Mort de Roger Moore, l'acteur aux sept James Bond

Publié le par Olivier Delcroix

Mort de Roger Moore, l'acteur aux sept James Bond

DISPARITION - De Brett Sinclair à James Bond en passant par Le Saint, l'acteur britannique, décédé à l'âge de 89 ans, n'a cessé d'incarner les défenseurs de la veuve et de l'orphelin. Et ce toujours avec l'humour, la distinction et le flegme d'un vrai gentleman anglais.

Son nom était Moore. Roger Moore. Il fut sans conteste, après Sean Connery, l'un des plus grands James Bond du cinéma. L'élégant et toujours distingué acteur britannique est mort à l'âge de 89 ans, des suites d'un cancer.

«C'est le cœur lourd que nous devons annoncer le décès de notre père aimant, sir Roger Moore, aujourd'hui, en Suisse, après un court mais courageux combat contre le cancer», ont écrit les enfants de l'acteur, sa fille Deborah et ses fils Geoffrey et Christian, dans un communiqué. L'histoire retiendra-t-elle que l'acteur est mort au beau milieu du Festival de Cannes, où il s'était si souvent rendu? Pas sûr.

Mort de Roger Moore, l'acteur aux sept James Bond

Comme il aimait volontiers le rappeler, il aura passé son existence à «jouer les boy-scouts». De la série Ivanhoé (d'après Walter Scott) à James Bond (Ian Fleming) en passant par Simon Templar, Le Saint (d'après les romans de Leslie Charteris), sans oublier bien sûr son rôle dans la série-culte Amicalement vôtre (The Persuaders!), où il incarnait avec distinction et désinvolture le très spirituel aventurier Lord Brett Sinclair aux côtés de Tony Curtis, Moore aura toujours su incarner à merveille une certaine idée du gentleman anglais.

Né le 14 octobre 1927 dans le sud de Londres, à Stockwell, d'un père policier et d'une mère caissière puis femme au foyer, le jeune Moore est enrôlé au service national à l'âge de 18 ans, et sert dans le Royal Army Service Corps, commandant un petit dépôt en Allemagne de l'Ouest. C'est à cette période qu'il est victime d'un grave accident de voiture avec fracture de la mâchoire et du crâne. Quand il rentre en Grande-Bretagne, le jeune Moore décide d'étudier à la Royal Academy of Dramatic Art. Il y rencontrera l'actrice Lois Maxwell, la future Moneypenny de la saga James Bond.

Si le cinéma lui fait très tôt de l'œil (il apparaît dans le péplum César et Cléopâtre réalisé en 1945 par l'acteur-réalisateur hongrois Gabriel Pascal), c'est d'abord à la télévision britannique qu'il fait ses armes, et connaît le succès. La série historique de 39 épisodes Ivanhoé le lance, entre 1958 et 1959. Il enchaîne avec Le Saint, une série policière qui va triompher dans le monde, entre 1962 et 1969. Le rôle de Simon Templar lui assure alors une notoriété internationale sur le petit écran.

» Roger Moore, les films clefs d'un lord qu'on aimait

Entre-temps, au cinéma, son ami Sean Connery a fait de James Bond l'espion le plus célèbre de la planète. Un comble pour un métier qui doit s'exercer dans l'ombre. Lassé du rôle qui a fait sa gloire, Connery jette l'éponge après Les Diamants sont éternels, en 1971. En 1973, Roger Moore reprend donc le flambeau et incarnera à sept reprises l'agent secret créé par Ian Fleming vingt ans auparavant. «J'ai passé ma vie à passer d'un costume à l'autre, de l'armure d'Ivanhoé au smoking de James Bond, je n'ai jamais cessé d'incarner des héros bondissants, valeureux défenseurs de la veuve et de l'orphelin», disait-il avec humour. Et quand on lui demandait la différence existant entre son interprétation de Bond et celle de Sean Connery, Moore répondait: «Je pense que j'apporte une touche d'humour supplémentaire au personnage, ainsi qu'une décontraction toute britannique. Sean, qui est écossais, a quant à lui imposé un James Bond plus brutal et dangereux. Moi, quand je menace un méchant de lui régler son compte, on croit toujours que je l'invite à prendre un verre au bar. Sean lui, quand il menace un type, on y croit vraiment!»

Entre 1973 et 1985, Roger Moore entre donc dans la peau de James Bond. De Vivre et laisser mourir à Dangereusement vôtre, il popularise le personnage de 007 avec toute l'élégance dont il est capable.

Simon Templar dans le Saint - Lord Brett Sinclair dans la série Amicalement Vôtre
Simon Templar dans le Saint - Lord Brett Sinclair dans la série Amicalement Vôtre

Simon Templar dans le Saint - Lord Brett Sinclair dans la série Amicalement Vôtre

Mis à part quelques infidélités - Les Oies sauvages (The Wild Geese) d'Andrew V. McLaglen ou L'Équipée du Cannonball (The Cannonball Run) de Hal Needham -, la carrière de Roger Moore tourne entièrement autour du célèbre espion au service de Sa Majesté. Il compose un James Bond indestructible, tout en séduction, plein de légèreté, très british, qui danse entre les balles. Les gadgets sont rois. Avec L'Espion qui m'aimait, en 1979, il hisse la saga au rang des beaux-arts. On se souvient de Requin (Richard Kiel), le méchant à la mâchoire d'acier. Avec précision et sûreté, Roger Moore pilote non pas l'Aston Martin DB5, mais une Lotus Esprit immaculée, qui se transformera en sous-marin de poche. Le méchant Curd Jürgens, sorte de Capitaine Nemo machiavélique, n'y survivra pas. En 1981, la saga envoie Bond dans les étoiles avec Moonraker. Roger Moore enfile sa tenue d'astronaute rutilante, et surfe sur la vague de La Guerre des étoiles, tout en arborant un smoking «pattes d'éléphant et col pelle à tarte» tout à fait indiqué en cette période disco endiablée. En 1983, c'est la guerre des Bond. Sean Connery reprend le rôle qui a fait sa réputation dans Jamais plus jamais face à Roger Moore qui gagnera la bataille du box-office grâce à Octopussy, sorti en même temps.

Dans la vie, les deux hommes sont toujours restés très amis. Mais Moore, contrairement à Connery, n'a jamais renié 007: «J'ai été très heureux de jouer James Bond. J'y ai mis beaucoup de moi-même. En fin de compte, je me suis toujours dit que le jeu en valait la chandelle.» Commandeur de l'ordre de l'Empire britannique, ambassadeur itinérant de l'Unicef en 1991, Roger Moore aura fini par s'identifier aux personnages héroïques qu'il incarnait à l'écran, estimant que son plus grand rôle, il l'avait tenu à travers le monde pour le compte du Fonds pour l'enfance des Nations unies. «Cela me remplit de joie, disait-il, et représente pour moi davantage que de remporter un Oscar.»

Mort de Roger Moore, l'acteur aux sept James Bond

CHRONOLOGIE

1927 Naissance le 14 octobre à Stockwell, près de Londres.

1958 Joue le rôle-titre d'Ivanhoé dans la série britannique homonyme.

1962 La série Le Saint lui vaut une célébrité internationale. Il enchaîne avec Amicalement vôtre, tout aussi populaire.

1973 Succède à Sean Connery dans le rôle de James Bond dans Vivre et laisser mourir. Jusqu'en 1985, il interprétera encore six fois l'agent 007, dans L'Homme au pistolet d'or, L'Espion qui m'aimait, Moonraker, Rien que pour vos yeux, Octopussy (ci-dessus) et Dangereusement vôtre.

1978 Mercenaire dans Les Oies sauvages d'Andrew McLaglen, film d'action et de guerre, son plus gros succès après les James Bond.1979 Bons baisers d'Athènes de George Pan Cosmatos.

2013 Sa carrière au cinéma s'achève avec Incompatibles, de Paolo Cedolin Petrini, où il joue son propre rôle.

2014 Il est également Roger Moore dans sa dernière série télévisée, The Life of Rock With Brian Pern. 

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article