustration) - SIPA

  • La toile est une gouache de 1887
  • Le tableau a été prêté au musée Marmottan par un couple d'Américains qui l'a acheté en 1995

On avait perdu trace de ce tableau depuis 50 ans. Les petits-enfants du collectionneur juif Simon Bauer viennent de voir réapparaître « La cueillette de Pois », une toile de 1887 de Camille Pissarro, au musée Marmottan à Paris. Cette peinture confisquée sous l’Occupation en 1943 fait partie de l’exposition rétrospective consacrée à Pissarro « Le premier des impressionnistes ».

Il échappe à la déportation grâce à une grève des cheminots

Né en 1862, Simon Bauer, grand amateur d’art, a fait fortune dans la chaussure. De groom dans un magasin, il gravit tous les échelons pour finir patron, et revendre son affaire à 40 ans. Il passe ensuite son temps à « voyager dans le monde entier » à « se cultiver », lui qui n’avait pas fait d’études, raconte son petit-fils Jean-Jacques Bauer, 87 ans.

Interné à l’été 1944 à Drancy, Simon Bauer a échappé à la déportation et à l’extermination grâce à une grève des cheminots. Un an plus tôt, sa collection de 93 tableaux était confisquée et vendue par un marchand de tableaux désigné par le commissariat aux questions juives.

Dès sa libération en septembre 1944, Simon Bauer s’attelle à retrouver ses tableaux. A sa mort, en 1947, il n’a réussi à récupérer qu’une petite partie de sa collection. Ses descendants poursuivent sa quête. Son petit-fils Jean-Jacques Bauer a appris récemment que « La cueillette des pois » était exposée au musée Marmottan dans le cadre de la rétrospective consacrée à Pissarro.

« Il faut que ce tableau reste en France »

Le tableau a été prêté au musée Marmottan par un couple d’Américains, les époux Toll, qui l’ont acheté en 1995 chez Christie’s à New York. Les descendants de Simon Bauer en avaient perdu la trace depuis 50 ans. En 1965, ils apprennent, grâce à Georges Bernier, éditeur de la revue d’art l’Œil, que deux tableaux, dont « La cueillette », allaient être vendus sous le manteau. Ils sont mis sous main de justice, mais le juge ordonne la main-levée de la saisie, et le marchand américain qui venait de les acheter repart avec les tableaux. Ils seront ensuite vendus à Londres chez Sotheby’s en 1966.

Vendredi matin, Jean-Jacques Bauer a demandé au tribunal de grande instance de Paris que l’œuvre soit placée sous séquestre, pour ensuite engager une procédure afin que soit tranchée la question de la propriété de la toile.

En attendant, « il faut que ce tableau reste en France », estime son avocat, Me Cédric Fischer, dont l’arrière grand-père était le conseil de Simon Bauer. Dans cette « situation historique, factuelle et juridique compliquée », « il faut que le juge français puisse statuer en toute sérénité, sans précipitation », ajoute-t-il.

Le délai pour contester est-il expiré ?

Les époux Toll sont opposés à la mise sous séquestre. La justice se prononcera le 30 mai. Mécènes du musée de la Shoah de Washington et du musée de Tel Aviv, ils « ignoraient totalement » que « La Cueillette » était issue d’une spoliation et invoquent leur bonne foi, explique leur avocat, Me Ron Soffer.

Quant au musée Marmottan, il est d’accord pour être désigné comme séquestre et conserver l’œuvre jusqu’à la fin de l’exposition, prévue jusqu’au 2 juillet, selon l’avocat du musée, Me Eric Andrieu.

Pour revendiquer la propriété de l’œuvre, les Bauer s’appuient sur une ordonnance de 1945 déclarant nuls les actes de spoliation, soulignent leur avocat. Mettant en cause la compétence de la justice française, estimant que le délai pour contester à ses clients la propriété de la peinture est expiré, le conseil des époux Toll considère quant à lui qu’il « ne peut exister aucun litige sérieux sur la propriété et la possession de ce tableau ». Pour Me Soffer, « on ne répare pas une injustice en en créant une autre ».

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