Le financement du nazisme par la grande industrie à «L'Ordre du jour» du nouveau Vuillard

Publié le par 20Minutes

Le financement du nazisme par la grande industrie à «L'Ordre du jour» du nouveau Vuillard

Livres - Les lectures coups de cœur, ça se partage. Notre communauté vous recommande chaque jour un nouveau livre. Aujourd'hui, «L'Ordre du jour» par Eric Vuillard chez Actes Sud (160 p., 16 euros).

Livres - Les lectures coups de cœur, ça se partage. Notre communauté vous recommande chaque jour un nouveau livre. Aujourd'hui, «L'Ordre du jour» par Eric Vuillard chez Actes Sud (160 p., 16 euros).

Livres - Les lectures coups de cœur, ça se partage. Notre communauté vous recommande chaque jour un nouveau livre. Aujourd'hui, «L'Ordre du jour» par Eric Vuillard chez Actes Sud (160 p., 16 euros).

Notre citation préférée:

«On ne tombe jamais deux fois dans le même abîme. Mais on tombe toujours de la même manière, dans un mélange de ridicule et d'effroi. »

Pourquoi ce livre?

Parce que Vuillard remet sur le métier le meilleur de ses ouvrages. Le salon du Reichstag où débute l'Ordre du jour n'est qu'à quelques encablures du palais Radziwill où s'ouvrait Congo. Cette fois, ce sont les tristes bobines des financiers d'Hitler que l'auteur dévide. De cette bande de grands-ducs, vieux hiboux et autres rapaces, il n'y a guère qu'une pelote de rejection à tirer. Mais c'est assez pour disséquer le régime le plus terrifiant du XXe siècle.

Parce qu'en replongeant les négatifs de l'époque dans le révélateur Vuillard, on découvre une tout autre image de l'ascension nazie, à l'opposé des clichés goebbelisés. L'anschluss est affaire de bras cassés. Au nid d'aigle, on organise des dîners de cons. La farce est avariée mais tout le monde l'a avalée.

Parce que ça ne fait pas de mal de se rappeler que les vingt-quatre industriels qui ouvrent et closent le récit, avec leur nom de cafetière ou de monospace, sont sortis indemnes du tribunal de l'Histoire et continuent à peupler notre quotidien de leur saga de marque ripolinée.

Parce qu'on est amoureux de la plume de Vuillard. Elle illumine les sombres heures de notre histoire. Dans ses livres, un mot ne vaut pas l'autre. Les maux, eux, se ressemblent...

L'essentiel en 2 minutes

L'intrigue. Ce sera la Der des Der, jure Goering. Après cela, on aura des guerres, ok, de la désolation, bien sûr, mais des élections, on n'en verra plus, promis! A 15 jours des législatives, Hitler et son adjoint toxico accueillent le gratin de l'industrie allemande pour leur taper 3 milions. Le kickstarter fonctionne et la machine nazie est lancée pour douze ans d’enfer...

Les personnages. Fidèle à ses habitudes, l'auteur déroule son récit au milieu d'une immense galerie de personnages. Lord Halifax, prêt à donner un pourliche au Guide ; Seys-Inquart de cynisme, trois quarts de lâcheté ; Gustav Krupp, Wilhelm von Opel et les autres barons de l'industrie du crime contre l'humanité...

Les lieux. De 1933 à 1938, principalement. Cinq ans pendant lesquels Hitler a plus de culot que d'obus mais où l'Europe se prépare à douiller.

L'époque. A Berlin, quand Hitler brûle d'envie de conquérir le Reichstag ; à Munich où la routourne tourne toujours en faveur du petit monstre.

L'auteur. Gâtés nous sommes, fans d’Eric Vuillard, qui n’avons eu à attendre que neuf mois entre 14 Juillet et cet Ordre du jour. Parution dans l’entre-deux tours pour un livre sur l’entre-deux guerres et la passivité face au fascisme : une «Blitzschreiben» rondement menée. De l’Histoire, le Lyonnais tire de bien beaux récits. Dans un monde parfait, nous en tirerions des leçons.

Publié dans Articles de Presse

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