Baron de la drogue et ancien informateur de la CIA, l’ex-dictateur panaméen Manuel Noriega est mort

Publié le par Alexandre Decroix

Baron de la drogue et ancien informateur de la CIA, l’ex-dictateur panaméen Manuel Noriega est mort

DÉCÈS - L’ancien dictateur Manuel Noriega, à la tête du Panama dans les années 1980, est mort dans la nuit de lundi à mardi à l'âge de 83 ans. Détenu aux Etats-Unis, en France et dans son pays, il laisse derrière lui une vie émaillée par les crimes, la drogue et la prison. 

Baron de la drogue et ancien informateur de la CIA, l’ex-dictateur panaméen Manuel Noriega est mort

Malgré d'apparentes évidences, il aura toujours clamé son innocence. L’ancien dictateur Manuel Antonio Noriega, 83 ans, qui a dirigé le Panama dans les années 1980, est mort dans la nuit de lundi à mardi à l’hôpital où il se trouvait depuis mars dernier pour le traitement d’une tumeur bénigne au cerveau. Opéré à plusieurs reprises à Panama City, il était depuis quelques semaines dans un état critique et avait souffert par le passé de plusieurs hémorragies cérébrales, de complications pulmonaires, d’un cancer de la prostate et de dépression. 

Jusqu’au crépuscule de sa vie, ses proches réclamaient une assignation à résidence permanente afin d’apporter un peu de douceur et de sérénité à ses derniers jours. En vain. Après avoir passé près d’un tiers de sa vie derrière les barreaux - aux Etats-Unis, en France et dans son pays - l’ancien homme fort du Panama laisse derrière lui une vie émaillée par les crimes, la drogue, mais aussi des relations et des événements marquants. 

"Tête d’ananas"

Né le 11 février 1934 dans une famille pauvre colombienne, Manuel Antonio Noriega se rêvait au départ comme psychiatre mais se dirigera finalement vers l’armée. Petit, trapu, le visage marqué (au point d'être surnommé "tête d'ananas" - "Cara de piña" - par ses détracteurs), il participe, à l’âge de 34 ans, au coup d'État militaire du 11 octobre 1968 contre le président Arnulfo Arias mené, entre autres, par Omar Torrijos. Ce dernier, qui deviendra général, chef de l’armée, et, de facto, du pays, prend Noriega sous son aile. 

Le jeune homme dirige alors les services de renseignement et, parallèlement, devient informateur pour les services secrets américains. Malgré des liens avec les cartels (celui de Medellin et du célèbre Pablo Escobar notamment), des accusations de complicité de trafic de drogue entre l'Amérique latine et les Etats-Unis et de vives critiques pour ses méthodes répressives, Noriega réussit adroitement à maintenir les menaces à distance et à se préserver.   


Après la mort de Torrijos dans un mystérieux accident d'avion en 1981 pour lequel il sera soupçonné, Noriega devient l'homme fort du pays. Promu général deux ans plus tard, il prend la tête de la Garde nationale. "Sociopathe", "dictateur froid" pour ses opposants qu’il n’a pas hésité à faire torturer, Noriega réprime son peuple tout en laissant la criminalité gangréner son pays. À tel point que les Etats-Unis le lâchent. En 1988, il est condamné par un jury de Miami qui l'accuse d'avoir transformé le Panama en centre de blanchiment d'argent (notamment, encore une fois, du cartel colombien de Medellin). 

Hard rock et Légion d'honneur

Un peu plus d’un an plus tard, le 10 mai 1989, Manuel Noriega annule l'élection présidentielle. L'armée américaine lance alors des manœuvres maritimes et, le 20 décembre, envahit le Panama. Le dictateur décide de se réfugier à l’ambassade du Vatican, qui, si elle le considère comme un criminel, refuse de le livrer aux assiégeants. L’armée américaine choisit de l’avoir à l’usure et place d’énormes enceintes devant le bâtiment, diffusant à pleine puissance des morceaux de metal et de hard rock ; Jimi Hendrix ou The Clash pour ne citer qu’eux. Noriega résiste mais finit par craquer au bout de deux semaines. 

Emmené à Miami, il est condamné à 40 ans de prison mais n’en purge que 21 pour bonne conduite, avant d'être livré à la France en 2010 - pays qui lui avait pourtant remis la Légion d'honneur en 1987 - où il comparaît au tribunal pour blanchiment d’argent. Il sera condamné à sept ans de prison. En 2011, il est à nouveau extradé, vers le Panama cette fois, où l’attendent trois peines de 20 ans de prison pour sa responsabilité dans des disparitions d'opposants. Des faits qu'il a toujours niés. 

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