Alternative für Deutschland (AFD)

Publié le par Mémoires de Guerre

Alternative pour l'Allemagne (Alternative für Deutschland AfD) est un parti politique eurosceptique allemand, créé le 6 février 2013 et lancé officiellement le 14 avril suivant à Berlin.

Konrad Adam - Bernd Lucke - Frauke Petry - Jörg Meuthen
Konrad Adam - Bernd Lucke - Frauke Petry - Jörg Meuthen
Konrad Adam - Bernd Lucke - Frauke Petry - Jörg Meuthen
Konrad Adam - Bernd Lucke - Frauke Petry - Jörg Meuthen

Konrad Adam - Bernd Lucke - Frauke Petry - Jörg Meuthen

Créé après des politiques présentées comme « sans alternative » menées lors de la crise de la dette dans la zone euro, il est surnommé le « parti des professeurs » car comptant parmi ses membres fondateurs de très nombreux professeurs d'économie, de finances publiques et de droit. Se présentant comme anti-euro mais pas anti-Europe, sa proposition phare est la dissolution progressive de la zone euro pour aboutir à de petits blocs d'unions monétaires plus homogènes afin de soutenir les économies moins compétitives, de réduire les risques d'une nouvelle crise de la dette et d'éviter d'autres plans de sauvetage contreproductifs. Il crée la surprise en ne ratant que de peu l'entrée au Bundestag lors des élections législatives de septembre 2013, six mois seulement après sa création, en obtenant plus de 2 millions de voix soit 4,7 % des suffrages. Considéré comme un parti « anti-establishment » et classé plutôt du côté de la droite conservatrice, son appartenance à la tendance populiste est discutée — l'AfD rejette cette classification, tout en déclarant n'être « ni de gauche ni de droite ». Il adhère en juin 2014 au groupe des Conservateurs et réformistes européens, qu'il quitte en avril 2016 après la scission de l'Alliance pour le progrès et le renouveau l'année précédente.

En 2012, plusieurs personnalités conservatrices font savoir qu'elles se lancent dans la création d'un parti démocrate et résolument anti-euro. Les principaux instigateurs de cette initiative sont Bernd Lucke, un économiste de l'université de Hambourg qui a claqué la porte de la CDU en 2011 en raison de la politique européenne de la chancelière Angela Merkel, Konrad Adam, ancien journaliste à la FAZ, et Alexander Gauland, ex-responsable politique de la Hesse. L'AfD est issue des classes aisées et a pour créateurs des essayistes, des professeurs d'économie et des hauts fonctionnaires à la retraite ; le parti a clairement pris ses distances avec les mouvances d'extrême droite. Cette alliance collective, issue de l'Association pour soutenir l'alternative électorale (en allemand : Verein zur Unterstützung der Wahlalternative 2013), est fondée à la mi-septembre 2012, puis se transforme dès le 6 février 2013 en un parti politique. Le 11 mars suivant, l'AfD se lance dans la politique à Oberursel, près de Francfort3. Le congrès fondateur se tient le 14 avril à Berlin afin d'élire ses dirigeants et ses candidats pour les législatives de septembre. Bernd Lucke est élu comme l'un des trois porte-parole du nouveau parti. Parmi leurs soutiens, Joachim Starbatty, un juriste qui attaque régulièrement la politique européenne du gouvernement devant le Tribunal constitutionnel fédéral de Karlsruhe et, surtout, Hans-Olaf Henkel, ancien président de la BDI (Bundesverband der Deutschen Industrie), la fédération allemande des industries et d'IBM, de 2000 à 2005, s'affirment comme les plus médiatiques.

Les membres du parti sont unis par le sentiment que l'Allemagne a trop payé pour les autres, notamment dans les fonds de secours pour la zone euro, et réclament le retour du Deutsche Mark, qui était jusqu'à l'adoption de l'euro la seule expression de fierté nationale ou de patriotisme acceptée en Allemagne. Le parti affirme en avril 2013 compter dans ses rangs quelque 7 500 adhérents. Il ne demande pas tant que l'Allemagne quitte la zone euro, mais que ceux qui ne respectent pas la discipline budgétaire puissent le faire. Au bout de 3 mois, en mai 2013, l'AfD compte 10 476 membres dont 2 795 étaient précédemment membres d'autres partis : 1 008 de la CDU, 220 de sa branche bavaroise, la CSU, 587 du FDP, 558 du SPD, 143 Pirates et 106 Verts. En février 2014, ce chiffre atteint 17 522. La principale difficulté pour l'AfD lors de sa première campagne fédérale a été de se faire connaître du grand public et ce avec un budget composé uniquement de dons, car n'ayant participé à aucune élection précédemment, l'AfD n'a eu droit à aucune part des 130 millions d'euros alloués aux partis politiques pour l'année 2013. Cette difficulté a été accentuée par le fait que les partis établis ont préféré ignorer l'AfD plutôt que de débattre ses positions pour éviter de faire sa publicité.

Si, selon un sondage Infratest d'avril 2013 pour Die Welt, 24 % des Allemands peuvent s'imaginer voter pour ses candidats en septembre, la plupart des observateurs sont sceptiques sur une véritable percée du nouveau mouvement et les sondages électoraux jusqu'en mai 2013 ne le créditent pas de plus de 3 %. La plupart des électeurs ont probablement entendu parler de ce parti pour la première fois lors des premiers résultats le soir du vote. Il provoque la surprise en obtenant 4,7 % des votes aux élections fédérales de septembre 2013 et échoue de peu à faire son entrée au Bundestag. Plusieurs analyses réalisées le jour du vote mettent en évidence des transferts de voix vers l'AfD en provenance de tous les partis politiques, notamment Die Linke et la CDU, mais aussi d'électeurs qui s'étaient abstenus en 2009. La plupart des votes viennent cependant du Parti libéral-démocrate (FDP), pourtant clairement favorable à l'euro. Lors de ses premières élections européennes l'AfD obtient 7,0 % des voix. Sept eurodéputés du parti font ainsi leur entrée au Parlement européen : Bernd Lucke, Hans-Olaf Henkel, Bernd Kölmel, Beatrix von Storch, Joachim Starbatty, Ulrike Trebesius et Marcus Pretzell.

Lors des élections régionales en Saxe, en Thuringe et dans le Brandebourg, le parti franchit la barre éliminatoire des 5 % et obtiennent des sièges dans les parlements régionaux, dans lesquels l'AfD constitue à chaque fois la quatrième force politique. En juillet 2015, Frauke Petry, représentante de l'aile droite30, est élue présidente par 60 % des suffrages face au fondateur du parti, Bernd Lucke. Aussitôt, cinq des sept députés européens du parti, tous issus de l'aile libérale, Hans-Olaf Henkel, Ulrike Trebesius, Bernd Lucke, Bernd Kölmel et Joachim Starbatty annoncent leur départ du parti et fondent l'Alliance pour le progrès et le renouveau. En janvier 2016, un sondage du Meinungsforschungsinstitut pour Bild am Sonntag donne 12 % d'intentions de vote à l'AfD, un record pour le parti. Lors des élections régionales de mars 2016, l'AfD réalise une poussée importante, obtenant des élus dans plusieurs parlements régionaux. En avril 2016, les deux élus européens du parti quittent le groupe parlementaire des Conservateurs et réformistes européens (CRE). Marcus Pretzell rejoint Europe des nations et des libertés (ENL) tandis que Beatrix von Storch intègre le groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe (ELDD).

Une nouvelle crise interne éclate en juillet 2016 quand Wolfgang Gedeon, un élu du parti au Bade-Wurtemberg, publie un livre intitulé Der grüne Kommunismus und die Diktatur der Minderheiten (« Le communisme vert et la dictature des minorités ») dans lequel il écrit notamment que « le judaïsme du Talmud est l'ennemi intérieur de l'Occident chrétien » et s'étonne que les Allemands trouvent normal d'avoir érigé au cœur de Berlin un mémorial de l'Holocauste. Dès lors, certains cadres du parti, à l'instar de Jörg Meuthen, souhaitent l'exclusion de Wolfgang Gedeon quand d'autres, comme la présidente Frauke Petry, ne cherchent pas à s'en dissocier. Finalement, le groupe parlementaire du parti au Bade-Wurtemberg éclate. Les élections législatives régionales de 2016 en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale enregistrent un nouveau succès pour le parti qui avec 21,4 % arrive en seconde position et devance la CDU d'Angela Merkel. Lors de celles de Berlin, qui ont lieu en septembre, l'AfD réussit une percée électorale importante.

Le parti subit une crise début 2017, voyant fondre ses intentions de vote à 7 % (contre 15 % à l'automne précédent), notamment en raison de la focalisation du débat électoral sur le duel entre Angela Merkel et Martin Schulz pour les prochaines élections législatives. Par ailleurs, la présidente de l'AfD, Frauke Perty, subit une contestation en interne, de personnalités plus à droite qu'elle, lui reprochant une ligne trop modérée, notamment sur le devoir de mémoire vis-à-vis de la période nazie (alors que Frauke Perty représentait jusqu'ici l'aile droite du parti) : elle a part exemple entamé une procédure d'exclusion contre un adversaire interne, Björn Höcke, qui souhaitant que l'Allemagne fasse « un virage à 180 degrés dans sa politique de mémoire ». Ses rivaux souhaitent en effet séduire tout l'électorat d'extrême droite alors que Frauke Perty a toujours cherché à s'éloigner des positions proches des néo-nazis, craignant qu'une radicalisation du parti éloigne les électeurs déçus des partis traditionnels. Malgré cette crise et d'autres critiques sur son leadership (certains opposants l'ont qualifiée « d'erreur de casting » ou de « dictatrice »), elle est désignée comme tête de liste régionale en Saxe pour l'AfD aux législatives avec 72 % des voix internes.

Le parti est présenté de diverses manière par les chercheurs et les commentateurs. Il est ainsi régulièrement présenté comme un parti « anti-establishment », classé à droite et d'inspiration conservatrice. Son appartenance à la tendance populiste est débattue, parfois considéré comme un populisme « bon teint » mais plus fréquemment un « populisme de droite » (en allemand Rechtspopulismus), notamment par ses détracteurs de gauche mais se différencie cependant des partis populistes européens, à divers titres. L'AfD rejette pour sa part ces classifications tout en déclarant, à travers Bernd Lucke, n'être « ni de gauche ni de droite ». Si le parti préconise la sortie de l'euro dans une rhétorique aux slogans « accrocheurs » et « populistes », il n'entend cependant pas renoncer à l'intégration européenne affirmant ne pas être « anti-Europe » mais « anti-euro ». L'AfD s'étant initialement créé en réponse à la crise de l'euro et à la politique de sauvetage présentée comme « sans alternative » menée et soutenue par la CDU, le SPD, le FDP et les Verts, l'euro joue un rôle capital dans son programme: la monnaie unique nuit à l'Europe et la divise, tel est le message clef.

D'après l'AfD, la monnaie unique ne peut pas convenir à tous les pays qui l'ont adopté car la zone euro est beaucoup trop hétérogène économiquement. Il nuit actuellement aux pays du Sud de l'Europe car la monnaie unique est trop forte pour leur permettre d'être compétitifs ce qui empêche toute chance de relancer leur économie, annihile les chances d'un éventuel désendettement et anéantie toute perspective. Il nuirait également aux pays qui doivent s'endetter pour injecter des sommes colossales dans les différents fonds de soutien qui maintiendraient artificiellement le statu quo. La solution proposée par l'AfD est de respecter enfin le traité de Maastricht et de limiter l'action de la Banque centrale européenne à son mandat initial, en particulier de respecter la clause no bail-out qui interdit à un pays de payer les dettes d'un autre et d'arrêter les rachats massifs d'obligations d'États surendettés par la BCE. N'ayant d'autre choix pour éviter une faillite inévitable, un certain nombre de pays opterait mécaniquement pour une sortie progressive de l'euro ce qui leur permettrait de retrouver une certaine compétitivité et une marge de manœuvre grâce au taux de change. La zone euro se réduirait ainsi à une entité plus petite et plus homogène. Le retour au deutschemark est présenté comme une option parmi d'autres mais n'est pas présenté comme la solution ni comme une fin en soi. L'AfD propose un référendum sur le sujet.

L'AfD se dit favorable à une Europe d'États souverains avec un marché commun. Elle défend la maîtrise du budget par les seuls parlements nationaux et refuse toute Union de transfert ou toute forme de super-État européen. Le parti nie l'impact de l'homme dans le réchauffement climatique. Il critique aussi la politique énergétique actuelle de l'Allemagne et veut stopper l' « expansion incontrôlée de l'énergie éolienne ». L'AfD soutient que les décisions politiques importantes, telles les transferts de compétences du niveau national au niveau européen soient prises par référendum d'après le modèle suisse (votation et initiative populaire). Bien que favorable au libre-échange en général, l'AfD se positionne clairement contre le traité transatlantique TTIP. Les motifs sont l'absence totale de transparence du processus, la portée du traité bien au-delà du seul libre-échange, les risques de détérioration des standards européens sur les droits des consommateurs, la protection de l'environnement, la santé et finalement l'atteinte à la démocratie-même par la possible entrave de prise de décisions d'instances élues démocratiquement sur des sujets inclus dans ce traité. L'AfD s'oppose également à l'Accord sur le commerce des services (TiSA) et à l'Accord économique et commercial global (CETA). D'un discours initial à l'origine uniquement consacré à la question de l'euro, l'AfD a évolué vers des positions opposées à la politique migratoire d'Angela Merkel, en particulier dans le contexte de crise des réfugiés. Ce changement est également lié à l'arrivée à la tête du parti de Frauke Petry en juillet 2015, incarnant une ligne plus national-conservatrice que son prédécesseur Bernd Lucke, auquel elle s'était opposée, et séduit davantage les électeurs dans les scrutins régionaux, en particulier dans l'Est du pays. Le parti veut le retour de la conscription pour tous les hommes à partir de 18 ans. La loi imposant les grandes lignes dans la structure des partis, l'AfD est organisé de manière classique avec une direction nationale et des branches au niveau des Länder puis des échelons inférieurs.

Porte-parole

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