Dictature des colonels en Grèce

Publié le par Mémoires de Guerre

La dictature des colonels est le nom donné au pouvoir politique en place en Grèce de 1967 à 1974, qui provoqua l'exil du roi Constantin II monté sur le trône en 1964. Cette dictature est issue du coup d'État de la junte militaire alors dominée par Geórgios Papadópoulos.

Pattakos, Papadopoulos et Makarezos, chefs de la junte militaire de 1967 à 1974 - Geórgios Papadópoulos - Stylianós Pattakós - Nikolaos Makarezos
Pattakos, Papadopoulos et Makarezos, chefs de la junte militaire de 1967 à 1974 - Geórgios Papadópoulos - Stylianós Pattakós - Nikolaos Makarezos
Pattakos, Papadopoulos et Makarezos, chefs de la junte militaire de 1967 à 1974 - Geórgios Papadópoulos - Stylianós Pattakós - Nikolaos Makarezos
Pattakos, Papadopoulos et Makarezos, chefs de la junte militaire de 1967 à 1974 - Geórgios Papadópoulos - Stylianós Pattakós - Nikolaos Makarezos

Pattakos, Papadopoulos et Makarezos, chefs de la junte militaire de 1967 à 1974 - Geórgios Papadópoulos - Stylianós Pattakós - Nikolaos Makarezos

En 1963, les élections législatives sont remportées par l'Union des Centres de Georges Papandréou, vieux routier de la scène politique grecque (il a été ministre de l'Éducation du gouvernement d'Elefthérios Venizélos, opposant au régime de Metaxas, puis chef du gouvernement en exil du roi Georges II, à Alexandrie en 1944). Fort de sa large victoire (53 % des voix), il décide d'épurer l'armée, très marquée à l'extrême droite. L'état-major, obnubilé par la menace communiste, soucieux de plaire aux États-Unis et inquiet pour lui-même, multiplie les manœuvres de déstabilisation. En juillet 1965, sous la pression de l'armée, le jeune roi Constantin II destitue Georges Papandreou après la tentative de ce dernier de se placer à la tête du ministère de la Défense. Cela fut rendu possible parce qu'un membre du parti de Georges Papandréou, Constantinos Mitsotakis, fit sécession avec un nombre considérable des nouveaux élus. En Grèce, on parla d'« apostasie ». Ce même Mitsotakis devint Premier ministre en 1989.

Ce renversement de l'Union des Centres avait été rendu possible par des membres de ce même parti qui cherchaient à exercer le pouvoir pour leur propre compte. On assista alors à toute une série de gouvernements plus ou moins éphémères entre juillet 1965 et avril 1967. Papandréou et Panagiotis Kanellopoulos, les chefs de file de l'Union des Centres et de l'ERE (Union nationale radicale, parti jusque-là majoritaire), tentèrent de trouver un accord pour sortir de la crise qui menaçait de se prolonger. L'idée était de former un gouvernement qui expédierait les affaires courantes et organiserait de nouvelles élections. Cette solution ne put être mise en place à cause du coup d'État des colonels. La monarchie est alors soutenue par les États-Unis, bien que n'ayant pas su moderniser le pays. Des troubles se développent devant le refus du roi de confier le pouvoir à la gauche. Parmi les nombreux troubles se situent la mort du député Gregoris Lambrakis et celle de l'étudiant Sotiris Petroulas. L'affaire Lambrakis a fait ensuite l'objet d'un livre, puis d'un film : Z.

Ces troubles politiques aboutissent au coup d'État des colonels le 21 avril 1967. Ce 21 avril, des officiers emmenés par le colonel Geórgios Papadópoulos prennent le pouvoir par la force et abolissent la constitution. Leur tâche fut facilitée par la désorganisation du monde politique, le discrédit des institutions et l'inertie du palais royal. En décembre 1967, le roi Constantin II tenta de reprendre la main par un contre-coup d'État avec le soutien de généraux. Son échec l'obligea à s'exiler avec sa famille à Rome. Le royaume de Grèce demeura cependant jusqu'en 1973 la forme officielle de l'État, les dirigeants successifs de la junte s'attribuant le titre de régents. Membres de la junte :

Pour conserver et consolider leur pouvoir, les colonels cherchèrent à éliminer toute forme d'opposition et de contestation. Dès le coup d'État, des personnalités politiques, principalement de gauche, mais aussi des libéraux et de simples défenseurs des droits de l'Homme, furent persécutés. Nombre de militaires et de fonctionnaires furent révoqués afin de permettre aux colonels de disposer d'instruments de gouvernement idéologiquement conformes aux « principes du régime ». Les opposants politiques étaient mis en résidence surveillée, emprisonnés, déportés sur des îles désertes de l'Égée, mais aussi parfois torturés. Des gouvernements plus ou moins fantoches se succédèrent afin de laisser croire qu'une vie politique continuait à exister et que le pouvoir n'était pas détenu par les seuls colonels et principalement par Papadópoulos. Malgré la censure, de nombreuses manifestations contre le régime eurent lieu.

Ainsi, 1968 fut une année difficile pour la dictature. Aléxandros Panagoúlis tenta d'assassiner le colonel Papadópoulos. Il fut condamné à mort. Une très forte mobilisation de l'opinion publique internationale permit d'éviter son exécution. Les obsèques de Georges Papandreou, décédé en résidence surveillée, furent l'occasion de grandes manifestations contre le régime. À l'étranger aussi, les Grecs en exil politique organisaient des manifestations contre la dictature. Ainsi, en 1969, la Grèce fut exclue du Conseil de l'Europe. Dès 1967, l'accord d'association qui liait la Grèce à la Communauté européenne avait été suspendu. Le 29 juillet 1973, le régime organisa un plébiscite qui aboutit à l'abolition de la monarchie et à la proclamation de la République, dont Papadópoulos prit le titre de président. La crise chypriote fut fatale au régime des colonels, déjà affaibli par une forte protestation, des étudiants principalement (occupation de l'École polytechnique [Politechnion] à Exarcheia, évacuée par les chars le 17 novembre 1973 malgré l'opposition de son recteur Constantin Conophagos).

Les événements du Politechnion ne furent pas seulement une révolte étudiante mais une révolte populaire, dans la rue se trouvaient des gens de toutes les conditions. Le 17 novembre, les dictateurs firent marcher les chars sur l'université. Mais c'est la crise chypriote, à l'été 1974, qui provoqua la chute de la junte militaire grecque (la khounta). Lors du coup d'État du 15 juillet 1974, l'EOKA B, une organisation paramilitaire chypriote grecque soutenue par le chef de la dictature Dimitrios Ioannidis, renversa Mgr Makarios et tenta d'instaurer une dictature à Chypre sur le modèle de celle des colonels grecs. En réaction à cette rupture du fragile équilibre qui existait entre les communautés grecque et turque, cinq jours plus tard, le 20 juillet, les troupes turques envahirent le Nord de l'île conduisant à la partition de Chypre en deux États, dont celui du Nord ne fut reconnu par aucun pays du monde excepté la Turquie. En juillet 1974, Konstantínos Karamanlís est nommé Premier ministre d'un gouvernement d'union nationale. Malgré l'instabilité et le danger de la situation politique, il agit promptement pour relâcher la tension entre la Grèce et la Turquie qui étaient au bord de la guerre à cause de la crise chypriote. Il lance également le processus de transition de la dictature militaire vers une démocratie pluraliste.

Pendant cette période appelée « metapolítefsi », Karamanlís légalise le Parti communiste grec (KKE). Lors des élections de 1974, Karamanlís et son nouveau parti, la Nea Dimokratia, obtiennent une majorité écrasante au Parlement et il reste Premier ministre. Ces élections sont alors rapidement suivies par le plébiscite de 1974 pour la confirmation de l'abolition de la monarchie au profit de la République, puis début 1975, par l'arrestation et le procès télévisé des anciens dictateurs. Ils sont condamnés à la peine de mort pour haute trahison et mutinerie, peine commuée en prison à perpétuité. Une nouvelle constitution est rédigée la même année. Les difficultés politiques liées à la dictature puis l'arrivée de la télévision portèrent un coup presque fatal au cinéma grec. En 1968, il y eut, record absolu, 137 millions d'entrées au cinéma dans le pays (soit 15 entrées par habitant) ; 70 millions en 1973 et 39 millions en 1977. En Attique, en 1969, il y avait 347 salles de cinéma et 541 cinémas en plein air ; en 1974, il ne restait que 260 salles et 330 cinémas de plein air. Les ventes de tickets de cinéma baissèrent de 10 % sur l'ensemble du pays entre 1968 et 1971 ; surtout, elles baissèrent de 20 % à Athènes ; la chute pour les films grecs étaient de 30 %. Le cinéma national s'effaçait face au cinéma étranger, en fait américain. 

En 1974, les spectateurs n'étaient plus qu'un million et demi à fréquenter les salles de cinéma qui projetaient une quarantaine de films grecs. À ses débuts, la télévision grecque n'émit que dans la région d'Athènes en 1966-1968. Dès ces années, la fréquentation des cinémas y baissa de 5 % en moyenne tandis qu'elle continuait à progresser dans le reste du pays. Le régime des colonels favorisa le développement de la télévision et la mise en place de programmes de qualité afin de fidéliser le téléspectateur, tout en interdisant de nombreuses œuvres, littéraires ou musicales. Dans ce but, la télévision entreprit de diffuser et rediffuser les grandes comédies du cinéma populaire des deux décennies précédentes. L'idée était de garder la population grecque chez elle et d'éviter qu'elle se réunît et discutât, aussi bien dans la salle de cinéma que dans la file d'attente. Dans le même but, la Fédération nationale des ciné-clubs fut démantelée. Le film Z de Costa-Gavras traite de la période d'instabilité qui précéda la dictature.

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