Affaire Jean-Louis Turquin

Publié le par Mémoires de Guerre

L'affaire Jean-Louis Turquin est une affaire judiciaire qui s'est déroulée à Nice en 1991, concernant la disparition et l'assassinat présumé par son père d'un enfant de huit ans, Charles-Édouard Turquin. Le cadavre n'a jamais été retrouvé.

Affaire Jean-Louis Turquin
Affaire Jean-Louis Turquin
Affaire Jean-Louis Turquin
Affaire Jean-Louis Turquin

Le 21 mars 1991 à 7 h 15 du matin, Jean-Louis Turquin téléphone au commissariat central de Nice pour signaler la disparition dans la nuit de son fils, Charles-Édouard Turquin, huit ans. Jean-Louis Turquin, 41 ans, vétérinaire à Nice, vit seul avec son fils dans une grande propriété sur les hauteurs de Nice la Bastide Haute. Les premières constatations indiquent qu'aucun objet ou effet personnel de l'enfant n'a disparu. La trace de l'enfant relevée par des chiens policiers s'arrête net devant la maison. Délaissant rapidement la piste de la fugue, la police privilégie celle de l'enlèvement familial à la suite de leurs investigations. Les époux Turquin vivent depuis longtemps un mariage chaotique : Michèle Balanger et Jean-Louis Turquin se sont rencontrés à l'École nationale vétérinaire d'Alfort en 1972 et se mettent en ménage en 1973. 

Depuis quelques années Michèle Turquin qui trouve son mari trop autoritaire entretient des relations extra conjugales qu'elle ne cache pas à son mari. En janvier 1991, ayant des doutes sur sa paternité, Jean-Louis Turquin fait effectuer des analyses génétiques et apprend qu'il n'est pas le père biologique de Charles-Édouard. Lors d'une violente dispute, il agresse son épouse à la bombe lacrymogène à la suite de quoi celle-ci décide de quitter le domicile conjugal en février 1991. Alors que le couple est en instance de divorce au moment des faits, Jean-Louis Turquin qui refuse de perdre la garde de l'enfant et de verser une pension alimentaire à sa femme, la presse de revenir, la harcèle et la menace. Il lance à sa femme un ultimatum prenant fin le 20 mars à minuit.

Dans les jours qui suivent, Michèle Turquin fait part aux policiers de ses soupçons sur son mari. Elle va jusqu'à enregistrer leurs conversations au téléphone. Dans l'une d'entre elles, le 25 avril 1991, Turquin lui confie que l'enfant est détenu au Maroc et pourrait être libéré en échange de son retour à la bastide haute. Le 27 avril pendant une relation intime concédée par Michèle, Turquin, interrogé par sa femme, avoue avoir tué et enterré son fils dans la commune de Lucéram. Le juge d'instruction mis au courant convainc Michèle Turquin d'obtenir des aveux enregistrés sur cassette. Le 6 mai 1991, au cours d'une nouvelle relation intime enregistrée sur cassette, à la question de sa femme « mais pourquoi l'as tu étranglé plutôt qu'autre chose » Turquin répond :« si j'avais pris un canif il y aurait eu du sang partout ». 

Sur la base de cet aveu enregistré, le 13 mai 1991 Jean-Louis Turquin est inculpé d'assassinat et incarcéré. Remis en liberté le 14 février 1992, 9 mois plus tard, dans l'attente de son procès, Turquin fait imprimer des affichettes, proposant 100 000 francs de récompense à qui retrouverait la trace de son fils, et engage un détective pour enquêter en Israël. En effet, le père biologique de l'enfant est un Américain d'origine tchèque et de religion juive, Moïse Ber Edelstein, grâce à qui Michèle Turquin s'était fait des relations en Israël. La justice reporte le procès pour complément d'information. Le détective trouve des coiffeurs israéliens qui prétendent avoir vu l'enfant accompagné d'une femme et les convainc de venir en France pour témoigner au procès. Des policiers français font le voyage pour interroger sur commission rogatoire ces témoins sans résultat probant.

Le 24 décembre 1993 Moïse Ber Edelstein a été retrouvé noyé près du vieux port de Nice affublé d’étranges cuissardes de pêcheur à la ligne. Le procès s'ouvre le 17 mars 1997. Ses avocats sont Jacques Peyrat, le maire de Nice, et Jean-Marc Varaut. Au premier jour sont examinées la vie tumultueuse du couple Turquin et les aventures extraconjugales de Michèle Turquin. L'accusation insiste sur la froideur de l'accusé le jour même de la disparition. Au deuxième jour sont présentées les cassettes des aveux qui se révèlent d'un effet désastreux pour la défense de Turquin. Jean-Louis Turquin explique qu'il s'agissait d'un « jeu de rôle » visant à lui dire ce qu'elle souhaitait entendre dans l'espoir de la reconquérir est raisonnable. En riposte, la défense exploite la piste israélienne qui apparaît au fil des débats peu fiable et très fragile. 

À l'issue des audiences, l'avocat général requiert la réclusion criminelle à perpétuité. Le 21 mars 1997 Jean-Louis Turquin est condamné à 20 ans de prison. Le 9 avril 1997, la chambre d'accusation de la cour d'appel rejette sa demande de remise en liberté. Deux ans plus tard, en juillet 1999, Jean-louis Turquin dépose une requête en révision. Malgré l'espoir suscité par une nouvelle piste en Israël où un enquêteur aurait retrouvé dans une école rabbinique un adolescent du même âge que Charles-Édouard, né comme lui à Nice, avec la même couleur des yeux et des cheveux et qui de plus parlerait avec un fort accent européen, le 14 mai 2001 la requête en révision est rejetée. En 2003, nouveau rebondissement, un détenu affirme avoir recueilli des confidences d'un autre détenu lui avouant avoir une nuit renversé mortellement un enfant en pyjama sur les hauteurs de Nice, qui ensuite aurait été incinéré dans une cimenterie. Mais il refuse de dénoncer son codétenu sans obtenir en contrepartie une libération.

Devant ces exigences extravagantes, le procureur ne manque pas de dénoncer une simple manipulation pour obtenir une remise en liberté. Le 11 juillet 2006, le tribunal d'application des peines de Bastia prononce la libération conditionnelle de Jean-Louis Turquin. Il est libéré du centre de détention de Casabianda en Haute-Corse le 18 juillet. Remarié en 2000 avec une femme qui l'a rencontré au parloir et l'a épousé en détention, Jean-Louis Turquin s’était installé en 2010 sur l’île de Saint-Martin, aux Antilles. Le 7 janvier 2017, il est retrouvé mort, avec un impact de balle dans le dos, dans son domicile de Saint-Martin. C'est son épouse Nadine Turquin qui, au retour d'un restaurant où elle vient de fêter son anniversaire, trouve le corps de son mari, allongé sur le dos, dans une flaque de sang, à même le carrelage dans sa chambre. La rumeur locale parle d'un cambriolage qui aurait mal tourné, mais la piste d'un règlement de compte ou d'une vengeance n'est pas exclue. En 2017, Nadine Turquin est mise en examen et écrouée pour le meurtre de son mari.

Publié dans Faits Divers, Banditisme

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