De nombreux handicapés tués par les nazis pourraient être identifiés

Publié le par Delphine Nerbollier (à Berlin)

De nombreux handicapés tués par les nazis pourraient être identifiés

La Société Max-Planck pour le développement des sciences lance un programme totalement inédit de recherche. Il s’agira d’identifier des échantillons de cerveaux humains relevés sur des personnes, handicapés et malades mentaux, tuées sous le IIIe Reich.

Mémorial aux plus de 70000 personnes handicapées mentales tuées par les nazis, à Berlin

Mémorial aux plus de 70000 personnes handicapées mentales tuées par les nazis, à Berlin

Quel est le projet de la Société Max-Planck ?

Une commission de cinq chercheurs entamera en juin un travail de trois ans destiné à étudier des milliers d’échantillons de cerveaux humains découverts dans les réserves de deux instituts, à Berlin et Munich. D’après Martin Keck, directeur de l’Institut de psychiatrie de Munich, il est déjà prouvé que certains de ces restes proviennent « de victimes d’euthanasie ».

Les chercheurs souhaitent identifier les noms de ces victimes, la raison de leur sélection par les nazis et l’origine de leur mort. Il sera aussi question d’établir si ces échantillons de cerveaux humains ont été utilisés à des fins « scientifiques » et si oui, sur quelle durée et avec quels objectifs. À l’issue de ce programme, ces échantillons seront « enterrés dignement ».

D’où proviennent ces échantillons ?

Ces restes ont été découverts en 2015 dans une petite boîte en carton, dans les archives de l’Institut de psychiatrie Max-Planck à Munich. Dans la foulée, d’autres échantillons censés avoir été détruits dans les années 1990 ont été découverts, notamment à Berlin.

En 1989, l’Institut pour la recherche sur le cerveau de Francfort avait annoncé détruire tous les échantillons en sa possession datant de la période nazie. À Munich, seuls 30 % d’entre eux le furent. Ceux découverts en 2015 appartenaient à Julius Hallervodern, médecin chef de l’Institut Kaiser Wilhem devenu, en 1948, la Société Max-Planck. Il ne fut pas inquiété après-guerre et utilisa même ces échantillons humains jusque dans les années 1960.

« Cette découverte est effrayante, commente Franck Schneider, président de la Société des psychiatres allemands. Il est incroyable que l’ensemble des échantillons de l’époque n’aient pas été tous découverts, documentés et dignement enterrés ».

En quoi a consisté la politique eugéniste du IIIe Reich ?

De janvier 1940 à août 1941, le IIIe Reich mena un programme dit Aktion T4, en référence au numéro 4 de la Tiergartenstrasse – la rue berlinoise où ce programme fut conçu. 70 000 personnes atteintes de maladies mentales et physiques furent gazées durant cette période avant que les autorités mettent fin officiellement au programme, face à l’indignation suscitée dans la population, notamment de la part des représentants ecclésiastiques.

Toutefois, les expériences médicales se sont poursuivies jusqu’en 1945, associées à une politique de sous-nutrition, d’overdoses médicamenteuses et de stérilisations forcées. Au total, 300 000 handicapés et malades mentaux furent exterminés.

Où en est le travail de mémoire sur ce chapitre de l’histoire en Allemagne ?

À la fin des années 1980, l’ouvrage d’un journaliste allemand sur le sujet obligea la Société Max-Planck, une association à but non lucratif et à capitaux publics remplissant une mission de recherche fondamentale, à se pencher sur cette période sombre et sur les années d’après-guerre. « Malheureusement, reconnaît Martin Keck, directeur de l’Institut de psychiatrie de Munich, le travail de mémoire, pendant l’après-guerre, a été marqué par le déni de la part de nombreux responsables et par l’indifférence envers les victimes ».

Depuis, les travaux de recherche se sont multipliés. Il aura toutefois fallu attendre 2014 pour qu’un mémorial dédié aux victimes de cette politique d’eugénisme voie le jour à Berlin. « C’est une honte d’avoir autant attendu, juge Franck Schneider, de la société allemande pour la psychiatrie. Si, du côté des psychiatres, le travail de mémoire a commencé tôt, de nombreux responsables de l’époque n’ont pas été poursuivis. On constate aussi une stigmatisation des malades mentaux qui freine le travail de mémoire. Il est donc très important de rendre justice à ces victimes ».

Publié dans Articles de Presse

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