En Allemagne, le vaste recensement des milliers de handicapés victimes des nazis

Publié le par Lucas Simonnet

En Allemagne, le vaste recensement des milliers de handicapés victimes des nazis

De 1940 à 1945, près de 300.000 personnes handicapées ont été tuées lors d'expérimentations menées par les nazis. Un institut allemand veut les recenser, au nom du pardon et du devoir de mémoire.

En Allemagne, le vaste recensement des milliers de handicapés victimes des nazis

Identifier des milliers de restes de personnes, exterminées sous le IIIe Reich parce que handicapées physiques ou malades mentales: voici la tâche colossale qui attend l'institut allemand Max-Planck. À partir du mois de juin et pendant trois ans, l'institut va établir la première base de données des victimes du «programme d'euthanasie» ou «opération T4», commencée en janvier 1940 par les nazis.

Plus de 70.000 personnes ont été gazées parce qu'elles étaient considérées alors comme des fardeaux pour la société. En août 1941, l'essor des protestations publiques a permis de mettre fin au programme. Pas aux meurtres: privations de nourriture, négligences en tout genre, injections de doses létales d'antidouleurs... le massacre a perduré jusqu'à la fin de la guerre, en 1945. Aujourd'hui, le bilan le plus communément admis du nombre total de victimes s'élève à 300.000 personnes. Il ne prend pourtant pas en compte les victimes de diverses expériences médicales et de stérilisations forcées en raison de leur infériorité génétique supposée.

Cette identification massive devra donc déterminer le plus précisément possible ces situations. Elle «intégrera des données biographiques basiques concernant les victimes, leur traitement institutionnel et les critères utilisés pour les sélectionner», explique la société Max Planck. «La cause de leur mort sera aussi documentée, de même que les données sur le prélèvement de leur cerveau, le chemin qu'ont suivi les échantillons et les recherches menées sur eux», poursuit l'institut basé à Munich, qui alloue 1,5 million d'euros à ce projet.

Des questions sensibles

La démarche ravive des questions sensibles. Elle met en lumière le fait que peu de sanctions ont été prononcées envers les chercheurs impliqués: la plupart d'entre eux ont pu poursuivre leur carrière après la guerre, sans être inquiétés. L'institut Max-Planck est lui-même l'héritier de la société Kaiser-Wilhelm, qui utilisait les tissus biologiques des victimes pour ses recherches. Ce projet de recensement participe à sa volonté de demander pardon: «La forme la plus honnête d'excuse consiste à révéler la culpabilité», déclarait en 2001 le président de l'Institut, Hubert Markl.

Cette enquête tardive fait également écho au travail de mémoire, lui aussi tardif, mené par l'Allemagne sur le «programme d'euthanasie»: les familles des victimes, mobilisées depuis des décennies, ont dû attendre 2014 pour voir ériger à Berlin un mémorial dédié à ces hommes, femmes et enfants massacrés dans l'ombre.

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