Philip Kerr, un romancier chez les nazis

Publié le par propos recueillis par Thierry Meissirel

Philip Kerr, un romancier chez les nazis

Dans Les pièges de l’exil , le héros de Philip Kerr, ancien policier et officier allemand dans l’armée nazie, quitte Berlin pour la Côte d’Azur. Et se retrouve dans un marigot d’espions britanniques en exil.

Philip Kerr : « L’imagination a priorité. » Photo Ulf Andersen

Philip Kerr : « L’imagination a priorité. » Photo Ulf Andersen

Vous travaillez avec des faits historiques qui balisent vos romans. Vous être toujours très exact, de ce point de vue ?

« Non, il est impossible d’être exact. Quand on raconte, en 2017, une histoire qui se déroule soixante ans plus tôt, il y a une tentation, une inclinaison naturelle à raconter cette histoire selon notre point de vue. En tenant compte de tout ce que l’on a appris depuis soixante ans. Je suis comme un peintre pointilliste, je multiplie les détails et les scènes du quotidien pour raconter un ensemble, que l’on peut découvrir en prenant du recul. »

L’essentiel, c’est le roman ?

« Bien sûr. J’essaie d’être aussi précis et fidèle à l’histoire que possible, mais j’écris un roman, et c’est mon imagination qui est à l’œuvre, elle a priorité. »

Quand vous commencez un livre, vous avez la fin en tête ?

« J’ai un schéma, qui ressemble à une carte. Je sais d’où on part et où l’on va. Mais, parfois, ce sont les personnages qui choisissent la façon d’y aller. J’aime bien l’idée que l’on doit laisser un peu de liberté aux personnages. Sans imprévu, ce n’est pas un roman. »

Raconter les nazis de l’intérieur, ce n’est pas prendre le risque de les rendre humains, voir sympathiques ?

« Oui, bien sûr. Le premier problème, et je m’en excuse par avance, c’est qu’il faut que je les rende intéressants. J’ai besoin d’une bonne histoire. Mais ça ne veut pas dire que je vais les transformer en gentils camarades. Je veux les comprendre, savoir qui ils étaient. Et pourquoi ils ont été élus. Il ne faut pas oublier ça, les Allemands les ont élus ! Finalement, dans mes livres, il y a aussi, et très précisément, toutes les horreurs que les nazis ont réalisées. »

Comment vos livres sont-ils accueillis en Allemagne ?

« Très bien. Les Allemands ont assumé leur passé, ils ont reconnu l’Holocauste. L’Allemagne est redevenu un pays libre. Ce qui n’est pas du tout le cas de la Russie. Les crimes de Staline sont toujours un tabou en Russie, parce qu’ils étaient l’œuvre du NKVD, qui est devenu le KGB. C’était l’équivalent des SS, ce sont deux organisations criminelles comparables. Et ce pays est actuellement dirigé par un ancien responsable du KGB, Vladimir Poutine… »

Pourquoi votre héros, l’ancien policier Bernie Gunther, qui a exercé sous le régime nazi, s’installe-t-il sur la Côte d'Azur, dans ce nouveau roman ?

« Ça m’a semblé une bonne idée. Bernie travaille désormais dans un palace, où tout doit être parfait, dans une région qui fait rêver, mais que Sommerset Maughan a surnommé “un endroit ensoleillé pour les gens de l’ombre”. Graham Green avait aussi dénoncé la corruption de cette région, dans une fameuse lettre. Et ça a été un lieu de débauche pour les Rolling Stones dans les années 1970. Bref, plein de raisons qui m’attiraient ! »

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