L’heure du décès au cœur du procès de Montigny-lès-Metz

Publié le par Élise Descamps

L’heure du décès au cœur du procès de Montigny-lès-Metz

Le procès du double-meurtre de Montigny-lès-Metz s’est ouvert, jeudi 4 mai, sur une séquence difficilement soutenable, avec le rapport du médecin légiste ayant procédé aux autopsies et les photographies des victimes projetées sur écran.

Un schéma d'audience publié le 25 avril 2017 montre le tueur en série Francis Heaulme lors de son procès à Metz. France / Benoit Peyrucq/AFP

Un schéma d'audience publié le 25 avril 2017 montre le tueur en série Francis Heaulme lors de son procès à Metz. France / Benoit Peyrucq/AFP

Une nouvelle faille dans l’enquête. Jeudi 4 mai, la septième journée du procès du double-meurtre de Montigny-lès-Metz s’est ouverte sur l’audition du médecin ayant daté l’heure du crime. Et comme beaucoup d’autres points de ce fiasco judiciaire, il semble aujourd’hui difficile de prendre cette datation en compte.

Ce dimanche 28 septembre 1986, quand sont découverts les cadavres des deux garçons âgés de huit ans, tués par de violents coups de pierre sur un talus SNCF, ce n’est pas un médecin légiste qui est appelé sur les lieux, mais un jeune médecin généraliste remplaçant. « Plusieurs mois avant, j’avais assisté à une autopsie car ça m’intéressait. La police avait gardé mon numéro de téléphone. En 1986, il n’y avait à ma connaissance pas de système de garde de médecin légiste. Ils m’ont appelé, me demandant uniquement un constat de décès » , témoigne-t-il aujourd’hui.

«C’était enrichissant, intéressant dans mon profil de carrière»

À aucun moment, la police ne va s’assurer de ses compétences. Et lui-même ne va à aucun moment les mettre en garde. Marc-Antoine Leupold assume, défiant le président et les avocats, mais lançant des sourires à la défense : « Ce n’était pas de mon ressort ». Il ose « c’était enrichissant, intéressant dans mon profil de carrière ».

Il est aujourd’hui trop tard. La seule datation des décès, c’est lui qui l’a faite. Quand il arrive sur les lieux, à 20 h 35, le docteur Marc-Antoine Leupold estime le décès à moins de trois heures, soit au plus tôt à 17 h 30. Il se fonde notamment sur la température des corps au toucher, qu’il juge tiède. Pourtant, il ne prend pas leur température, bien que sa sacoche était pourvue d’un thermomètre, croit se souvenir l’intéressé. Pourquoi ? «En cas de suspicion d’agression sexuelle, il était d’usage de ne pas prendre la température rectale. Et de toute façon, les thermomètres courants de l’époque ne descendaient pas en dessous de 35 » . Son relevé des lésions des corps est lui aussi lacunaire. Il repère des rigidités pour l’un, pas pour l’autre, et pas de lividité.

« La fiabilité de ces constatations est discutable»

Un peu plus tard dans la matinée, c’est au tour d’un autre médecin, un légiste expérimenté, Patrice Mangin, qui a fait l’autopsie des enfants, d’être entendu, ce jeudi. Il confirme ces doutes. «Je ne veux pas critiquer mon confrère, mais son constat n’est pas motivé. "Tiède" ne veut rien dire. Il parle de rigidités, ce qui signifierait un décès éloigné non pas de trois heures mais d’au moins cinq heures. Mais comment savoir s’il s’agissait vraiment de rigidités ? La fiabilité de ces constatations est discutable. »

Dès lors, comment le tribunal peut-il tenir compte de cette datation ? Or, dans cette affaire, cela n’a rien d’un détail. La défense ne manque pas une occasion d’entretenir le doute sur l’innocence de Patrick Dils (qui a été acquitté), dont le retour sur Metz, et la présence dans le secteur a été fixée ce jour-là aux alentours de 18 h 30-18 h 45. Les enfants, eux, ont été entendus vivants pour la dernière fois vers 17 heures, et leurs corps ont été retrouvés morts vers 19 h 30. Francis Heaulme, lui, a reconnu être passé sur les lieux vers 17 h 30. L’enjeu est de taille : Francis Heaulme était-il présent, au moins à proximité du talus SNCF, au moment du décès ?

Mais dans ce procès où les joutes verbales s’enchaînent, tournant parfois à la guérilla judiciaire, la journée de jeudi fut aussi celle du choc. Celui du rapport d’autopsie, terrible, de Patrice Mangin, et celui des photographies des victimes projetées sur écran. Une séquence difficilement soutenable. La violence des coups, l’acharnement du meurtrier ne laissent guère de doute sur le calvaire enduré par Alexandre Beckrich et Cyril Beining. Choquantes, ces images auront au moins eu le mérite de rappeler le calvaire de deux innocents.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article