L'ancien dictateur panaméen Manuel Noriega est mort

Publié le par Patrick Bèle

L'ancien dictateur panaméen Manuel Noriega est mort

PORTRAIT - L'ex-dictateur, qui avait pris le pouvoir en 1983 avant d'en être chassé par les forces américaines en 1989, est décédé dans la nuit de lundi à mardi à l'âge de 83 ans.

L'ancien dictateur panaméen Manuel Noriega est mort

L'ancien dirigeant du Panama Manuel Noriega est décédé dans la nuit de lundi à mardi à l'âge de 83 ans. Il représentait jusqu'à la caricature le dictateur latino-américain, dépassant largement en folie et en exubérance tout ce que les auteurs de romans ou de bandes dessinées ont pu inventer. Il a été à la fois l'un des agents les plus indispensables des États-Unis dans les années 80 dans leur lutte contre le communisme ou tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un mouvement de gauche et le meilleur allié de Pablo Escobar, transformant le Panama en grande plateforme d'exportation de la drogue. Il entretenait également d'excellentes relations avec Fidel Castro, et travaillait pour les services secrets cubains.

Après une formation dans une école militaire au Pérou, Manuel Noriega entre en 1967 à l'École militaire des Amériques au Panama sur la base militaire de Fort Glick. Cette école a formé la plupart des futurs dictateurs du sous-continent, de l'Argentine au Chili en passant par les pays d'Amérique centrale. Il a déjà été recruté depuis plusieurs années par la CIA qui voit en lui un homme prometteur d'un pays qui est central dans la stratégie des États-Unis en Amérique. Le Canal du Panama est encore sous pavillon états-unien. Il accueille d'importantes bases militaires que Washington maintient pour protéger le très stratégique Canal qui permet de passer du Pacifique à L'Atlantique.

Coup d'État

En 1968, Manuel Noriega participe au coup d'État contre le président Armulfo Arias qui ouvre la voie à deux décennies de dictature et la montée en puissance du général Omar Efrain Torrijos Herrera. Il deviendra le puissant chef du G2, l'impitoyable service de renseignements panaméen. Il parvient à se rendre indispensable à la fois au dictateur Torrijos et à la CIA dont il devient l'un des plus importants agents en Amérique centrale.

En 1981, le général Torrijos meurt dans un accident d'avion dont les circonstances restent jusqu'à aujourd'hui troubles. Manuel Noriega en profite pour devenir l'homme fort du régime panaméen. Il se rapproche de Pablo Escobar qui est en train de bâtir le puissant cartel de Medellin, l'une des organisations criminelles les plus puissantes de tous les temps. Le Panama devient le meilleur allié de l'organisation d'Escobar, plateforme de réexportation de la drogue principalement vers les États-Unis, lieu de blanchiment des gigantesques profits générés par le narco trafic, refuge aussi pour Pablo Escobar sa famille et ses troupes quand la situation se complique pour eux en Colombie. C'est l'époque aussi où Manuel Noriega se rapproche discrètement de Fidel Castro et devient agent des services secrets cubains.

Pendant la décennie 1980, les mouvements de guérillas se multiplient en Amérique centrale: le Nicaragua, le Salvador sont en pleine guerre civile. Manuel Noriega se met au service de Washington pour financer, armer et parfois abriter les mouvements contre révolutionnaires comme les contras nicaraguayens. Manuel Noriega semble satisfaire tout le monde. François Mitterrand le décorera même de la légion d'honneur en 1987.

Les États-Unis envahissent le Panama en décembre 89

Un an plus tard, un tribunal fédéral états-unien accuse Manuel Noriega de trafic de drogue. En décembre, une commission sénatoriale aux États-Unis estime que Noriega a créé «le premier narco état des Amériques». En mai 1989, il annule le résultat de l'élection présidentielle qui avait sacré la victoire de Guillermo Endara et s'autodésigne président de la République. Désormais Washington ne peut plus fermer les yeux. Le président George Bush décide l'invasion du Panama le 20 décembre 1989: l'opération «juste cause». S'ensuit une incroyable chasse à l'homme par l'armée américaine dans les rues de Panama. A la poursuite du dictateur, il le retrouve à la nonciature où il s'est réfugié. Un véritable siège est organisé par l'armée américaine qui tente de faire céder Manuel Noriega en diffusant 24 heures sur 24 du rock à plein volume. Il finit par se rendre le 3 janvier 1990.

Il sera condamné à 40 ans de prison par un tribunal de Miami. Il sera ensuite extradé en France où il est condamné pour blanchiment d'argent le 7 juillet 2010. Il est extradé en 2011 vers son pays, où il est de nouveau jugé et condamné.

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