Douai : un des derniers résistants de la Seconde guerre mondiale témoigne

Publié le par Cécile Bidault, France Bleu Nord et France Bleu

Douai : un des derniers résistants de la Seconde guerre mondiale témoigne

Depuis 1947, il ne manque jamais une cérémonie du 8 mai. Commémorer l'Armistice a, pour Jacques Desbonnet, 94 ans, une signification particulière : ce Douaisien est un Résistant de la première heure. Témoignage.

 

 Jacques Desbonnet, 94 ans, pose près de sa Croix de Lorraine © Radio France -

Jacques Desbonnet, 94 ans, pose près de sa Croix de Lorraine © Radio France -

Jacques Desbonnet a 17 ans quand les Allemands commencent à pénétrer en France. Avec toute sa famille, les parents, les grands-parents et les 6 enfants, il fuit Douai. Un exode à pied qui les mène dans la campagne des 7 vallées, dans le Pas de Calais. Là ils sont recueillis par des châtelains. Et le 18 juin 40, il entend, en direct sur la BBC, l'appel du général de Gaulle. C'est un électrochoc. "L'appel est tombé dans le bon terreau", explique-t-il.

Premiers actes de sabotage

De retour à Douai Jacques Desbonnet, issu d'une famille "catholique et patriote" retrouve d'anciens amis scouts, et commence par de "petits" actes de sabotage : mettre les panneaux de direction à l'envers pour que les soldats allemands se perdent, jeter des clous sur les routes pour que leurs pneus crèvent, couper les câbles téléphoniques.... Jusqu'à ce qu'il rejoigne des groupes de résistants, l'Organisation civile et militaire (OMC), puis le mouvement Voix du Nord.

J'ai connu la peur

Les actes de Résistance s'enchaînent : porter des microfilms en zone libre, aider un soldat luxembourgeois à déserter l'armée allemande. Jacques est emprisonné deux fois, notamment à la prison de Loos. "De temps en temps, on venait m'extraire de ma cellule, pour des interrogatoires. J'ai été battu, des raclées, des coups de pied dans le ventre, ils tapaient avec des revolvers sur les doigts, j'en ai laissé un petit morceau ! J'ai connu la peur".

Il ne manque pas une cérémonie du 8 mai

Jacques Desbonnet échappe miraculeusement au peloton d'exécution, et sera libéré avant la fin de la guerre. Le 8 mai 1945, il se trouve en Allemagne, et se souvient : "c'était fabuleux, nous étions déchaînés, nous vidions nos fusils mitrailleur en l'air." Depuis 1947, il ne se passe pas une année sans qu'il commémore ce 8 mai : "j'ai vu tomber des camarades, ils ne sont pas morts pour des prunes ! Ils sont morts pour un idéal, et pour moi c'était un idéal".

Devoir de mémoire

Pendant 35 ans, Jacques Desbonnet a parcouru les collèges et les lycées, pour raconter la guerre et la Résistance aux jeunes. Il ne le fait plus maintenant, pour des raisons de santé, à 94 ans. "Depuis deux ans, je ralentis", explique-t-il. Mais la volonté est intacte. "Je suis un peu le dernier des Mohicans, comme disent mes amis, j'ai peur que toutes ces cérémonies, petit à petit, s'en aillent à vau-l'eau, et que dans 10 ans, on n'en parle plus. Tant que je pourrai me traîner aux cérémonies, j'irai, je vous en fait la promesse solennelle".

Publié dans Articles de Presse

Commenter cet article