Vu de Russie. Après les frappes américaines en Syrie, “il faut poursuivre la guerre et la gagner”

Publié le par Courrier International

Vu de Russie. Après les frappes américaines en Syrie, “il faut poursuivre la guerre et la gagner”

Le Kremlin, qui avait demandé une enquête internationale sur l’attaque chimique de Khan Cheikhoun, a immédiatement dénoncé l’“agression” américaine contre la Syrie et estimé que les relations entre les deux puissances pourraient en être affectées. 

L’agence de presse Tass a annoncé que la frégate de la marine russe, Amiral Grigorovitch, armée de missiles Kalibr, a pris la direction du port de Tartous, en Syrie. Ici le navire aperçu, le 7 avril 2017, dans le détroit du Bosphore.  Yoruk Isik/REUTERS

L’agence de presse Tass a annoncé que la frégate de la marine russe, Amiral Grigorovitch, armée de missiles Kalibr, a pris la direction du port de Tartous, en Syrie. Ici le navire aperçu, le 7 avril 2017, dans le détroit du Bosphore. Yoruk Isik/REUTERS

L’attaque massive par des missiles américains, dans la nuit du 7 avril, sur une base aérienne syrienne –  la première effectuée par les Etats-Unis depuis le début du conflit –  a été immédiatement qualifiée par Vladimir Poutine d’“agression contre un État souverain en infraction aux normes du droit international, et sous un prétexte fallacieux.” Le président a également estimé que cet épisode “porterait un grave préjudice aux relations russo-américaines et constituait un obstacle sur la voie de la création d’une coalition internationale contre le terrorisme”. 

Le porte-parole du ministère de la Défense russe, Igor Konachenkov, a déclaré que le système de défense antimissiles syrien serait renforcé, rapporte le quotidien Kommersant. Par ailleurs, selon lui, “seuls 23 des 59 missiles Tomahawk ont atteint l’aérodrome, le point de chute des 36 étant pour l’instant inconnu”. Il a encore affirmé que “les forces d’Al-Nosra et de Daech avaient lancé une attaque sur les positions syriennes juste après l’attaque américaine”. 

Dans la presse russe, le magazine Expert, proche des positions du Kremln, rappelle les arguments de défense de Moscou concernant la responsabilité de Bachar El-Assad dans l’attaque chimique sur la ville rebelle de Khan Cheikhoun : 

    Assad n’est pas masochiste… Il n’allait pas commettre un suicide politique alors que Washington avait renoncé à le renverser, que l’Occident avait cessé de soutenir l’opposition armée, et que les forces syriennes venaient de remporter sur cette dernière une série de victoires.”

Mener la guerre à son terme

Moscou a réclamé une enquête sur la possible existence d’une usine d’armes chimiques ou d’un dépôt où serait conservé du gaz sarin, sous le contrôle de l’opposition syrienne. Pour le titre, quoi qu’il en soit, “il faut mener la guerre à son terme et, de préférence, la gagner”. 

Le quotidien Nezavissimaïa Gazeta estime qu’il n’y a pas matière à s’inquiéter. En effet, si Donald Trump a décidé de frapper sans attendre les conclusions de l’enquête internationale, c’est, estime le titre, qu’il est acculé par ses opposants démocrates et déterminé à se montrer très ferme dès que l’occasion se présente. 

    Dans ces conditions, la Russie devra faire un choix difficile : ou bien renforcer sa présence en Syrie, avec le risque d’un affrontement militaire direct avec les États-Unis, ou bien se retirer du conflit, ce qui occasionnera de lourdes pertes en termes d’image, avant tout pour le président Poutine”. 

Piotr Akopov, chroniqueur du site Vzgliad, n’a pour sa part aucune crainte quant à une escalade du conflit entre Américains et Russes. Il explique en cinq points pourquoi le dialogue Trump-Poutine ne sera pas rompu :

“1. Les Américains ont juste fait une démonstration de force, une action de communication qui n’a aucune signification militaire sérieuse et, surtout, qui n’augure en rien d’un affrontement avec la Russie.

2. Washington nous a informés de l’attaque, Trump voulait être sûr que nos soldats seraient évacués.

3. Trump a voulu hausser le ton sur le front extérieur, mais surtout sur le front intérieur : “Obama ne faisait que causer, moi je frappe, voilà qui est le vrai leader.”

​4. Cette frappe change-t-elle quelque chose ? En Syrie, assurément rien. Et dans les relations russo-américaines, rien non plus. Poutine comprend parfaitement les motivations qui on soutendu la décision de Trump. C’est pourquoi le président se limitera à sa déclaration ‘menaçante’.”

5. Si d’aventure le Kremlin repoussait la visite de Tillerson à Moscou [prévue les 11 et 12 avril], cela ne serait pas non plus fondamental. Maintenir le dialogue avec Trump restera d’actualité.”

Publié dans Articles de Presse

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