Le sacrifice du peuple russe pendant la Seconde Guerre mondiale ne doit jamais être oublié

Publié le par John Wight

Le sacrifice du peuple russe pendant la Seconde Guerre mondiale ne doit jamais être oublié

Il y a 72 ans l'armée rouge remportait la victoire sur l'Allemagne nazie. Le journaliste John Wight revient sur les dates principales du conflit et évoque la situation internationale à l'époque de le Seconde Guerre mondiale

Les soldats soviétiques dans un combat lors de la Seconde Guerre mondiale.

Les soldats soviétiques dans un combat lors de la Seconde Guerre mondiale.

L’importance historique du rôle de l’Union soviétique dans l’écrasement du fascisme dans la Seconde Guerre mondiale ne saurait être surestimée. C’est pourquoi la commémoration annuelle du Jour de la Victoire, célébré par les Russes et les amis de la Russie dans le monde entier le 9 mai, est si significative.

Le sacrifice héroïque des peuples russe et soviétique pour la victoire sur la machine de guerre hitlérienne, la force militaire la plus puissante et invincible que le monde avait vu jusqu’àlors, reste toujours prodigieux plus de sept décennies plus tard.

    La coopération entre l’Occident capitaliste et l’Est communiste était possible face à un ennemi menaçant de génocides, acharné à tuer et détruire

L’historien américain Peter Kuznick écrit : «Jusqu’au jour J, le 6 juin 1944, l’Union soviétique luttait presque seule contre l’armée allemande. Avant l’invasion de la Normandie, l’Armée rouge se battait face à plus de 200 divisions ennemies, tandis que les Américains et les Britanniques en affrontaient rarement plus de 10. L’Allemagne a perdu plus de six millions de personnes sur le front de l'est et un million environ sur le front ouest et en Méditerranée.»

Concernant les pertes : environ 419 000 Américains et 451 000 Britanniques ont été tués lors de la Seconde Guerre mondiale. Et bien que cela soit un sacrifice qui mérite d’être honoré, cela ne tient pas la comparaison avec les 26 millions de Soviétiques et de Russes qui ont perdu la vie. Cela étant dit, le Royaume-Uni et les Etats-Unis méritent énormément de reconnaissance pour les tonnes d’approvisionnements vitaux, d'armes et de matériel qu’ils ont fournies, contribuant ainsi à l’effort de guerre soviétique. Ce qui prouve que la coopération entre l’Occident capitaliste et l’Est communiste était possible face à un ennemi menaçant de génocides, acharné à tuer et détruire. 

Les buts de guerre d’Hitler et l’apaisement des Alliés

En réalité, Hitler n’a jamais voulu faire la guerre avec le Royaume-Uni ou les Etats-Unis. Le dictateur était un fervent admirateur de l’Empire britannique. Il a été impressionné par la capacité de cette petite nation maritime à contrôler l’Inde, alors que le sous-continent était beaucoup plus vaste.

    L’admiration d’Hitler pour le Royaume-Uni était en grande partie réciproque à Londres, où le sentiment pro-nazi était endémique parmi les élites du pays, y compris au sein de la famille royale

«En tant qu'homme de sang germanique, je préférerais, malgré tout, voir l’Inde sous domination anglaise que sous n’importe quel autre», écrit Hitler dans Mein Kampf, son célèbre manifeste politique. Mais il ne faut pas oublier, également, que l’admiration d’Hitler pour le Royaume-Uni était en grande partie réciproque à Londres, où le sentiment pro-nazi était endémique parmi les élites du pays, y compris au sein de la famille royale.

L’Empire britannique était un modèle pour l’expansion future de l’Allemagne et la colonisation de l’Europe de l’Est et de la Russie. Selon la vision raciale perverse d’Hitler, les peuples slaves, aussi bien que les juifs, étaient des Untermenschen (sous-hommes), dont il convoitait la terre en tant que Lebensraum (espace vital) pour les races allemande et aryenne. Avec sa haine du bolchévisme, son objectif principal militaire et idéologique était la destruction du «judéo-bolchévisme».

L’invasion de l’Union soviétique le 21 juin 1941 n’a été une surprise ni pour Staline, ni pour l’Union soviétique, comme les historiens occidentaux l’ont faussement déclaré. Le pacte Molotov-Ribbentrop a été signé en 1939 par Moscou après l'échec des tentatives de créer une alliance de sécurité collective avec le Royaume-Uni et la France.

    Le pacte Molotov-Ribbentrop a fait gagner un temps précieux à Moscou pour s’armer et se préparer à une guerre avec l’Allemagne, que les Soviétiques savaient inévitable

Dans cette optique, Staline avait toutes les raisons de croire, surtout après avoir vu les alliés servir la Tchécoslovaquie à l’Allemagne sur un plateau avec l’accord de Munich de 1938, que Londres et Paris souhaitaient voir Hitler attaquer la Russie ensuite. Comme l’écrit Geoffrey Roberts, «Staline ne croyait pas que les Britanniques et les Français avaient l'intention sérieuse de combattre Hitler; il craignait, en effet, qu’ils manœuvraient pour le forcer à se battre pour eux.»

Le pacte Molotov-Ribbentrop a fait gagner un temps précieux à Moscou pour s’armer et se préparer à une guerre avec l’Allemagne, que les Soviétiques savaient inévitable. Cependant, Staline croyait qu’elle ne commencerait pas avant le printemps de 1942, Hitler étant alors en guerre avec le Royaume-Uni après son invasion de la Pologne, et le dictateur nazi répétant souvent que l’Allemagne avait fait l'erreur d’être entraînée dans une guerre sur deux fronts pendant la Première Guerre mondiale.

Opération Barbarossa et leadership de Staline

Le succès initial de l’opération Barbarossa, l’invasion nazie de l’Union soviétique, a été stupéfiant. Hitler et ses généraux ont planifié une guerre courte et féroce contre ce qu’ils croyaient être une Armée rouge mal organisée et mal dirigée, et, dans les premières semaines, l’analyse semblait être exacte. «La Wehrmacht doit être prête à vaincre la Russie soviétique dans une campagne rapide», ordonnait Hitler dans une directive militaire.

    ll semblait, à la fin du mois de novembre 1941, que l’échec de Moscou était imminent, les Allemands approchant des tourelles du Kremlin

La plupart des observateurs occidentaux ne croyaient pas que l’Union soviétique se remettrait de ses pertes initiales. En effet, il semblait, à la fin du mois de novembre 1941, que l’échec de Moscou était imminent, les Allemands approchant des tourelles du Kremlin.

Ici, Staline est passé au premier plan. Il a d'abord pris la décision déterminante de redéployer neuf divisions depuis l’Extrême-Orient, estimant que les Japonais n’essaieraient plus d’envahir la Russie après avoir lancé une attaque sur les Etats-Unis et les forces britanniques dans le Pacifique au lieu. Ensuite, il a nommé le général Joukov pour organiser la défense de Moscou. Enfin et surtout, malgré l’évacuation de la ville ordonnée par les administrations publiques, Staline a choisi de rester, inspirant ainsi aux troupes et aux citoyens de Moscou la détermination de repousser l’ennemi coûte que coûte.

Ce qui a suivi est désormais légendaire. La contre-offensive soviétique aux portes de Moscou commençant avec Staline examinant les troupes de l’Armée rouge alors qu’elles marchaient à travers la Place rouge vers la guerre, dans le cadre de la commémoration annuelle de la Révolution russe, le 7 novembre.

Endurance et remarquable succès

La bataille de Moscou est devenue la première de nombreuses batailles épiques qui sont désormais légendaires. Elle a été suivie par la bataille de Stalingrad (23 août 1942 – 2 février 1943) ; par le siège de Leningrad (8 septembre 1941 – 27 janvier 1944) ; par la bataille de Koursk (5 juillet 1942 – 23 août 1943) ; par l’opération Bagration (22 juin – 19 août 1944) ; et par la bataille de Berlin (16 avril – 2 mai 1945).

    Aucun autre peuple n’a réalisé ce qu’a réussi le peuple soviétique en libérant l’Europe de la tyrannie du fascisme

Un homme qui a compris le rôle de l’Armée rouge dans l’écrasement du géant fasciste était le chef de guerre britannique Winston Churchill. Dans son discours à la Chambre des communes en août 1944, il a souligné : «C’est l’armée russe qui a fait le principal travail pour arracher les entrailles de l’armée allemande. Dans l’air et dans les océans, nous pouvions conserver notre place, mais il n’y avait pas de force dans le monde […] capable d’écraser et de battre l’armée allemande jusqu'à ce qu'elle soit soumise à la puissance des troupes russes et soviétiques.»

Aucun peuple n'a enduré ce que le peuple russe a subi entre 1941 et 1945. Et aucun autre peuple n’a réalisé ce qu’il a réussi en libérant l’Europe de la tyrannie du fascisme.

Info

John Wight écrit pour de nombreux journaux et sites web américains et anglais, notamment The Independent, The Morning Star, Huffington Post, Counterpunch, London Progressive Journal et Foreign Policy. Il est aussi un commentateur régulier sur RT et BBC Radio. John Wight a été l'organisateur du mouvement pacifiste américain dans la période qui a suivi les attaques terroristes du 11 septembre 2001.

Publié dans Articles de Presse

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