Jean Gabin, la force tranquille

Publié le par Jean-Claude Raspiengeas

Jean Gabin, la force tranquille

Un documentaire, diffusé vendredi 28 avril sur France 3, montre comment, de la IIIe République à la fin des Trente Glorieuses, cet acteur a incarné la France.

Jean Gabin possède une impressionnante filmographie, avec près de 100 films à son actif. / France 3

Jean Gabin possède une impressionnante filmographie, avec près de 100 films à son actif. / France 3

Un Français nommé Gabin

Vendredi 28 avril, à 20 h 55, sur France 3

Par quel mystère Jean Alexis Moncorgé (1904-1976), alias Jean Gabin, est-il devenu l’acteur le plus populaire de sa génération ? Pourquoi et comment sa carrière, de la IIIe République à la fin des Trente Glorieuses, s’est-elle confondue avec « une certaine idée de la France » ? Pourquoi nous est-il si familier ?

Depuis des années, François Aymé, ardent cinéphile, directeur du Cinéma Jean-Eustache, à Pessac, président de la Fédération des Cinémas d’art et d’essai, cherche des éléments de réponse.

Le documentaire qu’il signe avec le réalisateur Yves Jeuland, diffusé ce soir sur France 3, démontre la permanence de l’attachement du public et la densité des interprétations d’un acteur qui, en près de cent films, se confond avec son époque.

Jean Gabin, l’acteur qui incarnait la France de l’époque

Leur film apporte une précieuse contribution à la légende, en modifiant l’angle de vue et la perspective. Il en renouvelle l’approche en n’utilisant que des images d’archives. Il analyse comment l’homme et l’acteur coïncident avec les évolutions de la France, au point d’en être l’incarnation idéalisée. Montage de séquences d’anthologie, truffé de découvertes et de surprises, soutenu par une connaissance fine de sa filmographie.

« Toujours Jean Gabin et toujours quelqu’un, résumait Jacques Prévert. Toujours pareil, jamais le même ». François Aymé commente : « Toujours pareil dans sa façon de jouer, authentique, simple, directe, dans son aplomb perpétuel, dans son sens de la séduction et de la repartie, dans les valeurs morales qu’il incarnait : sens de l’amitié et de la solidarité, courage, honnêteté, indépendance d’esprit, mélange d’autorité naturelle et de bienveillance. Sans oublier ses coups de gueule bien sentis, son air bougon et sa mauvaise foi, cultivés sur le tard. Jamais le même parce qu’il a représenté tous les Français, de tous les âges et de toutes les conditions. »

Né dans une famille de music-hall, le futur Jean Gabin veut fuir cette hérédité. Il rêve, enfant, d’être fermier ou conducteur de locomotives, en aucun cas acteur. Il décroche de l’école à 14 ans. Il part « gagner sa croûte » comme manœuvre.

Le cinéma l’appelle malgré lui

Mais, en 1922, il apparaît, forcé par son père, sur la scène des Folies Bergère. Le cinéma vient chercher ce comédien malgré lui. En 1936, sous le Front populaire, il est déjà l’acteur préféré des Français. « Il a la voix de son regard », dit Prévert. « L’important, c’est les carreaux » (les yeux et le regard), revendiquait Gabin, qui n’aimant pas son physique, invente le jeu moderne, tout en retenue.

Grâce aussi à un cinéma de dialogues que lui sertiront jusqu’au bout des orfèvres : Spaak, Jeanson, Prévert, Aurenche et Bost, Audiard, Simonin… Entre 1935 et 1940, il rayonne dans douze chefs-d’œuvre, tous de grands succès publics. « C’est sans équivalent dans l’histoire du cinéma », souligne François Aymé.

Quand arrive la guerre, Gabin, l’acteur le mieux payé du moment, refuse de travailler pour l’occupant. En mars 1941, il file aux États-Unis, avec son accordéon et son vélo de course, cherche sa place, trouve Marlene Dietrich. Ces deux exilés entament une histoire d’amour passionnée qui durera sept ans. La guerre les réunit ; la paix les séparera.

L’après-guerre, son passage à vide

Entre-temps, Jean Moncorgé s’est engagé dans les Forces Navales Libres, « la trouille au ventre ». Il rejoint le 2e DB de Leclerc et participe à la libération de Strasbourg. Par pudeur, il taira ses faits d’armes que la France découvrira bien plus tard. Mais le retour est difficile. Il a vieilli.

À 41 ans, il a des cheveux blancs et le cinéma n’a plus de réel emploi pour lui. Période grise, trou noir. Il va pourtant regagner les faveurs du public, à partir de 1954, avec Touchez pas au grisbi. Gabin affirme son âge, s’épanouit dans les rôles de père et de patron.

« Conventionnel ou anar, notable ou routier, aristocrate ou clochard, c’est bien au cœur des Trente Glorieuses que Gabin fait la synthèse des Français, laquelle culmine dans son rôle de… Président », notent les auteurs. Où l’on voit aussi ce patriarche à l’écran, « figure d’une époque révolue, traditionnelle, conventionnelle et rurale », se métamorphoser, dans la vie réelle, en agriculteur et éleveur.

Malgré l’évidente sincérité de son engagement, les paysans refusent de l’admettre en leur sein. Cette blessure intime l’achèvera. Ses obsèques seront retransmises à la télévision. Jean Gabin est le seul acteur à qui un musée est consacré, à Mèriel (Oise), la commune de son enfance.

Une filmographie exceptionnelle

De 1936 à la Seconde Guerre mondiale, Jean Gabin est à l’affiche de films inoubliables, dont La Belle Équipe (produit en 1936), Pépé le Moko (1937), La Grande Illusion (1937), Gueule d’amour (1937), Quai des brumes (1938), La Bête humaine (1938), Le Jour se lève (1939), Remorques (1941).

Parmi ses plus grands succès après-guerre : Touchez pas au Grisbi (1954), avec Lino Ventura (4,71 millions d’entrées), La Traversée de Paris (1956) avec Bourvil (4,89 millions d’entrées), Le Clan des Siciliens (1969)avec Alain Delon et Lino Ventura (4,82 millions d’entrées).

Publié dans Articles de Presse

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